La faim d'azote

Le 17 octobre 2016 par Clémentine Desfemmes

Cela peut sembler ironique : on pense bien faire en paillant son potager ou son massif de vivaces, et on a la désagréable surprise de constater que les plantes font grise mine dans les semaines qui suivent : leur feuillage jaunit, leur croissance ralentit... C'est la faim d'azote !

Qu'est-ce que la faim d'azote ?

Palmier manquant d'azote
Palmier manquant d'azoteAgrandir l'image

Ce phénomène de faim d'azote a une explication assez simple : les champignons et les bactéries qui décomposent la matière organique fraîche ont besoin, pour "digérer" la fraction carbonnée, d'azote. C'est donc dans le sol que ces micro-organismes puisent l'azote minéral qui leur est nécessaire, en début de phase de décomposition. Cet azote n'est momentanément plus disponible pour les plantes, qui souffrent alors de carence : c'est ce qu'on appelle la faim d'azote. Feuillage prenant des teintes vert pâle, voire jaune, retard de croissance, légumes rachitiques ou même récolte réduite à néant : autant de signe qui peuvent laisser supposer une faim d'azote.

>> Lire aussi : Identifier et corriger les carences en azote, phosphore, potassium

Facteurs favorisant la faim d'azote

Chou carencé en azote
Chou carencé en azoteAgrandir l'image

Tout apport de matière organique "fraîche" (non décomposée) peut occasionner une faim d'azote. Les paillis végétaux sont donc les premiers concernés : paille, feuilles mortes, paillettes de chanvre ou de lin, BRF ou Bois Raméal Fragmenté (les puristes diront que le BRF n'est pas à proprement parler un paillage, mais qu'il s'agit plutôt d'un amendement organique ; toujours est-il qu'il déclenche quasiment à coup sûr une faim d'azote l'année qui suit sa mise en place, et ce même s'il n'est pas enfoui)...
Un compost mal décomposé ou du fumier frais peuvent avoir les mêmes conséquences, raison pour laquelle on recommande souvent l'apport de "compost mûr" ou de "fumier bien décomposé".

Autre facteur pouvant induire une faim d'azote, sans que le jardinier puisse en être tenu pour responsable : au début du printemps, le sol est encore froid et la minéralisation de l'humus se fait mal. En effet, la minéralisation de l'humus par les bactéries du sol, réaction indispensable à la libération d'azote sous forme de nitrate (= azote utilisable par les plantes), fait intervenir des enzymes. Or, ces enzymes fonctionnent moins bien lorsqu'il fait froid : lorsque le sol ne s'est pas encore bien réchauffé mais que les plantes ont cependant déjà repris leur croissance, l'azote vient à manquer. Cette carence est cependant plus transitoire que dans le cas précédent : il suffit que le redoux arrive pour que la libération d'azote reprenne.

>> Lire aussi : La faune du sol, pour un sol vivant et fertile

Prévenir ou lutter contre la faim d'azote : quelques solutions

Alors, faut-il renoncer à pailler ? Non, heureusement ! Car il serait bien dommage de ne pas faire profiter son jardin des bienfaits du paillage des sols alors que des gestes simples ou de bons réflexes évitent, ou du moins limitent, la faim d'azote et ses effets négatifs.

Apporter de l'azote au sol avant que les plantes n'en manquent

On peut tout simplement apporter de l'azote au sol juste avant d'installer le paillage : compost (bien mûr !), fumier (bien décomposé...), engrais naturels riche en azote (corne broyée par exemple -le sang séché n'est pas recommandé car il libère son azote trop rapidement-), purin d'ortie.... On peut aussi, en anticipant suffisamment, semer des légumineuses bien en amont du paillage : elles stockeront l'azote atmosphérique dans les nodosités de leurs racines et le mettront à disposition des cultures suivantes.

Pailler au bon moment

Un paillage à l'automne ou à la fin du printemps est préférable à un paillage de début de printemps. En intervenant à l'automne, on laisse le temps aux micro-organismes de commencer la décomposition sans que les plantes n'en souffrent, soit parce qu'elles n'ont pas encore été installées (dans le cas des annuelles), soit parce que leurs besoins en azote sont faibles (entrée en phase de repos hivernal pour nombre de vivaces ou d'arbustes).

Un paillage de fin de printemps est également moins "à risque", parce qu'en cette saison la plupart des plantes ont déjà bien développé leur feuillage (c'est la "fabrication" des feuilles qui requière le plus d'azote, leur simple maintien est moins dispendieux), et aussi parce que le sol est plus chaud et que, comme on vient de le voir, la minéralisation de l'humus et donc la libération d'azote se font mieux.

Aider le sol à se réchauffer plus tôt au printemps

A défaut de douceur printanière, on peut aider le sol à gagner quelques degrés : culture surélevée (potager en hauteur, culture sur ados...), paillage de couleur sombre plutôt que claire (les teintes sombres emmagasinent l'énergie solaire sous forme de chaleur, tandis que les teintes claires réfléchissent la lumière et ralentissent donc le réchauffement du sol). Pour cela, on peut utiliser temporairement du plastique noir ou répandre du compost -de couleur naturellement foncée- en surface (coup double : apport d'azote + réchauffement du sol).

Vivaces, arbres et arbustes : planter à l'automne

Fraisiers manquant d'azote
Fraisiers manquant d'azoteAgrandir l'image

Dans de nombreux cas, planter à l'automne, c'est bien mieux ! Et c'est vrai lorsqu'il s'agit d'éviter la faim d'azote chez des plantes : en les installant à l'automne, elles ont le temps de développer leur système racinaire en profondeur avant le printemps. Quelle que soit l'époque de mise en place du paillage, au moment du départ de la végétation, elles pourront aller chercher l'azote là où il se trouve, sans entrer en compétition directe avec les décomposeurs de matière organique, présents surtout dans la couche superficielle du sol.

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Questions / réponses

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Réactions

Lherisson joel
22/01/2017, à Port-au-prince haiti

Répondre

Je pense si on ajoute de la cendre de feu l'azote augmentera

Jackausse
29/05/2015, à Livernon

Répondre

C'est faux ! il faut respecter les saisons d'apport du BRF, c'est pas quand on veux c'est quand la sève est descendante voire dormante. Si vous voulez voir des expériences dans le sud du Maroc avec du maïs, pourtant gourmand en azote, je peux envoyer des photos. Chez moi depuis 2003 j'ai rencontré une seule fois la faim d'azote, mais j'avais apporté le BRF en mars...le printemps où il y a une forte demande en azote. un conseil relisez les publications de l'Université Laval à Québec!!!