Les espèces animales exotiques invasives

Le 3 juin 2017 par Clémentine Desfemmes

Les espèces animales invasives représentent une menace pour la biodiversité et leurs impacts environnementaux et économiques sont loin d'être négligeables. Qui sont ces espèces exotiques devenues envahissantes en France ?

Les espèces animales invasives en France

Chaque année, la Commission Européenne publie une liste d'espèces exotiques invasives : en 2016, 37 espèces animales aquatiques ou terrestres ont été épinglées. Ces espèces sont généralement introduites par l'homme, volontairement ou non. Parmi ces animaux envahissants, certains sont plus célèbres que d'autres :

Coccinelle à 2 points et 2 coccinelles asiatiques
Coccinelle à 2 points et 2 coccinelles asiatiquesAgrandir l'image

  • la coccinelle asiatique ;
  • l'écureuil gris américain ainsi que 3 autres espèces d'écureuils : l'écureuil à ventre rouge, venu d'Afrique et d'Asie, l'écureuil fauve des Etats-Unis, et le tamia de Sibérie, petit écureuil rayé ;
  • le raton laveur ;
  • l'érismature rousse, un canard venu d'Amérique du Nord ;
  • le frelon asiatique ;
  • le crabe chinois (ou crabe poilu) ;
  • la grenouille taureau (grenouille mugissante ou ouaouaron) ;
  • la tortue de Floride ;
  • le ragondin ;
  • l'ibis sacré ;
  • l'écrevisse rouge de Louisiane et 4 autres espèces d'écrevisses ;
  • le goujon asiatique, un petit poisson d'eau douce ;
  • le poisson lion ou rascasse volante (en Guadeloupe)...
Tortue de Floride - parc de Bagatelle (Paris)
Tortue de Floride - parc de Bagatelle (Paris)Agrandir l'image

Comment une espèce animale devient-elle invasive ?

Toutes les espèces exotiques, c'est-à-dire non autochtones (venues d'un autre endroit du monde), ne sont pas invasives, heureusement ! En 2013, selon l'INPN (Inventaire National pour le Patrimoine Naturel), sur 2201 espèces animales et végétales introduites en métropole, 111 sont invasives. Car pour qu'une espèce s'avère envahissante dans un milieu naturel, il faut que plusieurs conditions de base soient réunies :

  • Elle doit pouvoir s'adapter facilement au climat (températures, humidité, saisons) ;
  • Elle doit trouver dans son milieu nourriture, gîte et conditions favorables de reproduction (par exemple, certains poissons et crustacés d'eau douce ne se reproduisent qu'en eau salée) ;
  • Elle doit avoir peu de prédateurs.
Plathelminthe de Nouvelle-Guinée consommant un escargot
Plathelminthe de Nouvelle-Guinée consommant un escargotAgrandir l'image

Qui dit invasive, dit aussi avantage compétitif par rapport aux espèces autochtones occupant la même niche écologique. Il faut donc que l'espèce animale exotique, dans son nouveau milieu, se développe plus vite que les espèces animales indigènes, afin de pouvoir prendre le pas sur elles, par exemple :

  • En ayant un régime alimentaire plus opportuniste et en consommant les ressources alimentaires (l'écrevisse de Louisiane, après avoir dévoré toute forme de vie végétale, devient prédateur pour les animaux aquatiques) ;
  • En se nourrissant d'autres espèces (la grenouille taureau est un prédateur d'une multitude d'autres espèces animales, aquatiques ou non ; le plathelminthe de Nouvelle-Guinée dévore les vers de terre ; le frelon asiatique est un prédateur pour les abeilles) ;
  • En se reproduisant plus vite (exemples : le raton laveur, le rat musqué) ;
  • En ayant un comportement agressif envers les autres (l'écureuil gris américain s'installe ainsi sur le territoire de notre écureuil roux et l'en chasse) ;
  • En s'hybridant avec les espèces autochtones, ce qui peut mener à la disparition de celles-ci (l'érismature rousse est un canard originaire du Canada, qui s'hybride avec l'érismature blanche européenne, menacée d'extinction) ;
  • En résistant mieux aux conditions extrêmes (l'écrevisse de Louisiane supporte le gel, la sécheresse...) et/ou à la pollution du milieu (crabe chinois).
Ecrevisse de Louisiane
Ecrevisse de LouisianeAgrandir l'image

Les enjeux environnementaux... et économiques

Les espèces invasives, qu'elles soient animales ou végétales, ont un impact très négatif sur la biodiversité et l'équilibre des écosystèmes. Elles entrent en concurrence avec les espèces autochtones et les menacent même de disparition lorsqu'elles en sont prédatrices. Elles consomment en effet des ressources alimentaires qui ne sont plus disponibles pour les autres espèces, ou occupent les habitats. Dans certains cas, les espèces exotiques n'ont aucun prédateur dans leur nouveau milieu, ce qui rend impossible une auto-régulation des populations. Enfin, elles sont souvent vecteur de maladies et de parasites (exotiques eux aussi) que les espèces autochtones ne savent pas combattre : c'est le cas de la coccinelle asiatique, porteuse saine de microsporidies, parasites mortels pour les autres abeilles, de l'écureuil roux porteur sain du parapoxvirus, létal pour l'écureuil roux, ou encore de l'écrevisse de Louisiane, porteuse saine de la peste des écrevisses.

Ecureuil gris
Ecureuil grisAgrandir l'image

Les espèces invasives sont ainsi la seconde cause de diminution de la biodiversité dans le monde (régression et disparition d'espèces), après la fragmentation et la destruction des habitats liées aux activités humaines.

Autre aspect, économique celui-ci : ces nouveaux arrivants peuvent également nuire à l'homme, en détruisant les récoltes (frelon asiatique, écureuil gris qui occasionnent des dégâts dans les cultures : fruits pour l'un, fruits et céréales pour l'autre), en dégradant les berges des cours d'eau (écrevisses américaines et rats musqués qui creusent des galeries dans les berges des cours d'eau et déstabilisent celles-ci, ou crabes chinois qui colmatent certains systèmes de drainage), ou même en transmettant des maladies et des parasites susceptibles de contaminer l'homme (crabe chinois véhiculant la douve orientale du poumon). Le coût que représentent ces espèces invasives est estimé à 12 milliards d'euros pour l'UE, sous forme de manque à gagner, de budget alloué à la réparation des dégâts, ou encore de mise en place de mesures de régulation des populations, voire d'éradication (tirs de destruction dans le cadre du plan d'éradication de l'érismature rousse dans les années 2000, stérilisation des oeufs, piégeages...).

>> Lire aussi : Plantes exotiques envahissantes, un risque pour la biodiversité

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