L'huile de palme, un fléau

Le 8 décembre 2010 par Clémentine Desfemmes

L'huile de palme, très décriée par les nutritionnistes et les ONG, Greenpeace en tête, fait couler beaucoup d'encre. Elle nuit à la santé cardiovasculaire et la culture du palmier à huile, cause de déforestation, est une calamité pour l'environnement.

L'huile de palme est partout

Fruits du palmier à huileBiscuits, pâtisseries, céréales du petit déjeuner, pâtes à tartiner, margarines, plats cuisinés, poissons panés, crèmes glacées, chips, pains industriels, pâtes à tartes, et même laits infantiles : la plupart des produits alimentaires transformés contiennent de l'huile de palme. Elle est ainsi l'huile la plus consommée dans le monde, devant l'huile de soja, l'huile de colza ou encore l'huile de tournesol. Elle n'est même pas toujours indiquée clairement sur les étiquettes : les termes "huile végétale" ou "matière grasse végétale" figurant dans la liste des ingrédients cachent bien souvent la présence d'huile de palme.

Une aubaine pour l'industrie agroalimentaire...

Mentions huile de palme sur paquets d'emballage

Mentions hypocrite et factuelle...

Pourquoi un tel engouement des industriels pour cette matière grasse ? D'abord, l'huile de palme est la moins chère du marché : le palmier à huile (l'huile est extraite de ses fruits) a un rendement à l'hectare 10 fois supérieur à celui du soja, et le coût de production de l'huile (extraction par pression à chaud de la pulpe des fruits, puis raffinage) est très bas. Ensuite, elle est stable à haute température, plus encore que l'huile d'arachide (qui, elle, est délaissée en raison des allergies qu'elle provoque) : les fabricants de produits cuits à des températures très élevées (chips, céréales, poissons panés...) l'utilisent donc massivement. Enfin, son point de fusion est élevé, c'est-à-dire qu'elle est épaisse et visqueuse à température ambiante : elle confère une texture particulière aux produits alimentaires qui la contiennent (biscuits, pâtes à tartiner...), contrairement à d'autres huiles plus liquides. Autre atout, sa saveur discrète lui permet d'être utilisée dans un très grand nombre de produits.

... un fléau pour la santé des consommateurs et pour la planète

Maladies cardio-vasculaires

Pour la santé d'abord, l'huile de palme présente un bilan nutritionnel très négatif, en raison de sa teneur élevée en acides gras saturés (acide laurique, myristique et palmitique) : elle en contient environ 60%, soit encore plus que le saindoux. On connaît les méfaits de ces acides gras saturés : ils contribuent à augmenter le taux de cholestérol sanguin (notamment le cholestérol LDL, le "mauvais") et favorisent les dépôts graisseux dans les artères. Ces dépôts s'accumulent ou se détachent de la paroi, pouvant ainsi provoquer des infarctus ou des accidents vasculaires cérébraux.

Culture intensive et déforestation

Jeune plantation de palmier à huile, IndonésiePour l'environnement, la production de l'huile de palme est également lourde de conséquences. Le palmier à huile est cultivé essentiellement en Asie du Sud-Est (l'Indonésie et la Malaisie assurent 80% de la production mondiale d'huile de palme), mais aussi en Afrique Centrale (Cameroun, République du Congo) et en Amérique du Sud (Colombie).

Pour répondre à une demande en huile de palme toujours plus forte, la production ne cesse de croître : elle est multipliée par 2 tous les 10 ans, depuis 30 ans. Et pour pouvoir produire plus, on accroît les surfaces cultivées, et on pratique une culture intensive. L'essor des surfaces plantées en palmiers à huile se fait généralement aux dépens des forêts primaires des régions tropicales de la planète : pour planter les palmiers, on détruit les forêts et, du même coup, toute la biodiversité qu'elles abritent. Les orangs-outans des forêts indonésiennes des îles de Sumatra et de Bornéo voient ainsi leur habitat se raréfier année après année, mettant en péril la survie de l'espèce, à l'instar de nombreux autres êtres vivants peuplant ces forêts dites "vierges". Cette déforestation galopante (rien qu'à Bornéo, ce sont 2 millions d'hectares de forêt qui disparaissent chaque année) est également une cause d'émission de CO2, sans parler de la pollution de l'eau et de l'air qu'entraîne la culture intensive.

» A lire aussi : la déforestation, une menace pour l'homme et la planète

La culture durable du palmier à huile : un leurre ?

Certains industriels choisissent de s'approvisionner auprès de filières biologiques ou durables, mais la certification des plantations n'est pas sans poser de problème (l'impartialité des organismes certificateurs et la rigueur du cahier des charges sont mises en doute par les ONG). Dans tous les cas, les plantations certifiées sont rares : elles n'assurent que 4 à 5% de la production mondiale (et 0,2% pour les plantations en agriculture biologique). Et, bio ou pas bio, équitable ou non, issue de culture durable ou intensive, l'huile de palme est toujours aussi mauvaise pour la santé.

