La menace gaz de schiste

Le 19 avril 2011 par Xavier Gerbeaud

La flambée du cours du pétrole, la catastrophe nucléaire de Fukushima... Deux évènements qui confirment les tensions préoccupantes sur le marché de l'énergie. Dans ce contexte, on entend désormais beaucoup parler du gaz de schiste comme d'un nouvel Eldorado. De quoi s'agit-il ? Quels sont les risques encourus ? Décryptage...

Un contexte tendu sur le front des énergies

Puits de gaz de schiste

Derrick et plateforme de forage d'un puits de
gaz de schiste en Pennsylvanie

Même si les experts s'affrontent toujours sur des questions de date, une chose est sûre : le pic de production du pétrole est proche ou dépassé. Conjugué à l'instabilité politique en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, cela conduit le cours du baril vers des sommets.

En parallèle, la crise nucléaire au Japon a mis un brutal coup de frein au retour en grâce du nucléaire, qui semblait pourtant bien parti pour reprendre du service à grande échelle au niveau mondial.

Dans ce contexte, les tenants du gaz naturel conduisent des actions de lobbying intense, en affirmant qu'on tient avec lui le carburant des prochaines décennies, et une énergie de transition vers notre une société affranchie des énergies carbonées. Voire !

Le gaz de schiste, qu'est-ce que c'est ?

Ca n'est pas un nouveau type de gaz. Cette appellation désigne la façon dont le gaz est stocké dans notre sous-sol.

Avec le gaz naturel exploité jusqu'à aujourd'hui, les réserves de gaz étaient de simples « poches », accessibles au moyen d'un forage vertical simple : on parle alors de « gaz conventionnel ».

Le gaz de schiste appartient à la catégorie des « gaz non conventionnels » : au lieu d'être concentrés dans de grandes poches, ces gaz sont répartis de manière diffuse dans différentes couches géologiques. Cela concerne les gaz de schistes, les gaz de houille et les gaz de réservoir ultracompacts. Leur récupération nécessite des techniques lourdes et sophistiquées, pas exemptes d'effets colatéraux...

Si les réserves traditionnelles de gaz naturel décroissent (on les estime à 60 ans de consommation), l'exploitation des gaz non conventionnels permettrait, selon les experts, de les réévaluer de façon très conséquente. Avec en outre un intérêt géostratégique : leurs gisements sédimentaires sont largement répartis sur la planète, au contraire de ceux de gaz conventionnel (principalement localisées en Russie, Iran, Qatar et Arabie Saoudite).

Il n'en fallait pas davantage aux Etats-Unis pour s'engager dans leur extraction à grande échelle, au point d'en faire en quelques années la deuxième source énergétique du pays, et de l'envisager comme carburant pour les véhicules particuliers...

Un risque écologique majeur

Type de foragesLes conséquences écologiques de cette exploitation, en l'absence de toute réglementation, s'annoncent d'ores et déjà très lourdes sur la ressource en eau, la qualité de l’air, des sols et du paysage, en raison de techniques d'extraction extrêmement polluantes.

La multiplication des forages horizontaux, l'injection d'eau sous pression pour fracturer la roche, avec l'accompagnement de sable et d'additifs chimiques divers, produisent des effets nocifs à plusieurs niveaux :

  • rejet de méthane et de sulfure d'hydrogène,
  • pollution d'énormes quantités d'eau (plusieurs millions de litres par gisement), souillée par des solvants, des antibactériens, des acides...
  • gaspillage d'une très grande partie de cette eau (50 % sont récupérés... qui nécessitent en outre une dépollution très lourde),
  • contamination des sols et nappes phréatiques,
  • multiples rejets de polluants atmosphériques,
  • nuisances en surface : bruit, transports sur route, mitage du territoire...

Le coût écologique de cette technologie l'apparente plutôt à une catastrophe environnementale.

Un frein au développement des énergies renouvelables

La production de gaz de schiste présente par ailleurs une conséquence économique particulièrement perverse.

En effet, l'abondance de la ressource pourrait faire de ce gaz une énergie d'un coût en apparence intéressant (abstraction faite, comme toujours, du coût écologique, particulièrement lourd en l'occurence). Cela se vérifie déjà aux Etats-Unis, où le gaz de schiste ne représentait que 1% de l'approvisionnement en gaz en 2000, contre 20% aujourd'hui, avec à la clef une importante baisse des prix.

Conséquence : si une énergie abordable et disponible se retrouve sur le marché, elle freinera mécaniquement les efforts consentis en faveur des économies d'énergie et du développement des énergies renouvelables : éolien, photovoltaïque, hydraulique...

Où en est-on en France ?

Le potentiel français en matière de gaz non conventionnel se concentre dans le Sud-Est (Ardèche, Drôme et Hautes-Alpes), et potentiellement dans le Bassin parisien et en Aquitaine. En mars 2010 Jean-Louis Borloo, alors ministre de l'Environnement, délivrait au groupe Total l'autorisation d'explorer une concession de 4300 km² entre le Sud de Valence et la région de Montpellier.

Face aux multiples pétitions et manifestations, à l'écho donné par les médias à cette forte mobilisation, un moratoire a d'abord été imposé par la ministre de l’Environnement (Nathalie Kosciusko-Morizet), et le premier ministre François Fillon affirmait le 13 avril dernier à l'Assemblée Nationale que le gouvernement entendait annuler ces premières autorisations.

Reste que sa déclaration laisse songeur : « Il n'est pas question de sacrifier notre environnement, mais il n'est pas question, non plus, de fermer la porte à des progrès technologiques qui permettraient demain d'accéder à de nouvelles ressources énergétiques ».

On n'a probablement pas fini d'entendre parler du gaz de schiste...

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Réactions

Lucide ou amer
17/05/2011, à Gard

Répondre

Nous commençons les campagnes de sensibilisation pour l'économie d'eau. Cette année, une partie de la France est en pénuerie. Le gouvernement permet d'envisager une exploitation de ce gaz avec nos réserves d'eau pour des raisons économiques, influencer par les groupes pétroliers (dans 100ans ils n'existeront plus sauf s'ils exploitent l'eau. De l'or noir, ils passeront à l'or bleu.