Les oiseaux disparaissent en Europe

Le 21 février 2017 par Clémentine Desfemmes

En Europe, les oiseaux disparaissent. Et les espèces menacées ne sont pas les plus touchées : contre toute attente, les oiseaux les plus communs sont ceux qui subissent le plus net recul. Causes de cette hécatombe, conséquences... Focus sur un drame silencieux.

Une inquiétante disparition des oiseaux

Les oiseaux disparaissent en Europe, c'est un fait. Une étude publiée en novembre 2014 dans le journal scientifique Ecology Letters avançait des chiffres édifiants : en 30 ans, 421 millions d'oiseaux ont disparu, ce qui représente 20% d'une population totale d'un peu plus de 2 milliards d'oiseaux européens au début des années 80.

Oiseaux au bord d'un lac
Oiseaux au bord d'un lacAgrandir l'image

Les chercheurs ont analysés les chiffres fournis par des observateurs généralement bénévoles (d'où l'intérêt des programmes de sciences participatives et aux observatoires, par exemple les opérations de comptages organisées par la LPO), concernant 144 espèces d'oiseaux, dans 25 pays d'Europe. Il s'avère que ce sont les oiseaux les plus communs dans nos villes et nos campagnes qui sont le plus touchés par cette hécatombe : 90% des oiseaux disparus appartiennent à 36 des espèces les plus répandues. Ainsi, les populations de tourterelles ont diminué de 77%, -58% chez les étourneaux, -61% chez le moineau domestique, -46% chez l'alouette des champs...

Mésange bleue dans une cavité naturelle
Mésange bleue dans une cavité naturelleAgrandir l'image

>> Lire : Oiseaux du jardin

Causes de cette hécatombe

Les causes de cette disparition sont bien connues ; elles tiennent notamment à l'agriculture intensive et à l'urbanisation :

  • L'utilisation de pesticides, notamment des insecticides : en détruisant les insectes, ces phytosanitaires détruisent aussi les sources de nourriture pour les oiseaux insectivores.
  • La destruction des habitats naturels (permanents ou migratoires) des oiseaux : disparition des haies (lire : Arbustes pour petits oiseaux), des bocages, des zones humides, par l'extension des zones agricoles, de la monoculture, la bétonisation...
  • La pollution lumineuse qui nuit (c'est un comble) aux espèces nocturnes ;
  • Les infrastructures et équipements divers (ponts, édifices urbains très hauts, lignes à haute tension, éoliennes) qui sont autant d'obstacles mortels et de pièges pour l'avifaune ;
  • La chasse de loisir...

>> Lire aussi : Une trame verte et bleue pour la biodiversité

Nid de merles dans une haie d'éléagnus
Nid de merles dans une haie d'éléagnusAgrandir l'image

Les oiseaux communs, essentiels à l'équilibre des écosystèmes

Il est intéressant de noter que cette diminution importante des populations concerne essentiellement des espèces communes. Les espèces rares et/ou menacées ne sont pas (plus) victimes d'une telle hécatombe, au contraire : certaines ont même vu leurs populations s'accroître, grâce aux programmes de conservation mis en place au niveau européen.

Ce constat permet d'envisager les choses sous un jour inédit : contrairement à une idée communément répandue, protéger la biodiversité, ce n'est pas uniquement se consacrer aux espèces menacées ou en voie d'extinction. Les espèces les plus communes méritent elles aussi qu'on s'inquiète de leur sort. Certes, leur marge de survie est plus importante par rapport à des espèces rares, mais l'enjeu est tout aussi important : les oiseaux, et a fortiori les plus répandus, jouent un rôle essentiel dans l'équilibre des écosystèmes. Ils participent à la régulation des populations de ravageurs (oiseaux insectivores), au recyclage de la matière organique (oiseaux détritivores, notamment charognards), au transport des graines (contenues dans les fruits par exemple) et donc à la dissémination des espèces végétales... Les oiseaux participent donc à la biodiversité, aussi bien directement qu'indirectement.

Reste que la menace qui pèse sur les oiseaux est lourde : en 2008, 1/4 des espèces d'oiseaux nicheurs en France métropolitaine étaient menacées ; en 2016, la proportion monte à 1/3...

