La ville, un écosystème

Le 20 mai 2014 par Clémentine Desfemmes

La ville, c'est beaucoup d'immeubles, du béton, des rues plantées d'arbres, des voitures... Mais la ville, c'est aussi un écosystème : des plantes et des animaux y vivent et interagissent avec ce milieu souvent hostile, mais parfois aussi favorable à certaines espèces sauvages !

La ville, un écosystème simplifié... et déséquilibré

En écologie, un écosystème se définit comme un ensemble formé par un environnement (le biotope) et par l'ensemble des espèces (la biocénose) qui y vivent, s'y nourrissent et s'y reproduisent. La ville est donc un écosystème, même si son biotope est très minéral, et sa biocénose à la fois peu abondante et simplifiée (on y rencontre moins d'espèces vivantes que dans un écosystème "naturel").

Les écosystèmes urbains (chaque ville représente un écosystème) sont également déséquilibrés. D'abord parce que l'homme, ses activités et ses déplacements ont un impact très important sur le milieu et les êtres vivants qui y vivent : nombre d'espèces vivant en ville y ont été introduites par l'homme, qu'elles soient animales (pigeons) ou, le plus souvent, végétales (plantes d'ornement échappées des jardins, plantes potagères retournées à l'état sauvage, graines véhiculées le long des multiples axes de transport ui convergent vers la cité...). En outre, contrairement à ce qui s'observe dans la nature, en ville, la biodiversité est trop pauvre et la biomasse trop peu abondante pour que les espèces vivantes se régulent mutuellement (non prédatées, certaines populations animales ont tendance à devenir envahissantes : pigeons, étourneaux, corneilles...).

Pigeons en ville
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Les particularités de l'écosystème urbain

Comme le sont des écosystèmes très particuliers comme un désert, une grotte ou les grands fonds sous-marins, l'écosystème urbain présente de nombreuses spécificités :

  • Un milieu plus chaud : c'est vrai en été, mais ça l'est surtout en hiver (dans les grosses agglomérations, il y a alors 4 à 5 degrés d'écart entre le centre ville et la campagne environnante). Cette douceur est favorable aux espèces frileuses ;
  • Un milieu plus sec : très minéralisé et imperméabilisé par le béton, le ciment, le bitume ou les pavés, le sol absorbe peu l'eau de pluie. Ceci tend à donner un avantage adaptatif aux plantes résistantes à la sécheresse ou capables de produire leurs graines avant les grandes chaleurs estivales ;
  • Un milieu pollué : en ville, l'air, l'eau, les sols sont pollués, ce n'est une nouveauté pour personne. Plus que les animaux, ce sont surtout les espèces végétales qui sont sensibles à cette pollution, notamment celle du sol (souvent enrichi en azote) ;
  • Un milieu où l'éclairage urbain nocturne est source de pollution lumineuse, qui modifie les cycles naturels des êtres vivants (cet allongement de la photopériode favorise une apparition des feuilles plus précoce au printemps, et leur chute plus tardive en automne ; quant aux oiseaux, ils nichent plus tôt dans les quartiers éclairés la nuit que dans les quartiers obscurs) ;
  • Un milieu fragmenté par de nombreuses barrières physiques (rues, murs, façades...), où les habitats sont morcellés (ilôts de verdure constitués par les parcs, les jardins, les cours d'immeubles, les alignements d'arbres, les pelouses... et les balcons !) ;
  • Un milieu où le trajet et la vitesse des vents sont également modifiés.
Vue aérienne de Paris
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Des espèces vivantes capables de s'adapter à un tel milieu

Le milieu urbain, façonné et largement dominé par l'homme, est donc si peu naturel qu'on en oublie qu'il abrite nombre d'êtres vivants "clandestins". Certaines espèces -souvent animales- trouvent à la ville plus d'avantages que d'inconvénients, elles s'y sont donc facilement implantées : températures plus douces, nourriture aisément disponible, quasi absence de prédateurs... Quelques-unes d'entre elles apprécient le voisinage de l'homme, ou du moins son habitat : ainsi, l'hirondelle de fenêtre trouve sous les toits un endroit parfaitement adapté à sa nidification, la chauve-souris trouve le gîte sous les ponts, dans les bâtiments, sous les combles, quant aux rats, ils ont toujours su profiter de la présence de l'homme. Autre exemple : plusieurs espèces de rapaces s'installent en haut des immeubles ou dans les clochers (faucon pèlerin, chouette effraie, faucon crécerelle).

>> Lire : Oiseaux des villes

Pour les plantes, les avantages de la ville sont moins évidents ; disons plutôt que celles qui arrivent à peupler l'espace urbain savent se contenter de peu (peu de terre, peu d'eau) et utilisent le vent plutôt que les animaux comme mode de dissémination de leur pollen et de leurs graines. Ce sont souvent des espèces pionnières, parfois même des espèces invasives (ces plantes opportunistes sont capables de coloniser très rapidement un milieu dégradé ou hostile : buddléia, renouée du Japon, ailante...). Les plantes sauvages sont plus nombreuses en ville qu'on ne le pense ; de nombreux observatoires et autres programmes de sciences participatives sont d'ailleurs dédiés à cette flore urbaine.

>> Lire : Plantes sauvages en ville

Pissenlit
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La ville, un écosystème en évolution

L'écosystème urbain n'est pas figé : le milieu et les êtres vivants qu'il abrite sont en constante évolution. Le biotope évolue lentement mais, généralement, favorablement, du moins dans les villes d'Europe : la mise en place de pratiques respecteuses de l'environnement (par exemple, abandon progressif des pesticides en matière d'entretien des espaces verts) et la multiplication des espaces végétalisés sont propices à améliorer l'habitat et la survie de nombreuses espèces.

Les espèces présentes en ville progressent également, avec une tendance à l'enrichissement de la biodiversité : on voit apparaître des espèces absentes du milieu urbain il y a quelques années, voire quelques décennies. Ces espèces commencent souvent par coloniser les zones périphériques (zones résidentielles avec de petits jardins, par exemple), avant d'atteindre le centre ville : renards, éperviers, geais, pigeons ramiers, écureuils, tourterelle turque, sangliers (Berlin en abrite plusieurs milliers !), autant de nouveaux venus dans la jungle urbaine...

Pigeon ramier
Pigeon ramierAgrandir l'image

Un écosystème non durable ?

En plus d'être déséquilibré, l'écosystème urbain n'est écologiquement pas viable et surtout, incapable de vivre en autonomie : extrêmement dépendant de l'extérieur pour les approvisionnement en nourriture et en énergie, et inapte à compenser lui-même ses déchets et ses eaux usées. Il ne survit que grâce à son ouverture sur l'extérieur (une ville en vase clos, ce ne serait pas tenable !). Certes, les oppositions ville/campagne, gris/vert, béton/nature, pollution/air frais sont caricaturales, mais certains voient la ville comme une entité parasite vivant au détriment de la campagne environnante... Vision assez inquiétante, vu l'extension des zones urbaines partout dans le monde !

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