Mieux connaître nos forêts

Le 15 mars 2014 par Clémentine Desfemmes

La France est un pays richement boisé : la diversité de ses forêts fait le bonheur des touristes, des sportifs et des promeneurs. Mais connaissez-vous l'histoire de la forêt française, ses rôles écologiques et économiques, les essences qu'elle abrite ? Et au fait, qu'est-ce qu'une forêt domaniale ? Partons à sa découverte...

Quels arbres rencontre-t-on dans les forêts françaises ?

Les forêts françaises, qui couvrent 28% du territoire métropolitain, offrent des visages bien différents, à l'image de la diversité des climats (méditerranéen, continental, océanique…), des sols (acide, calcaire, sableux…) et des topographies (plaine, montagne, colline…) qui caractérisent notre pays. Les forêts du massif de l'Esterel ne ressemblent en rien aux forêts du Morvan, ni à celle de Fontainebeau, ne serait-ce que pour la diversité des essences qu'elles abritent et les paysages qu'elles dessinent...

Forêt des Vaseix (Haute-Vienne)Agrandir l'image

Parmi les feuillus, qui représentent les deux tiers de la forêt française, les chênes (il en existe de nombreuses espèces, le chêne pédonculé et le chêne sessile étant les plus représentés en France) sont les plus répandus : ils occupent à eux seuls 41% des forêts. Ils sont suivis du hêtre (10%), du châtaignier (5%), du charme (4%) et du frêne (4%). Chez les conifères (un tiers des surfaces boisées), l'épicéa occupe la première place (7%) à égalité avec le sapin des Vosges (ou sapin blanc : 7%), suivi du pin maritime (6%) et du pin sylvestre (6%), puis du douglas (4%). Bien entendu, d'autres essences, moins courantes, se rencontrent également dans nos forêts, qu'il s'agisse d'essences spontanées ou plantées par l'homme (arbres de reboisement) : merisier, tilleul, érable, orme, alisier, tremble, bouleau, aulne, mélèze, pin cembro, pin laricio de Corse, pin à crochets, pin d'Alep…

Une définition de la forêt
Selon la définition internationale, la forêt est un territoire occupant une superficie d’au moins 50 ares avec des arbres pouvant atteindre une hauteur supérieure à 5 m à maturité in situ, un couvert boisé de plus de 10 % et une largeur moyenne d’au moins 20 mètres. Elle n’inclut pas les terrains boisés dont l’utilisation prédominante du sol est agricole (agroforesterie) ouurbaine (parcs et jardins).

Sylviculture, loisirs, écologie… les rôles de la forêt

Outre les conditions naturelles qui déterminent les essences composant la forêt, l'homme contribue largement à la façonner : mis à part quelques forêts d'altitude ou les réserves naturelles, les forêts françaises sont loin d'être "sauvages". L'homme les entretient et les exploite (coupes et reboisements se succèdent) en fonction de l'usage qu'il en a.

Forêts dédiées à la sylviculture

Selon le mode de gestion des surfaces boisées, les arbres peuvent être plantés en rangs, chaque parcelle regroupant un peuplement d'une même tranche d'âge, et des coupes rases interviennent lorsque les arbres d'une parcelle atteignent la taille adéquate (on observe ce mode d'exploitation dit "de futaie régulière" dans les forêts landaises, dans le Morvan...). Une forêt exploitée peut également avoir une allure plus naturelle : les arbres poussent spontanément ou font l'objet de semis ou de plantation, et ils sont prélevés au cas par cas, le forestier sélectionnant ceux qui doivent être coupés (un marquage à la peinture ou un martelage indiquent ceux que le bûcheron va abattre). Le bois issu de ces forêts peut servir de bois de chauffage (en rondins, en granulés...), de bois de construction, ou encore être utilisé pour la tonnellerie, l'ébénisterie, la fabrication de papier… Les débouchés de la filière bois sont nombreux.

