Plessage, trognes et taille à l'ancienne

Le 5 mars 2010 par Faustine Milard

Les vieilles techniques de taille disparaissent, faute de temps et d'utilisation. Retour sur un savoir-faire particulier qui sculpte depuis le Moyen Âge les campagnes européennes. Plessage et trognes, mode d'emploi.

Le plessage

Plessage d'une haieCette technique de tressage, à base de jeunes arbres au tronc fendu entrelacés entre eux, était utilisée autrefois dans les potagers pour éviter le massacre des cultures par les animaux, elle servait également à clôturer les pâturages pour former une haie infranchissable par les bêtes. Très utile à l'époque, elle a aujourd'hui été presque totalement remplacée par les clôtures modernes faites de piquets et de grillage.

La mise en pratique est certes ardue et de longue haleine, mais le résultat naturel, sauvage et très structurel de cette barrière végétale en fait une parfaite concurrente des haies vives pour ceux qui abhorrent les clôtures grillagées sans âme.

Les arbres les plus aptes à être plessés doivent être souples. Nos amis des Flandres françaises, adeptes de cet art jardinier, conseillent la piquante aubépine. Le noisetier ou le hêtre sont également recommandés pour leur capacité à être pliés sans casser. Le charme et le chêne sont aussi rencontrés dans ce genre de haie, car ils cicatrisent vite et bien.

Mise en oeuvre

Pour créer une haie plessée, il faut au préalable jouir d'une haie vive déjà plantée, mais inefficace ou inesthétique. Ou bien partir de zéro en plantant les arbustes adéquats et attendre ensuite 3/4 ans que la hauteur de la haie atteigne les deux mètres. Une fois cette première et longue étape franchie, il faut couper les jeunes troncs vigoureux et bien droits à 1,20 m de hauteur. Ils serviront de piquets d'ancrage pour le tressage. L'idéal est d'avoir un point d'attache tous les 30 cm. Si les troncs en place ne suffisent pas, il suffit de planter quelques solides piquets de châtaignier ou d'acacia refendus. Enfin vient la délicate opération du pliage qui s'effectue avec des baliveaux (=branches à plier) de 2 à 3 mètres de hauteur et de 5 à 10 cm de diamètre. A l'aide d'une serpette et de gants de cuir pour les épineux, il faut, au pied de la branche, tailler une entaille en biseau sur les ¾ de la matière et sur 5 cm maxi de longueur, dans le sens opposé au pliage. A ce sujet, le pliage des baliveaux s'effectue toujours en remontant une pente et non l'inverse !

Plessage : explications

Une fois tous les baliveaux de la haie entaillés, on peut commencer le pliage en commençant par l'extrémité indiquée par le sens du pliage. Les baliveaux sont ensuite tressés comme une vannerie autour des différents piquets. Les anciens avaient l'habitude de terminer par quelques branches de saule ou de noisetier entrelacées à l'extrémité des piquets pour fixer leur ouvrage.

Les trognes

Trogne au bord d'un cheminUne appellation quelque peu barbare qui représente bien cette taille caricaturale conférant à l'arbre un air torturé. Egalement appelé arbre-têtard dans certaines campagnes, il ressemble plus à un gros moignon sur pied qu'à un arbre joliment taillé. L'objectif de cette taille était de récupérer en nombre du petit bois de chauffage ou de disposer de fines branches (ainsi perchées en haut de l'arbre pour éviter que les animaux ne viennent les croquer) pour la confection de manches d'outil ou de branches à vannerie pour les plus petites.

La technique est plutôt simple puisqu'il suffit de couper à hauteur d'homme toutes les branches latérales et sommitales. Cet élagage sévère va totalement à l'encontre de la taille douce et s'effectue toujours en hiver, hors périodes de gel bien entendu ! Chaque année, des branches latérales au tronc vont repousser. Il faut alors les couper, mais en revanche laisser les branches du sommet se gonfler de sève encore quelques années jusqu'à ce qu'elles atteignent un diamètre respectable de 10 cm maxi. On recommence ensuite l'opération périodiquement au même niveau de coupe. Les jeunes branches feuillues seront alors très nombreuses et apporteront une ombre salvatrice dans les régions les plus fortement ensoleillées. Lors d'une telle coupe, le mastic cicatrisant n'est pas de mise puisqu'il empêcherait les nouvelles pousses de voir le jour, sauf si la taille a été mal faite et qu'elle risque d'endommager le spécimen.

Quel outil employer ?

Scie pour les plus gros rondins et serpe pour les autres. Surtout pas de tronçonneuse, ou alors pour la première grosse coupe uniquement.

Si aujourd'hui, l'utilité de l'arbre-têtard n'est plus d'actualité ; sa sauvegarde, elle, l'est plus que jamais. Il fait en effet partie du patrimoine campagnard. Selon la Maison Botanique de Boursay * (A visiter absolument !) dans le Loir et Cher, plus un seul arbre-têtard n'a été créé depuis 50 ans. Véritable témoin de la relation entre l'agriculteur et la nature pendant des décennies, il serait dommage de le voir disparaître. Alors à vos scies, serpes et tronçonneuses, la trogne doit reprendre de la vigueur !

 

(*) Maison Botanique de Boursay, rue des écoles, 41270 Boursay, Tel: 02 54 80 92 01
http://www.maisonbotanique.com/centre-europeen-trognes.php

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