Eoliennes et biodiversité

Le 6 mars 2011 par Clémentine Desfemmes

Energies renouvelables et biodiversité ne font pas toujours bon ménage, et ce qui est bon pour le climat ne l'est pas forcément pour certaines espèces animales ou végétales. Ainsi, saviez-vous que les éoliennes sont des pièges mortels pour les oiseaux et les chauves-souris, et que leur implantation perturbe les écosystèmes ?

Les éoliennes, un paradoxe pour l'environnement

Au crépuscule, les éoliennes sont très meurtrièresL'éolien est une source d'énergie propre et renouvelable, c'est un fait. Les éoliennes contribuent d'abord à réduire nos émissions de gaz à effet de serre, et donc à lutter contre le changement climatique. Elles permettent également de limiter notre dépendance vis-à-vis du pétrole et nous assurent une meilleure maîtrise de nos approvisionnements énergétiques. Enfin, l'installation, l'exploitation et l'entretien de ces équipements décentralisés sur tout le territoire créent des emplois.

La France s'est d'ailleurs fixé pour objectif de produire, d'ici 2020, 23% de son électricité à partir d'une énergie renouvelable : pas étonnant, dans ces conditions, que l'on voie les parcs éoliens se multiplier dans les campagnes françaises. Cependant, ces éoliennes ne sont pas anodines : outre qu'elles sont souvent accusées de nuisances pour les riverains, elles portent aussi atteinte aux paysages et à la biodiversité. L'homme, en installant des éoliennes, détruit les habitats naturels, perturbe la reproduction de certaines espèces sensibles et augmente la mortalité de certains animaux.

Oiseaux et chauves-souris : les victimes directes des éoliennes

Les victimes les plus évidentes des éoliennes sont les oiseaux (oiseaux nocturnes et oiseaux migrateurs) et les chauves-souris, qui sont meurent par collision avec les pales ou par barotraumatisme (les poumons des chiroptères sont sensibles à la dépression créée par la rotation des pales à proximité de l'éolienne : ils explosent).

Selon Albert Manville, ornithologue américain, pas moins de 440.000 oiseaux sont tués par les éoliennes aux Etats-Unis chaque année. Certes, les parcs éoliens restent moins dangereux que pour les oiseaux que la chasse (plusieurs millions d'oiseaux tués chaque année en France), les lignes électriques à haute tension, les plates-formes pétrolières ou les bâtiments aux parois vitrées. Cependant, si les éoliennes sont appelées à se multiplier, ce facteur de mortalité supplémentaire ne doit pas être négligé.

Autres impacts sur la faune et la flore

Vue aérienne illustrant l'emprise au solL'emprise au sol des éoliennes n'est pas sans effet sur la biodiversité. En effet, il ne suffit pas de planter un mât pour installer une éolienne : l'installation est complexe et prévoit par exemple une plate-forme (environ 1000m2), des fondations, des pistes et des voies d'accès, un câblage souterrain, des locaux techniques (poste de transformation, local de stockage de matériels...) et, souvent, un parking.

C'est autant d'espace grignoté sur les milieux naturels, de végétation détruite ou piétinée, de surface bétonnée, d'habitats détruits (mares, bosquets, prairie, forêt...) et d'allées et venues humaines susceptibles de perturber des espèces protégées, notamment en période de reproduction. Le chantier d'installation est une période particulièrement critique, génératrice de nuisances importantes (sans parler du risque d'introduction accidentelle d'espèces invasives !). En milieu marin, la problématique est bien entendu la même.

Réduire les impacts d'un parc éolien sur la biodiversité

Il est possible de limiter les impacts d'un parc éolien sur la faune et la flore en appliquant différentes mesures :

  • La nuit est la période la plus meurtrière : en réduisant la vitesse de rotation des pales la nuit ou au moins au moment du pic d'activité des chauves-souris, on réduit du même coup la mortalité, sans dégradation importante de la productivité ;
  • Le trajet des chauves-souris peut être détourné efficacement grâce à la mise en place d'un système de radar sur l'éolienne ;
  • L'emplacement et l'orientation des parcs éoliens sont également importants : en évitant les zones de passage privilégié des chiroptères ou en alignant les éoliennes parallèlement aux axes migratoires des oiseaux (afin d'éviter l'effet "barrière" ou l'effet "entonnoir"), le risque de collision est diminué ;
  • Un espacement important entre les différentes éoliennes d'un même parc est préférable à un maillage très serré ;
  • Le démarrage d'un chantier d'installation en dehors des périodes de reproduction des espèces les plus sensibles est un moyen simple pour réduire les perturbations pour la faune ;
  • La perte d'habitats naturels peut être compensée en mettant en place un réseau de haies et de bosquets aux abords de l'éolienne, en recréant une mare...

