A-t-on vraiment besoin des OGM pour nourrir l'humanité ?

Le 2 juillet 2010 par Xavier Gerbeaud

Lorsque l'on parle de sécurité alimentaire et de faim dans le monde, on pense aux OGM. Sont-ils vraiment nécessaires pour nourrir la planète ? N'existe-t-il pas des solutions alternatives, ne franchissant pas la barrière des espèces, mais tout aussi efficaces ?

Les OGM, solution miracle à la faim dans le monde ?

Champ de maïsLes OGM sont censés avoir toutes les vertus, si l'on en croit leurs fabricants. Moins de pesticides répandus sur les cultures, meilleurs rendements, adaptation à des conditions climatiques et pédologiques extrêmes (sécheresse, terre gorgée d'eau, salinité), meilleure qualité nutritive des végétaux (on parle de biofortification : certains OGM seraient "enrichis" en vitamine A ou E, en fer ou en zinc) : les OGM seraient-ils donc une solution magique pour lutter contre la faim dans le monde et nourrir les 9 milliards d'êtres humains qui peupleront la planète en 2050 ?

Peut-être faut-il cependant se méfier de la communication de quelques grands groupes bâtis autour de l’industrie des pesticides (Monsanto, Dupont-Pioneer, Dow, Syngenta, Bayer, BASF) qui sont parvenus, grâce à des moyens financiers importants et un lobbying efficace, à placer les OGM au cœur de la problématique de la sécurité alimentaire de la planète.

Les OGM ne sont pas cultivés aujourd’hui dans un objectif de sécurité alimentaire

Si l’on creuse un peu, on se rend compte que pour le moment, la culture des OGM n’est nullement menée dans un but de sécurité alimentaire.

  • D’une part, la moitié des surfaces plantées en OGM sont localisées aux Etats-Unis et au Canada, où une bonne partie est destinée à la production de biocarburant et à l’alimentation des animaux d’élevage. Le reste des surfaces se trouve certes dans les pays en développement, mais ces cultures sont consacrées à l’exportation (coton –non alimentaire, donc-, ou encore soja pour l’alimentation des animaux d'élevage des pays riches).
  • D’autre part, les OGM permettent actuellement de réduire les coûts de production, mais pas d’accroître la productivité à l’hectare. Les deux tiers des plantes OGM cultivées sont de type « Round Up Ready », le tiers restant présente une résistance à un insecte : tous ces OGM sont surtout utiles pour faciliter le désherbage chimique ou pour réduire les épandages de certains pesticides.

D’ailleurs, la plupart des études qui ont été réalisées ces dernières années indiquent clairement que les OGM (notamment maïs, coton et soja) ne produisent pas plus que les cultures conventionnelles. Parfois même, les rendements sont plus faibles en OGM… L’argument productiviste souvent avancé par les pro-OGM ne semble donc pas tenir.

Sélection végétale et hybridation non OGM : moins connues, mais déjà opérationnelles

SécheresseD’autres techniques, non OGM, peuvent permettre de relever les défis de l’agriculture moderne : dans les pays en développement, les solutions alternatives se multiplient. Des techniques « naturelles » de sélection végétale et d’hybridation permettent déjà d’obtenir des variétés adaptées à des conditions de culture défavorables. Loin d’être archaïques, certaines font appel à des méthodes de biologie moléculaire, qui permettent d’isoler un gène précis et de le transférer dans une plante parente, sans franchir la barrière des espèces. Ces variétés, cultivées selon des systèmes culturaux traditionnels, donnent généralement des résultats très satisfaisants.

Les exemples sont légion :

  • En Zambie, la polyculture associée à l’élevage dans les exploitations permet d’améliorer les récoltes de maïs (non OGM) en dépit de la sécheresse ;
  • En Inde, les riz indigènes ont de meilleurs rendements que le riz OGM, sur des terres saturées d’eau ;
  • Au Kenya, une variété de maïs non OGM obtenue à partir de maïs originaire des Caraïbes est résistant à la pyrale ;
  • En juillet 2008, la société semencière Pioneer Hi-Bred a annoncé une nouvelle génération d'espèces de soja (obtenues par génie génétique, mais sans recours aux techniques OGM), permettant d'accroître de 40% les récoltes au cours des 10 prochaines années ;
  • Aux Philippines, un maïs non OGM a montré qu’il pouvait résister à 29 jours de sécheresse ;
  • En Australie, on a sélectionné un blé non OGM tolérant au sel, et une variété de colza résistante à la sécheresse ;
  • Une pomme de terre résistante à un nématode (petit vers capable de ruiner des récoltes entières) a été mis au point par des chercheurs, en croisant une variété de pomme de terre sauvage avec une variété conventionnelle ;
  • En Inde, une nouvelle variété de pois cajan a été élaborée par un institut de recherche. Ce pois, dont le rendement est de 40% supérieur aux rendements habituels, et qui résiste en outre aux maladies et à la sécheresse, est déjà sur le marché ;
  • Une variété de manioc résistante à la sécheresse, aux parasites et aux ravageurs (et dont le rendement est jusqu'à 10 fois supérieur à celui des variétés conventionnelles), cultivée par un institut de recherche internationale, a fait ses preuves en Afrique et est désormais commercialisée ;
  • Des programmes de sélection et de culture conventionnelle de millet et de haricot à forte teneur en fer sont très prometteurs pour lutter contre l'anémie au Nigéria ;
  • En Ouganda, des chercheurs ont obtenu une patate douce exceptionnellement riche en vitamine A, par sélection conventionnelle...