Sylviculture dans l'AllierAgrandir l'image

Gestion durable des forêts
On tend aujourd'hui à généraliser la gestion durable des forêts. Selon la conférence interministérielle sur la protection des forêts en Europe (Helsinki, 1993), "la gestion durable signifie la gérance et l'utilisation des forêts et des terrains boisés, d'une manière et à une intensité telles qu'elles maintiennent leur diversité biologique, leur productivité, leur capacité de régénération, leur vitalité et leur capacité à satisfaire, actuellement et pour le futur, les fonctions écologiques, économiques et sociales pertinentes aux niveaux local, national et mondial ; et qu'elles ne causent pas de préjudices à d'autres écosystèmes."

>>Lire : Les labels du bois : FSC, PEFC

Forêts utilisées pour les loisirs

Dans les zones périurbaines ou situées près des zones touristiques (la forêt de Fontainebleau, l'une des plus fréquentées de France, en est un bon exemple), les travaux d'entretien des forêts consistent souvent en aménagements discrets destinés à protéger le patrimoine naturel, à faciliter les déplacements des promeneurs, et à assurer leur sécurité : balisage des sentiers, escaliers, coupes et élagages (une forêt touristique n'en est pas moins exploitée pour son bois), débroussaillages, surveillance des zones fragiles… Car les "balades en forêt" ont toujours le vent en poupe : détente, sport, contact avec la nature sont autant de raisons qui poussent les Français (500 millions de visite par an, dont 100 millions pour l'Ile de France) à se rendre en forêt. Le rôle social de la forêt n'est donc pas à négliger.

Forêt de FontainbleauAgrandir l'image

Forêts à vocation écologique

Certes, toutes les forêts jouent un rôle écologique. Elles abritent une riche biodiversité (espèces vivantes animales et végétales qui ne pourraient pas vivre ailleurs qu'en milieu forestier, les forêts abritent d'ailleurs 40% des zones Natura 2000), elles piègent le dioxyde de carbone (80 millions de tonnes de CO2 net séquestré par les forêts françaises, soit l'équivalent de la diminution des émissions de notre pays prévue par le protocole de Kyoto) et émettent de l'oxygène (on les appelle souvent "poumons verts")… Mais certaines forêts ont un rôle écologique plus "officiel" : sur les quelque 300 réserves naturelles que compte la France (en métropole et outre-mer), un bon nombre se trouvent en forêt.

Forêt tropicale, Guyane - réserve naturelle des NouraguesAgrandir l'image

Forêts jouant un rôle protecteur contre les risques naturels

L'exemple le plus typique est celui des forêts d'altitude plantées (ou maintenues) pour limiter le risque d'avalanche. Mais on peut aussi citer les forêts qui stabilisent les sols fragiles et les protègent de l'érosion (cordon forestier le long des dunes du littoral landais, par exemple), ou qui limitent les phénomènes d'inondations consécutifs aux crues.

Forêt de montagneAgrandir l'image

Sur-exploitée ou sous-exploitée ?
Seulement 60% de la biomasse bois produite chaque année en France est récoltée, ce qui signifie que la forêt est sous-exploitée. C'est plutôt une bonne nouvelle : il y a de la marge de manoeuvre pour exploiter au mieux (et dans le respect des écosystèmes) cette ressource renouvelable !

A qui appartiennent les forêts ?

Forêts privées, forêts publiques

Mais après tout, à qui appartiennent les forêts ? A 70%, ce sont des forêts privées, elles sont donc gérées par des propriétaires fonciers privés. Les 30% restants sont des forêts publiques (gérées par l'ONF - Office National des Forêts) : 18% appartiennent aux collectivités, c'est-à-dire communes, départements et régions, et 12% à l'Etat. Ces forêts propriété de l'Etat sont dites "forêts domaniales", c'est souvent celles-ci qui sont fréquentées par les visiteurs (Fontainebleau, Tronçais sont parmi les plus connues).