Se poser les bonnes questions

Le problème n'est pas tant de se demander si, oui ou non, on doit construire des éoliennes, mais plutôt de voir comment, sur le terrain, on peut protéger la biodiversité à proximité de ces parcs éoliens. Même si les éoliennes comportent des inconvénients, tout est fait (ou devrait être fait) pour minimiser les impacts sur l'environnement.

En France, le législateur est bien conscient des nuisances, et la contruction d'un parc éolien est soumis à une réglementation précise. Elle fait notamment l'objet d'une procédure compliquée, comportant des études de faisabilité et de conception, un dossier d'étude d'impact, éventuellement un dossier d'étude d'incidences Natura 2000, l'obtention d'une autorisation de défrichement et/ou d'une dérogation "espèces protégées"... Cependant, une étude d'impact peut être plus ou moins bien menée : si elle est mal réalisée (lacunes, oublis involontaires ou non...), elle passe à côté de l'essentiel et n'est d'aucune utilité.

Quoi qu'il en soit, la prise en compte de la dimension environnementale dans tous les projets de contruction (d'une éolienne, d'un bâtiment important, d'un axe de circulation...) montre bien que nous apprenons à optimiser l'intégration écologique des activités humaines : le développement durable, expression désormais un peu galvaudée, trouve ici une illustration.

 

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Xxjeromexx10
13/05/2011, à Romilly-sur-seine

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Je trouve cet article très intéressant.

Pim
14/04/2011, à Niort

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Monsieur GERBEAUD, par votre site très bien conçu, vous donnez une vitrine aux anti-éoliens qui avancent des arguments tous plus négatifs les uns que les autres vis à vis de l'éolien et pas forcément fondés. Rappellons que c\\\\\\\'est une énergie propre à partir du vent donc local. sur l\\\\\\\'impact, les fondations son enfouies = aucun impact extérieur, emprise au sol réduite par rapport au terrain. Des études d\\\\\\\'impact sont menées afin d\\\\\\\'éviter les secteurs trop sensibles vis à vis des oiseaux, chauve souris et flore. plusieurs études montrent que leur impact est très faible. Dire que les éoliennes détruisent les paysages et très subjectif. Par ailleurs,les éoliennes participent à réduire l\\\\\\\'impact de nos modes de production d\\\\\\\'énergie sur le climat. changement de climat = changement d\\\\\\\'habitat et disparition de nombreuses espèces ne pouvant plus se déplacer du fait de l\\\\\\\'emprise humaine. Par cet article anti-éolien vous permettez à des personnes à l\\\\\\\'esprit trop borné de diffuser de la fausse information. c\\\\\\\'est limite de la propagande anti éolien. Dommage. bien à vous Pierre.

A.b.
28/03/2011, à Paris

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Les éoliennes ne tournent quand même pas à toute vitesse: il serait bon de jeter un oeil de temps en temps autour de soi… Le problème des collisions ne peut quasiment se poser que pour les nocturnes. Quelques avis (autorisés) sur la question: http://www.planete-eolienne.fr/oiseaux.html http://abies.be.pagesperso-orange.fr/suivi_ornithologique.htm http://www.lpo.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=761:allier-energie-eolienne-et-protection-de-la-biodiversite-pour-un-developpement-durable-des-territoires-&catid=141:communiques-de-presse Et on peut élargir le débat: - La circulation routière (le réseau routier serait responsable de la mort de 30 à 100 oiseaux par km, le réseau électrique de 40 à 120 oiseaux par km…) - Les empoisonnements dûs à l'agriculture "moderne" (pesticides), - La pollution par les hydrocarbures, tout comme les autres dangers que vous avez cités, sont aussi des causes plus importantes de décès des oiseaux que les éoliennes. Il y a eu un séminaire en septembre 2010 sur éoliennes et biodiversité. Les rapports devraient se trouver prochainement sur le site de la LPO http://www.eolien-biodiversite.com/contenu/,accueil,1?

Tatu
19/03/2011, à Montpellier

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Votre article n'est pas ojectif: Soit on ne fait rien et on préserve entièrement la biodiversité mais on accepte de revenir vivre dans des cavernes, soit on accepte un minimum d'impact et à ce propos 1 eolienne 2 MW pour un impact de 1000 m² au sol soit 2000 W/m² impacté. Le photoltaique est d'un rapport de 100 W /m² sans compter le cout écologique et le bilan carbonne du capteur trés supérieur à celui de l'éolien. Le bilan carbonne pour une éolienne de 2 MW est récupéré au bout d'une année d'exploitation pour les capteurs c'est plus de dix ans. Quant aux oiseaux je suis à la recherche d'enquête sur les dég^ts constatés réellement dans les airs au droit des éoliennes, si vous en avez je suis preneur pour en tirer une analyse. bien à vous

Léon
15/03/2011, à Escource

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Vos propos m\\\'étonnent beaucoup. Autrefois, combien de moulins à vent étaient en action sur notre territoire...Ou bien est-ce la politique de notre président (pro-nucléaire)qui vous incite à de tels commentaires négatifs à ce sujet?

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