Moins de tourbe au jardin, un geste pour les tourbières

Le 22 juin 2011 par Clémentine Desfemmes

Une tourbière est un milieu humide et acide où les débris végétaux, notamment de sphaigne, se décomposent très lentement pour donner de la tourbe. Cette matière, très appréciée au jardin, doit être utilisée avec modération, car son exploitation nuit à la biodiversité.

Origine de la tourbe

Tourbière

Tourbière

La tourbe, ce substrat léger bien connu des jardiniers, est une matière fossile qui se forme dans les tourbières, où l'eau stagnante est propice au développement de certaines plantes (mousses, en particulier les sphaignes, mais aussi carex, joncs...). Dans ce milieu acide (pH de 4 à 5), très pauvre en oxygène, les débris végétaux subissent une décomposition partielle. En effet, en conditions asphyxiantes, bactéries, champignons et petits insectes ont du mal à dégrader la matière végétale. Ainsi, contrairement à ce qu'il se produit dans un marais, la matière organique s'accumule : sa transformation donne un substrat riche en carbone (jusqu'à 50%), plus ou moins fibreux, appelé tourbe. La couleur de la tourbe varie du blond au noir en fonction de son âge, et donc de son état de décomposition plus ou moins poussée.

Conditions nécessaires à la formation d'une tourbière

Une tourbière se forme dans des conditions climatiques et topographiques particulières. D'abord, il faut un sous-sol suffisamment imperméable (de type argileux, par exemple) pour permettre la saturation du sol en eau de pluie. Ensuite, cette eau douce (c'est-à-dire peu minéralisée, et surtout, pauvre en calcium, ce qui permet au milieu de s'acidifier) doit garder un niveau constant au fil des saisons. Enfin, le climat doit être frais et suffisamment humide pour que les précipitations suffisent à alimenter en eau les tourbières.

L'Irlande est un pays où les tourbières sont particulièrement abondantes (elles représentent 15% de la surface du territoire). Ce type de milieu humide se rencontre également au Québec, en Sibérie, en Finlande, en Suède... En France, c'est en Auvergne, en Franche-Comté, en Rhône-Alpes et en Bretagne qu'elles sont les plus nombreuses, quoique leur surface ait été divisée par 2 au cours des 50 dernières années (la tendance est malheureusement la même ailleurs dans le monde).

Tourbe blonde, tourbe brune, tourbe noire

Tourbe noire

Tourbe noire (Ecosse)

  • La tourbe blonde est jeune, fibreuse, peu décomposée, acide, pauvre en minéraux et douée d'une très forte capacité de rétention d'eau que lui confèrent les sphaignes (en revanche, elle est très difficile à ré-humidifier une fois sèche). Elle est utilisée en jardinage et en horticulture, mais aussi pour la fabrication des serviettes hygiéniques, ou comme isolant.
  • La tourbe brune est plus âgée que la tourbe bonde : elle a donc subi une dégradation plus poussée. De ce fait, elle est moins fibreuse et légèrement plus riche en éléments minéraux. Son pH est neutre. Elle est utilisée au jardin et en agriculture. 
  • La tourbe noire est la plus âgée. Plus minéralisée et plus dense que les précédentes, elle a subit une décomposition complète. Une fois séchée, elle est aujourd'hui encore utilisée comme combustible (Russie, Irlande). Elle a également des applications dans le traitement de l'eau.

Extraction de la tourbe

Orchidée sauvage dans une tourbière

Orchidée sauvage dans une tourbière

La tourbière est tout d'abord drainée grâce au creusement de canaux de drainage, puis le sol est séché sous l'action conjointe du soleil et du vent. La couverture végétale est arrachée, hachée et incorporée à la couche de tourbe la plus superficielle. Puis la tourbe est récoltée couche par couche (l'épaisseur de tourbe varie selon les sites et peut atteindre une dizaine de mètres). 