Forêt landaise (pins)Agrandir l'image

Les plus grandes forêts domaniales

  • Forêt d'Orléans (Loiret) : 34640 ha
  • Forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne) : 17070 ha
  • Forêt d'Haguenau (Bas-Rhin) : 13250 ha
  • Forêt de La Harth (Haut-Rhin) : 13130 ha
  • Forêt de Chaux (Jura) : 13050 ha
  • Forêt de Retz-Villers-Cotterêts (Aisne) : 12580 ha
  • Forêt de l'Aigoual (Gard) : 11300 ha
  • Forêt d'Arc-en-Barrois (Haute-Marne) : 10690 ha
  • Forêt de Lyons (Eure et Seine-Maritime) : 10650 ha
  • Forêt de Tronçais (Allier) : 10580 ha
  • Forêt des Hautes Vallées Pyrénéennes (Pyrénées-Orientales) : 10430 ha
  • Forêts des Maures (Var) : 10360 ha
  • Forêt de Verdun (Meuse) : 9600 ha...

A titre de comparaison, la ville de Paris (bois de Boulogne et bois de Vincennes compris) occupe une surface de 10540 ha.

Forêt de Montmorency (banlieue nord de Paris)Agrandir l'image

Homme et forêt, deux histoires liées

Une longue période d'intense déforestation

L'évolution de la forêt est intimement liée à l'histoire de l'homme. Ainsi, lorsque, au Néolithique (5500 av. J.-C.), les populations humaines commencent à se sédentariser (et à cultiver des terres), le déboisement commence : les surfaces cultivables sont obtenues au détriment des surfaces boisées. Le phénomène se poursuit jusqu'à l'Age de Bronze, et s'intensifie jusqu'à l'Antiquité. A la chute de l'empire romain, sous la pression des invasions barbares, les sociétés se désorganisent et l'occupation des sols se modifie : la forêt gagne à nouveau du terrain, en reconquérant les terres abandonnées par l'homme. Le déboisement reprend ensuite au Moyen Age (il est particulièrement intense au XIIIe siècle), et perdure jusqu'au milieu du XIXe : croissance démographique (besoins en bois de chauffage, accroissement des surfaces cultivées...), essor de l'industrie, besoins pour les constructions, notamment marines... La forêt est alors surexploitée, les bois sont littéralement rasés. En 1830, les surfaces boisées sont au plus bas en France, avec environ 9,5 millions d'hectares.

Forêt de Tronçais (Allier) - Arbre remarquableAgrandir l'image

Reboisement et retour des forêts en France

Certes, dès 1663, Colbert, avec sa Réforme des Eaux et Forêts, tente de faire évoluer l'exploitation des forêts vers une gestion à long terme, au lieu de piller littéralement les ressources. Son ordonnance signée en 1669 pose ainsi les bases d'une gestion forestière plus raisonnée et rend obligatoire les aménagements forestiers. C'est d'ailleurs à cette époque que la forêt de Tronçais est plantée de chênes, pour les besoins de la marine nationale. Mais il faut attendre 1827 et le Code Forestier pour que la protection des forêts et le reboisement se généralisent. D'ailleurs, les besoins en bois diminuent à cette époque (la houille remplace le bois "énergie" et le charbon de bois, l'acier détrône le bois de construction), ce qui contribue à accentuer la reforestation en France, et à améliorer l'état des bois. Le reboisement s'accélère encore après 1945, avec le début de la révolution verte : avec l'accroissement spectaculaire des rendements et la diminution des surfaces agricoles, la forêt reprend ses droits, pour couvrir aujourd'hui 16 millions d'hectares en France, et la France est le 3e pays le plus boisé de l'UE.

Reboisement (Montagne de Lure)Agrandir l'image

>> Lire aussi : La déforestation, une menace pour l'homme et la planète

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