Une prise de conscience se dessine

Sur l'impulsion donnée par Greenpeace, qui communique beaucoup sur le sujet depuis 2009, on pourrait bien assister à un véritable boycott de l'huile de palme par les consommateurs, qui sont déjà nombreux à s'en détourner. Certains industriels adoptent également un comportement responsable (Nestlé a momentanément renoncé à s'approvisionner en huile de palme indonésienne ; Unilever, pour sa part, continue à l'utiliser...), de même que des distributeurs, toujours à l'affût d'un moyen de se distinguer de leurs concurrents (le groupe Casino prévoit de supprimer peu à peu de ses rayons les produits contenant cette huile).

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Questions / réponses

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Réactions

Doriane 74
04/03/2011, à Annecy

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Chez nous nous savons tous les méfaits de cette huile. Ce qui me contrarie énormément c'est de savoir Que cette huile est accepter et reconnue (vue qu'elle est vendue) dans les produits bios.Ce qui me me fait penser que les organismes qui s'occupent des produits biologique se payent vraiment la tête du client. Il faut se poser la question (bio? Arnaque ou pas arnaque!)

Biobouille
12/01/2011, à Pau

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Je suis assez d'accord avec Titan (relire son point de vue très documenté).Et encore il ne parle pas du fait que le soja est en majorité OGM(quel avenir pour notre planéte). Conseillére en diététique il faut voir la tête des gens quand je leur conseille de ne plus manger de frites ... et vous combien de frites par semaine?

Yannker
03/01/2011, à Lichy

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Il semble même que l'huile de palme est la plupart du temps dans notre "véritable savon de Marseille" donc on se fait avoir la pluplart du temps avec ce savon qui de Marseille, à de rares exceptions, n'en est pas, juste l'étiquette et encore ! A part ça ? Je pense aux orangs-outangs.Il y en auraient bientôt plus dans les nurseries, centres de sauvetages, que dans la nature et là c'est triste. Merci en tout cas de nous avoir informé sur sa production. Pour ma part je regarde la composition des produits pour ne pas en acheter. Même pas pour ma santé, pour les grands singes.