Sitelle Torchepot
Sitelle Torchepot Agrandir l'image

Des espèces communes non menacées car plus adaptables ?

D'autres espèces d'oiseaux, bien que communes, sont cependant non menacées, au contraire ; certaines ont pu voir leurs populations augmenter : rouge-gorge, mésange bleue, merle, buse, courlis... Pour nombre d'entre elles, le fait qu'elles soient capables de vivre en milieu urbain ou semi-urbain, en s'accommodant voire en profitant de la présence de l'homme et d'un milieu dégradé, sont sans doute un avantage adaptatif. Avec un milieu naturel qui disparaît, un habitat qui se modifie, les espèces les plus adaptables s'en tirent mieux que d'autres plus dépendantes d'un milieu donné, plus exigeantes, plus fragiles.

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Réactions

Julifa
10/03/2017, à Bondoufle

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Bonjour, Et bien j'habite en milieu urbain avec néanmoins de nombreux espaces verts et jardins et depuis Plus d'un an j'ai constaté une forte diminution des oiseaux. en effet cela fait le 2ème hiver que j'ai peu d'oiseaux qui viennent à la mangeoire excepté les moineaux qui ont augmenté et cette année un peu plus de palombes et tourterelles.L'été dernier l'espace extérieur était bien trop silencieux plus d'oiseaux. Seules les pies de plus en plus nombreuses et audacieuses depuis plusieurs années s'aventurert jusqu' à la mangeoire et au seuil de la porte fenêtre de la maison elles essayeront sûrement d'y entrer un de ces jours.

Jklp 94
06/03/2017, à Le perreux sur marne

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Bonjour. J'ai aussi constaté depuis plusieurs années que les petits oiseaux qui venaient se nourrir dans mon jardin l'hiver étaient de moins en moins nombreux à part peut être les mésanges. Au cours de l'hiver 2015 j'ai été intriguée par des vols d'oiseaux assez gros, de couleur verte pourvus d'une longue queue, se déplaçant en bandes sonores et dont je ne reconnaissais pas les cris. Après une recherche plutôt difficile, j'ai découvert que des perruches à collier colonisaient l'Ile de France depuis les années 70 et prenaient petit à petit la place des oiseaux locaux. Faut il y voir un facteur supplémentaire de la raréfaction de nos moineaux et consorts? Je fais de mon mieux pour assurer calme et nourriture à la gent à plumes dans mon jardin mais il est bien petit ... et l'arrivée prochaine du "Grand Paris" me fait redouter le pire pour eux.

Poutrounb
04/03/2017, à Nice

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Bonsoir Effectivement j'ai constaté depuis quelques années le manque d'oiseaux auquel j'étais habituée, à la campagne j'ai fait un abri avec une cage double laissant les portes bloquées afin que les petites races puissent venir se restaurer et (un système en tôle ondulée plastifiée que je lave et c'était merveilleux de voir le succès remporté. Plus de 140 variétés (en plusieurs années) venaient se nourrir, les mésanges diverses emmenaient les petits leur faire voir l'endroit et rentraient quelque fois dans la salle. en ce moment je me rends un peu moins souvent mais le relais est pris par ma fille. j'étais aussi en contact avec un monsieur de la LPO qui est malheureusement décédé il y a 2 ans. bien à vous et amitiés à tous et félicitations pour votre article

Yicha
25/02/2017, à Aubière clermont fd

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En hiver 2014 j'avais au jardin plus de 10 espèces sur la mangeoire, verdiers/, mésanges/, bouvreuils , /chardonnerets,/ moineaux/, rouge gorges/ merles/ gros becs/ pouillot, etc....En 2015 ils ne restait que mésanges merles et moineaux plus pouillots véloces...en 2106 les mêmes mais très rares, le tournesol et les boules de graisses sont peu attaquées ....L'environnement n'a pas changé mais les populations de corbeaux et pies aux alentours a augmenté considérablement. Je pense que cela a un rapport avec la disparition des oiseaux . J'ai contacté la LPO locale qui ne m'a pas répondu. Cette situation est inquiétante et désolante. Que faire ?