Autant de variétés non OGM et de techniques alternatives qui font déjà leurs preuves, tandis que les OGM présentés comme solution miraculeuse pour répondre aux besoins des pays en développement (résistance à la sécheresse, à la salinité, biofortification...) ne sont pas encore opérationnels, et ne le seront pas avant de longues années... Et, même s’ils le sont un jour, les petits producteurs pourront-ils acheter, chaque année, ces semences coûteuses ? Les fabricants d’OGM vont-ils vraiment investir des sommes colossales pour un marché majoritairement composé de petits exploitants peu ou pas solvables ?

Le point de vue des experts internationaux

Culture du riz en GuinéeLes experts internationaux s’accordent sur un point : les OGM ne sont pas la meilleure solution pour nourrir la planète. Un rapport de l’IAASTD a été publié à ce sujet, en 2009 : initié par la Banque mondiale et la FAO, et ayant fait intervenir 400 experts issus de 110 pays, il correspond à une évaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement.

Selon ce rapport, il faudrait plutôt privilégier les solutions adaptées aux systèmes agricoles locaux, basées sur la polyculture et l'élevage sur une même exploitation, valorisant le savoir-faire des paysans, respectant les écosystèmes, n'appauvrissant pas les sols (rotation des cultures, amélioration de la matière organique) et reconnaissant les agriculteurs comme étant responsables des ressources qu’ils gèrent (eau, sols, diversité génétique…). Car en matière de rendements, la nature des semences utilisées intervient moins que d’autres facteurs, comme l’irrigation, la qualité des sols et le savoir-faire des exploitants.

En outre, toujours selon ces experts, pour lutter contre les carences alimentaires, mieux vaudrait miser sur la diversité alimentaire plutôt que sur un unique aliment enrichi en vitamines ou en minéraux : des cultures vivrières diversifiées seraient donc préférables à une monoculture OGM.

Ce rapport plaide donc en faveur d’une agriculture tournée vers le développement durable, plutôt qu’en faveur des OGM, qui impliquent une privatisation du vivant et un appauvrissement de la diversité génétique, associés à une dépendance et un endettement des petits producteurs.

Nécessité d’une instance internationale, indépendante et impartiale

Bon nombre d'experts tiennent aussi le discours suivant : laisser des acteurs privés, intéressés par les énormes gains financiers que représentent les OGM, piloter le développement d'un outil aussi potentiellement dangereux et innovant, constitue un double risque : celui d’une catastrophe sanitaire et environnementale, et aussi celui d’une utilisation inappropriée des OGM, c’est-à-dire détournée du bien commun.

Les recherches et le développement en matière d’OGM devraient plutôt être confiés à une instance internationale indépendante, prenant en compte le bien de tous, en particulier les besoins des populations des pays de l’hémisphère Sud, et non subordonnée aux intérêts de quelques grands groupes. C’est également cette instance planétaire qui devrait être seule habilitée à vérifier l’absence d’effets secondaires (à la culture mais aussi à la consommation des OGM), en toute impartialité.

Production de médicaments et de vaccins grâce aux OGM

Les OGM sont souvent réduits aux plantes : c’est oublier que d’autres organismes génétiquement modifiés sont utilisés en laboratoires pour des applications médicales. Ainsi, des virus recombinants permettent de produire des vaccins, et des bactéries OGM synthétisent de l’insuline (précieuse pour les diabétiques), de l’hormone de croissance (utile aux enfants qui n’en produisent pas) ou encore des facteurs de la coagulation (destinés aux hémophiles).

Ces substances totalement pures (dont on est certain qu’elles ne contiennent aucune protéine inconnue) sont une grande avancée dans le domaine médical : les OGM ont permis de mettre fin aux risques de maladies transmises par des substances provenant autrefois des animaux ou des êtres humains (sida, maladie de Kreutzfeld-Jacob…). En outre, ces OGM utilisés en milieu confiné, sous contrôle, ne présentent quasiment aucun risque (le risque zéro n’existe pas…) de dissémination dans l’environnement. Les OGM sont donc, dans certains cas, une innovation technologique dont l’humanité ne doit pas se priver, mais qu'elle doit utiliser à bon escient.

Clémentine Desfemmes

Crédits photos : flickr.com / S.K. Photography ; martapiqs ; MyNameHere

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Réactions

Sirus
09/09/2010, à Gourgançon

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Je suis sidéré par la virulence des sectes moyenageuses antiOGM, qui s'introduisent dans des propriétés privées pour détruir le travail de scientifiques qui agissent au profit de la santé de leurs semblables. Il ne faut pas oublier que les firmes ne sont rien sans les agriculteurs, qui sont des gens qui savent quand même compter

Ouistiti
03/07/2010, à Nice

Répondre

Quel article bateau. Aucune de ces firmes ne fait tout OGM et dévelope des stratégies alternatives comme decrit dans l'article. OGM et santé c'est bien OGM et nutrition c'est mal pourquoi? Regardez La part des OGM dans le chiffre d'affaire des firmes citées , demandez le % de leur investissements en recherche ( sauf Monsanto) et vous verrez que ces firmes ne misent pas sur le tout OGM