Le bouquet de fleurs, un cadeau empoisonné... pour la planète

Le 26 mai 2011 par Clémentine Desfemmes

Les fleurs, c'est beau, c'est pur, c'est naturel... Ce plaisir éphémère n'est cependant pas sans conséquences : transport en avion, utilisation de pesticides, consommation d'eau, ou encore occupation de terres agricoles, l'achat d'un bouquet de fleurs n'est décidément pas un acte anodin pour la planète.

Divines fleurs...

Champ de tulipesSaint Valentin, fête des mères, anniversaire, mariage, baptême ou, tout simplement, envie de faire plaisir : les occasions d'offrir un bouquet de fleurs sont nombreuses. Les Européens achètent 50% des fleurs coupées commercialisées dans le monde, avec une nette préférence pour la rose (près de la moitié des ventes, en France). Et pour cause : les fleurs sont parées d'une symbolique très positive. Outre leur beauté et leur parfum qui ravissent les sens, elles évoquent la pureté, la fraîcheur, l'innocence... Qui croirait alors que le bouquet de roses acheté chez le fleuriste est lourd de conséquences environnementales, sociales et économiques ?

Entendons-nous bien : ce n'est pas le fait d'offrir des fleurs qui, en soi, est dommageable à l'environnement. C'est plutôt l'origine des fleurs et la manière dont elles ont été cultivées qui sont sources de nuisances. Car, hélas, les fleurs que nous offrons ne sont généralement ni sauvages, ni cueillies dans notre jardin... Le bouquet acheté (à grands frais) chez le fleuriste ou en grande distribution est une véritable aberration écologique et économique.

Nuisances environnementales

Floriculture en Ethiopie

Floriculture en Ethiopie

D'abord, la plupart des fleurs sont importées (c'est par exemple le cas pour 90% des roses, orchidées et tulipes), et souvent de très loin : l'Amérique Centrale, l'Afrique et, depuis peu, l'Inde sont les régions du monde qui exportent le plus de fleurs coupées. Et comme les fleurs sont des produits fragiles et très périssables, on les transporte par avion, ce qui génère des émissions considérables de gaz à effet de serre.

Ensuite, la floriculture est particulièrement polluante. Les fleurs doivent arriver sur les étals dans un état irréprochable : pour fournir au consommateur des fleurs parfaites, les producteurs utilisent de grandes quantités de pesticides (parfois très dangereux et interdits en Europe), d'engrais et d'eau (pour l'irrigation mais aussi pour diluer les substances chimiques à vaporiser). Elles sont également fragiles et sensibles aux écarts de température, à la pluie, au vent et à l'excès de soleil pour certaines. Trop souvent, il faut donc les cultiver sous serre, ce qui implique éventuellement un système de climatisation (chauffage ou réfrigération, et donc émission de CO2), un éclairage lorsque la lumière naturelle est insuffisante à certaines périodes de l'année (c'est notamment le cas en Hollande) et, bien sûr, des arrosages plus nombreux qu'en cas de culture en pleine terre.

L'exemple des roses du Kenya, très médiatisées ces dernières années, illustre bien l'impact de la floriculture sur l'environnement. Les nombreuses exploitations de roses installées autour du lac Naivasha mettent en péril un site autrefois riche en biodiversité : les eaux sont aujourd'hui très polluées (recours massif aux engrais et aux pesticides) et leur niveau baisse d'année en année (pompages destinés à l'irrigation des rosiers).

Nuisances sanitaires et sociales

Cueillette des roses en EthiopieIl n'y a pas que pour l'environnement que la floriculture est néfaste. Les hommes et les femmes qui travaillent sur ces exploitations floricoles du bout du monde (entretien des cultures, cueillette des fleurs) sont non seulement sous-payés, mais en outre, ils sont exposés à des substances chimiques dangereuses sans bénéficier d'aucune protection, ni aucune information. Autre problème, des terres fertiles sont exploitées pour la production de fleurs destinées à l'exportation, au lieu d'être utilisées pour des cultures vivrières, ce qui ne va pas dans le sens d'une meilleure sécurité alimentaire... Question pourtant cruciale pour certains pays comme l'Inde.

Des solutions pour un achat plus responsable

Alors, faut-il pour autant renoncer à offrir des fleurs ? Si, dans la plupart des cas, l'origine des fleurs n'est pas mentionnée sur le lieu de vente, il existe en revanche des signes de qualité qui permettent de savoir ce que l'on achète :

  • Le label AB : les fleurs étant des produits agricoles, en théorie, elles peuvent bénéficier du logo AB et être certifiées comme étant issues de l'Agriculture Biologique. En pratique, les fleurs bio restent rares (voire rarissimes)... et c'est dommage ;
  • Les fleurs issues du commerce équitable (Max Havelaar) : certes, un produit "équitable" n'est pas forcément un produit obtenu de manière respectueuse de l'environnement, mais au moins, on sait que les personnes qui ont travaillé pour sa production ont été correctement rémunérées, et dans le cadre d'une relation commerciale durable ;
  • Les fleurs produites localement : la Charte Qualité Fleur garantit, outre une fleur d'une excellente qualité et présentant une très bonne tenue en vase, une production locale (et donc, au minimum, française) ;
  • Plus confidentielles, plus contraignantes mais aussi plus militantes, les démarches de type AMAP ou cueillette à la ferme sont aussi une bonne solution pour dénicher des fleurs locales et de saison.

>> Lire aussi : Les fleurs coupées ont leurs saisons

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Questions / réponses

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Réactions

Gribouille
06/02/2014, à La riche

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Exact tout ce qui a été écrit ;néanmoins,je continuerai à acheter les tulipes cultivées dans les champs de Touraine et vendues au profit de bonnes causes!

Frizouille
21/06/2011, à St georges les bx

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Je suis entièrement d'accord, moi qui aime la nature je ne me fais jamais offrir de bouquet car il y a longtemps que j'ai compris ce qui se passait pour les bouquets de fleurs