Au terme de l'exploitation, une fois la tourbière épuisée, le site est vidé de ses habitants, et le sol, sec et pauvre, a bien du mal à être colonisé par la végétation. Dans la majorité des cas, les plantes de tourbières disparaissent définitivement et laissent la place à d'autres végétaux plus communs : les tourbières exploitées puis abandonnées ne se restaurent généralement pas sous la forme d'un écosystème accumulateur de tourbe.

Une ressource fossile.. et limitée

La tourbe est considérée comme un combustible fossile. Elle est en effet très lente à se former : dans les tourbières, elle s'accumule au r ythme de 0,2 à 1 mm par an, et sa décomposition nécessite plusieurs milliers d'années. A l'échelle de la vie humaine, elle est donc une ressource quasiment non renouvelable. L'exploitation intensive dont fait l'objet la tourbe depuis plusieurs siècles, à un rythme bien supérieur à celui de son élaboration, conduit à un épuisement progressif des tourbières.

La tourbière, un écosystème à protéger

Drosera à feuilles rondes dans une tourbière

Drosera à feuilles rondes

Outre le problème de l'amenuisement des réserves en tourbe, la disparition des tourbières pose un problème environnemental. La tourbière est en effet un écosystème qui abrite une faune et une flore diversifiée, et en particulier de nombreuses espèces rares et protégées (oiseaux, batraciens, reptiles, insectes, plantes...).

La protection de la biodiversité n'est pas le seul argument qui justifie la sauvegarde des tourbières : ces sites sont également des puits de carbone (stockage du CO2) et ils participent à l'équilibre hydrologique d'une région (elles agissent comme des éponges en retenant l'eau en période d'inondation et en la restituant durant les mois de sécheresse).

Utilisation raisonnée de la tourbe au jardin

La tourbe est appréciée au jardin pour sa légèreté, sa richesse en matière organique, sa capacité de rétention d'eau (tourbe blonde), et sa teneur en minéraux (tourbe brune). Elle est un ingrédient presque incontournable de la terre dite de bruyère, et elle entre dans la composition de nombreux terreaux. Elle est également utilisée pour le paillage. Enfin, sous forme moulée et compressée, elle sert à la fabrication de godets et de pots rapidement biodégradables ou encore de pastilles destinées aux semis. Il est donc bien difficile de jardiner sans tourbe.

Cependant, on peut limiter son utilisation (et donc éviter d'encourager l'exploitation des tourbières) en la remplaçant, chaque fois que c'est possible, par du compost, de la vermiculite ou de la fibre de coco, et en privilégiant l'achat de terreau sans tourbe. Il peut également paraître judicieux de réserver l'emploi de terreau aux cultures en pots, moins gourmandes en substrat que les massifs. Le gouvernement anglais a d'ailleurs donné l'exemple en février 2011, en annonçant supprimer progressivement l'usage de tourbe par le secteur public d'ici 2015. 

Notons d'ailleurs que la récolte de tourbe n'est pas la seule cause de disparition des tourbières. Durant plusieurs siècles, ces milieux considérés comme infertiles et inutiles ont été drainés, comme la plupart des milieux humides (marais), afin d'être exploités en agriculture ou en sylviculture, ou encore pour permettre l'extension urbaine. Aujourd'hui, le regard que nous portons sur les tourbières évolue, et nombre de ces sites, en Europe du moins, sont désormais protégés, ce qui n'empêche pas leur exploitation dans d'autres pays.

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Réactions

Eltino
14/07/2011, à Cleguer

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Nous avons vu en 2010, une destruction intense de tourbière, en haut des Westeralen en Norvège, donnant un paysage encore plus dévasté. Tout cela pour nos jardins car je ne suis pas certain qu'elle servait pour le chauffage, étant mise en sacs de 20 à 30kg. Depuis je proscris la tourbe et utilise un bon compost de feuilles bien de chez nous. Vive l'écologie raisonnée!

Dreamtime
23/06/2011, à Toulouse

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Cependant " seuls" 8% des surfaces terrestres de tourbières sont exploitées et la première destination en est la tourbe de chauffage.D'ailleurs des pays nordiques comme la Norvège offrent des subventions aux particuliers pour un retour au chauffage à la tourbe, plus "écolo".....