Titan
27/12/2010, à Clapiers

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Bonjour à tous, Je réponds avec un peu de retard, Noël chocolaté oblige.... Justement il est un peu question de chocolats dans votre article. j'y reviendrai. Cet article commence assez bien et décrit objectivement la situation : l'huile de palme est partout (50 à 60 des produits de l'agro-industrie); oui elle est la meilleure pour les fritures car trés résistante à l'oxydation et aux haute températures (Les huiles peu résistantes à la chaleur forment des composés toxiques (benzopyrène, acroléine). C'est effectivement une aubaine pour faire de très bonnes chips, frites ou poissons pannés. Quand à sa saveur discrète... il faut savoir qu'elle est désodorisée avant d'être mise en marché. Ce serait dommage de faire de même avec l'huile d'olive ! Quelques autres huiles sont naturellement assez résistantes aux haute températures (olive entre autre, ...). Il aurait été possible de parler de cette onctuosité particulière apportée par l'huile de palme... nutela quand tu nous tiens par le bout de la cuillère. Mais voilà soudain que l'article se fait l'écho de nutritionnistes simplificateurs (Sans doute ont-ils quelque livre à vendre ?). Oui l'huile de palme a une teneur en acide gras saturés élevée (mais pas d'acide laurique vous le citez, celui ci se retrouve dans l'huile de cocotier et de l'amande du fruit de palmier (la végétaline de nos grand-mères). Sur une des petites photos que vous montrez il est question de beurre de cacao. On ne dit jamais que le beurre de cacao (huile végétale non ?) c'est pire encore, encore plus saturé !!! mais c'est tellement bon (Joyeux Noël !). En réalité ce n'est pas si simple et cela se complique un peu. Faisons un tout petit peu de chimie. Une huile végétale c'est un trialcool (le glycérol) qui porte 3 acides gras en position 1, 2 et 3 : ces fameux acides gras : palmitique, oléique, lin-oléique, etc... certain sont saturés, d'autres non. Or, et voilà une des clefs, ils ne sont pas répartis au hasard sur les positions 1 à 3... c'est en position 2 que se retrouve une grande majorité d'acides gras insaturés (les "bons"). Ceci est vrai pour les huiles végétales (Cacao, Palme, ...) et pour ... les oiseaux (foie gras, canard confis, ... joyeux Noel !). Pour les mammifères, c'est l'inverse donc plus de saturé en position 2 chez le cochon (et l'homme); laissons tomber la côte de porc dans l'échine qui est tellement meilleure que l'autre, la vraie !. L'autre clef, mais vous aviez deviné, est que les enzymes (gloutons) de notre pancréas comme ceux de la flore intestinale de nos estomacs coupent les acides gras de la position 1 et 3 qui libérés dans l'estomac forment des composés insolubles et sont pour la plus grande part "évacués". [la aussi ce n'est pas toujours aussi simple mais une grande partie des chercheurs (donc pas tous) l'affirme]. Bref pour les huiles végétales et les graisses d'oiseaux (et de poisson d'ailleurs, un peu d'huile de foie de morue pour vous ?) pour l'essentiel il reste en bio-disponible la "bonne" position (2). C'est sans doute pourquoi même à des régimes type "80 % d'huile" on a du mal à tuer un rat. Voilà pour votre cœur... mangez du chocolat et du foie gras avec modération. Tout est question d'équilibre ! D'ailleurs notre organisme a besoin aussi d'acide gras saturés... mais il ne faut pas le saturer pour autant. A maintenant il faut parler d'environnement. Oui le palmier c'est beaucoup développé depuis 1960. 15 millions d'hectares (certain comptent en terrains de foot... c'est presque pareil) Oui mais, c'est 15 millions sur 1,5 milliard d'hectares cultivés dans le monde (1%)... il y a presque 100 millions d'hectares de soja. Il est vrai qu'il y a eu un développement au dépend de la forêt primaire, et parfois même inutilement, et souvent à la suite de l'exploitation de la forêt pour le bois et le papier. MAIS attention ne caricaturons pas : 1 - le palmier doit pouvoir continuer à se développer sans attaquer la forêt primaire : 6 millions d'hectares sur Borneo (sur 74) c'est beaucoup parfois trop. Il y a bien des terres à réhabiliter (anciennes plantations, vieux pâturages)... On rentre dans le domaine politique de l'aménagement des territoires ruraux, et il faut y réfléchir sans attaquer le palmier, pauvre plante, qui ne vous aidera pas beaucoup. 2 - Ce pauvre palmier produit bien en moyenne 10 fois plus que le soja et 5 à 7 fois plus que nos oléagineux tempérés. Un hectare de palmier c'est 10 ha de soja... mais le soja c'est aussi des protéines végétales... pour les vaches ! Mangez donc moins de viande ! (voir Agrimonde "Scénarios et défis pour nourrir le monde en 2050" Sandrine Paillard, Sébastien Treyer, Bruno Dorin Quae Edition 2010). 3 - Oui définitivement il faut une "intensification durable" de nos agricultures. Sinon on va en finir définitivement avec la forêt. "On" nous dit par exemple que l'Indonésie avait 140 millions d'ha de forêt et en aurait perdu 80 %... c'est 110 millions d'hectares de forêt perdu dont peut-être 6 en palmiers. Et le reste ? Et bien voilà un scoop : les gens (280 millions d'habitants) mangent... ils cultivent du riz du mais des légumes etc... Mais cultivent aussi de l'hevea, du café, du thè, de l'eucalyptus. Il faut bien gagner des sous. Parlons enfin du développement durable du palmier à huile. Oui il y a une initiative mondiale pour définir d'abord (c'est fait) puis promouvoir et certifier une huile de palme "Durable". Cette initiative est portée, et c'est là une de ses forces, par un grand nombre d'acteurs de la filière avec l'aide de certaines ONG (WWF et Oxfram par exemple)... NE PAS DIRE QUE "la rigueur du cahier des charges sont mises en doute par LES ONG". Les quelles ? Greenpeace, toujours et systématiquement dans la dénonciation ? [mais reconnaissons qu'ils font bien le boulot d'extrémistes qui aident à faire bouger le centre] Rainforest Alliance, qui développe son propre label ? Attention ! rien n'est facile (sauf la critique) et si vous voulez en lire plus sur ces difficultés regardez cet article de Paoli (et autres) Ce n'est qu'un exemple, mais il illustre bien les difficultés. http://tropicalconservationscience.mongabay.com/content/v3/10-12-20_438-446_Paoli_et_al.html. Ceux qui vont vraiment peser sur le caractère durable de l'huile de palme seront les chinois et les indiens, premiers consommateurs d'huile de palme du monde. Nous, européens, essayons tout juste d'être juste ce sera bien... Ne tuons pas les progrès en cours, encourageons les. J'ai été sans doute déjà trop long, merci à ceux qui auront lu tout cela en entier ! bon Noël à tous et bonne année 2011.

Allane
27/12/2010, à Avranches

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La meilleur formule,nous devons boycotter les produits à l'huile de palme.

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