La pollution lumineuse et ses conséquences pour la faune sauvage

Le 15 décembre 2014 par Clémentine Desfemmes

De nos jours, l'éclairage artificiel nocturne est partout : l'obscurité n'existe plus, et, notamment dans les villes et les zones plus ou moins urbanisées, la lumière est devenue une véritable nuisance. Cette pollution lumineuse a des conséquences pour la biodiversité, et notamment la faune sauvage nocturne.

La nuit, la lumière est partout

Qu'elles soient utiles ou inutiles (avec tout le gaspillage énergétique que cela suppose...), les sources de lumière artificielle nocturne se multiplient à un rythme effarant depuis plusieurs décennies : éclairage des villes et des villages, en particulier celui des bâtiments publics, des tours urbaines et des monuments, enseignes lumineuses, éclairage des parcs, des rues, des routes et des zones commerciales ou industrielles, des ponts, des viaducs, des giratoires, des aéroports, illumination des façades et des jardins de particuliers… Sans compter l’orientation souvent préférentielle des sources lumineuses vers le ciel, particulièrement néfaste (spots tournés vers le haut, canons lumineux qui balaient le firmament...).

Pollution lumineuse nocturne (Yverdon, Jura suisse)
Pollution lumineuse nocturne (Yverdon, Jura suisse)Agrandir l'image

Et le coeur des villes n'est pas le seul concerné : les zones périurbaines, et même rurales, le sont aussi. Activité humaine est ainsi très souvent synonyme d'éclairage artificiel : mis à part en rase campagne, la nuit noire devient rare. Trop rare.

Une faune nocturne particulièrement perturbée

Ces nuisances lumineuses (on parle même de pollution lumineuse) détruisent et morcellent l’habitat des espèces animales adaptées à l’obscurité, et perturbent leurs comportements, accélérant ainsi la disparition des plus fragiles d’entre elles. Papillons de nuit, vers luisants et autres insectes nocturnes, grenouilles et crapauds, oiseaux migrateurs, rapaces nocturnes, animaux lucifuges et mammifères chasseurs de nuit figurent parmi les premières victimes de la pollution lumineuse.

En effet, la disparition des zones d’ombre empêche certaines espèces nocturnes de se déplacer, de se nourrir ou de se reproduire, les zones éclairées formant de véritables barrières qui morcellent l'habitat (par exemple, pour la ville de Paris, des espèces abondantes il y a encore un siècle en centre ville se trouvent maintenant reléguées à 70 km en périphérie).

En outre, les points lumineux sont autant de pièges mortels, dangereusement attirants ou tout simplement aveuglants.

Chauve-souris en vol (pipistrelle)
Chauve-souris en vol (pipistrelle)Agrandir l'image

Chauves-souris, chouettes et hiboux : habitats et zones de chasse se raréfient

On pourrait penser que les chauves-souris ne sont pas affectées, puisqu’elles privilégient l’écholocation pour repérer leurs proies et éviter les obstacles. Or, la lumière perturbe leurs habitudes de chasse : certaines espèces, comme le grand rhinolophe, sont incapables de chasser lorsque l'obscurité n'est pas totale, sans compter que la pollution lumineuse peut faire fuire les proies potentielles. En outre, l'éclairage artificiel est nocif pour les jeunes chauves-souris (développement retardé, croissance et vigueur réduites). Ces différents facteurs contribuent ainsi à expliquer le déclin des espèces de chiroptères les plus sensibles à la pollution lumineuse.

Chouette chevêche
Chouette chevêcheAgrandir l'image

Pour les rapaces nocturnes (chouettes et hiboux), les impacts sont similaires : ils consistent surtout en une réduction des territoires de chasse et des gîtes potentiels. En effet, l'éclairage des édifices servant habituellement de gîte aux rapaces nocturnes (églises, vieilles maisons) réduit d'autant le nombre de refuges potentiels pour ces espèces.

Eclairage automatique du jardin : adieu la chouette !

Certains d'entre nous qui ont installé au jardin ou devant leur habitation un projecteur avec détecteur de présence, destiné à mettre en valeur la façade ou à éclairer l'accès à la maison, n'ont-ils pas constaté la disparition d'une chouette jusque-là installée dans les combles, ainsi que, du même coup, la raréfaction des chauves-souris ?

Oiseaux migrateurs : itinéraires perturbés, collisions mortelles

Les oiseaux migrateurs, guidés par leur mystérieux sens de l’orientation (où interviennent le champ magnétique terrestre et la position des étoiles dans le ciel nocturne) suivent des corridors bien déterminés. Les lumières artificielles nocturnes les désorientent et brisent leur trajectoire. A titre d'exemple, en mer, à proximité des phares, on peut voir des bandes d'oiseaux migrateurs errer de manière concentrique. Dans les grandes villes, les infrastructures éclairées agissent comme des pièges pour certains migrateurs nocturnes : attirés par ces sources de lumière, ils heurtent de plein fouet les équipements aériens illuminés (hautes tours, ponts...). Aux Etats-Unis, on estime ainsi à cent millions le nombre d’oiseaux tués de la sorte chaque année.

Oiseaux migrateurs en vol
Oiseaux migrateurs en volAgrandir l'image

Des mesures simples pour limiter les nuisances lumineuses

Différentes mesures peuvent être prises pour limiter l'impact des éclairages artificiels sur la biodiversité. Et dans ce domaine, les pouvoirs publics sont bien sûr les premiers concernés, mais les particuliers peuvent aussi repenser l'éclairage nocturne des abords de leur maison...

  • Limitation des éclairages de façade et de jardin (et en tout cas ne pas les orienter vers le ciel) ;
  • Eclairage commercial en ville : modération des enseignes lumineuses ou extinction des illuminations de devantures après une certaine heure ;
  • Dispositifs lumineux étudiés pour les éclairages municipaux ou les grosses infrastructures : pas d'éclairage vers le haut, suppression du rouge du spectre émis par les lampes -le rouge est perturbateur pour les oiseaux migrateurs) ;
  • Eclairages urbains pouvant être éteints en seconde partie de nuit dans les zones peu fréquentées ;
  • Suppression des éclairages inutiles : immeubles de bureaux inhabités la nuit, chantiers d’entreprise, zones industrielles, carrefours et ronds-points en zone rurale, etc.
  • Enfin, les sites naturels pittoresques (gorges, grottes, falaises...) abritent une faune riche et fragile qui a besoin de la nuit noire : pour préserver cette biodiversité, ces sites ne devraient pas être éclairés.

A noter

Certains événements, comme le Jour de la Nuit ou la Nuit de la Chouette, contribuent chaque année à sensibiliser le public à ces questions de pollution lumineuse, aussi bien en France qu'ailleurs en Europe.

Eclairage inutile d'un parking
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Réactions

Michelle.b
27/12/2014, à

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Bonjour, Ecoeurée par le coût des illuminations de certaines villes ( comme Nice), découvert sur l'Internaute.com, j'ai lancé une pétition pour réduire leur durée. Elle se trouve à cette adresse : http://www.mesopinions.com/petition/nature-environnement/illuminations-noel-reduisons-nombre-jours-arreter/13225. Je n'ai pas eu le nbre de signatures espérées, mais certains commentaires devraient faire réfléchir les maires qui dépensent sans compter et polluent la nature de diverses façons (désherbants, engrais etc ). Je vais les avertir début janvier via leurs associations départementales. Si vous êtes d'accord avec ma proposition, merci de la signer et la faire signer par vos contacts tél et mél. Car cela augmente la pollution lumineuse. Cordialement. Une fidèle lectrice de Gerbeaud.com depuis plus de 10 ans, voire peut-être 15. M.B m1.bouchardon@laposte.net

Romain s.
17/12/2014, à Paris

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Un très bon article de vulgarisation. Pour ceux qui souhaitent approfondir la problématique, des centaines de références bibliographiques et des dizaines de photos sont disponibles sur le site Nuitfrance.fr