Si les insectes pollinisateurs disparaissaient...

Le 3 février 2011 par Clémentine Desfemmes

"Si l'abeille disparaissait de la surface du globe, l'homme n'aurait plus que 4 années à vivre" : on s'en rend compte aujourd'hui, Albert Einstein n'était pas très loin de la réalité. Sans les insectes pollinisateurs, la biodiversité serait sérieusement menacée, et l'homme devrait renoncer à de nombreux aliments.

Insectes et pollinisation

Coléoptère pollinisateurLes plantes à fleur se reproduisent grâce à la pollinisation : le pollen, constitué de cellules porteuses du matériel génétique mâle, est libéré par les organes sexuels mâles (les étamines). Il est déposé sur l'organe sexuel femelle (le pistil) de la même fleur ou d'une autre fleur, et féconde la graine immature cachée dans l'ovaire de la fleur. Ce pollen peut être déposé sur le pistil de trois manière :

  • Autopollinisation passive : la fleur (qui est, dans ce cas, hermaphrodite) est fécondée par son propre pollen, il n'y a pas de brassage génétique ;
  • Anémogamie : le vent transporte le pollen d'une fleur à une autre, c'est notamment le cas chez les graminées ;
  • Entomogamie : le pollen est transporté par un insecte. Attiré notamment par le nectar, l'insecte se pose sur la fleur et, en se frottant aux étamines, emporte avec lui des grains de pollen. En allant butiner une autre fleur de la même espèce, il déposera le pollen sur le pistil de celle-ci, et la fécondera.

Les insectes pollinisateurs appartiennent à 4 grands ordres : les hyménoptères (abeilles, bourdons...), les lépidoptères (papillons), les diptères (mouches, syrphes...) et, dans une moindre mesure, les coléoptères (cétoines, nitidulides...). Dans de rares cas, des oiseaux ou des mammifères peuvent se substituer aux insectes pour la pollinisation.

Causes de la disparition des insectes pollinisateurs

Les insectes pollinisateurs, quoique nombreux (rien qu'en Europe occidentale, des milliers d'espèces de lépidoptères ou d'hyménoptères sont impliquées dans la pollinisation), sont menacés. Les causes du déclin des populations sont variées :

  • Les insecticides utilisés en agriculture tuent les larves (chenilles par exemple) ou empoisonnent les adultes qui butinent les fleurs traitées (colza, tournesol...) ;
  • Les pratiques agricoles ont de nombreux impacts : monoculture sur de vastes étendues (raréfaction de la nourriture), destruction des haies (qui fournissent le gîte et le couvert et favorisent le déplacement des populations en créant des couloirs) et fragmentation des habitats, raréfaction des légumineuses dans la rotation des cultures (pois, trèfle fournissent pourtant des fleurs très appréciées des insectes butineurs) ;
  • Occupation de l'espace par l'homme, au détriment de zones naturelles peu ou pas exploitées (friches, landes, prairies extensives...), riches en biodiversité végétale et notamment en fleurs sauvages ;
  • Sélection, dans les jardins, de variétés horticoles non nectarifères, ou exotiques et non adaptées à la morphologie des insectes autochtones ;
  • Introduction de prédateurs nouveaux venus d'autres continents (le varroa et le frelon asiatiques, ou encore la loque américaine, détruisent de nombreuses colonies d'abeilles) ;
  • Appauvrissement génétique des abeilles domestiques par la sélection des reines ;
  • Pollution génétique des bourdons terrestres par les souches d'élevage utilisées en cultures protégées...

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Les insectes : un rôle prépondérant

Depuis quelques années, les scientifiques ont commencé à se rendre compte que la pollinisation, ce "service gratuit offert par la nature ", était précieux et difficilement remplaçable. Ils ont donc étudié de manière plus approfondie les différents modes de pollinisation, et notamment leur part respective dans la production d'une plante (la fécondation grâce au vent ou aux insectes et l'autopollinisation étant souvent concomitantes). A l'INRA, on a ainsi pu mesurer chez l'oignon porte-graines que les insectes représentent 70% de la production de semences, et que la qualité germinative des graines est alors 10% supérieure à celle des graines obtenues grâce à la pollinisation par le vent.

Impacts sur l'économie et la sécurité alimentaire

Sans pollinisateurs, pas de fruits...On évalue à 153 milliards d'euros la valeur de la pollinisation réalisée par les insectes à travers le monde (calcul basé sur les prix de 2005). Les insectes pollinisateurs ont donc un rôle économique sous-estimé : il permettent un meilleur rendement des cultures, et participent à la bonne qualité des fruits, des légumes ou des semences (goût, richesse en substances actives ou nutritives, taille, aspect, capacité germinative...). On considère que 35% des ressources alimentaires mondiales sont dépendantes des insectes pollinisateurs, et que ces derniers participent à la production de 84% des espèces végétales cultivées en Europe :

  • La plupart des fruits, qu'il s'agisse de fruits frais ou de fruits à coque ;
  • Certains légumes comme la courgette, la tomate ou la pomme de terre, plus précisément, les légumes autres que les légumes feuille ou les légumes racines (voire, indirectement, la plupart des légumes, puisqu'il faut bien en obtenir des semences) ;
  • Graines oléagineuses comme le colza ou le tournesol ;
  • Graines protéagineuses comme le lupin ou la féverole (pour l'alimentation du bétail)...

Dans certaines régions agricoles où la biodiversité est particulièrement pauvre, des agriculteurs sont même contraints de louer des ruches (d'abeilles ou de bourdons) et de les installer à proximité de leurs parcelles afin que les insectes en assurent la pollinisation (tournesol, arbres fruitiers...).

Impacts sur la biodiversité

Les insectes pollinisateurs ne sont pas seulement nécessaires à la sécurité alimentaire de l'homme : ils sont indispensables à la survie et à l'évolution de 80% des plantes à fleurs, qu'elles soient cultivées ou non. Sans eux, la diversité génétique au sein des espèces déclinerait, et, à terme, les espèces elles-mêmes seraient en péril, la seule action du vent ne suffisant généralement pas à la reproduction sexuée. Certaines espèces végétales sont particulièrement menacées : ce sont celles qui dépendent d'une seule et unique espèce d'insecte pour leur pollinisation, comme c'est par exemple le cas pour l'orchidée rare Angraecum sesquipedale.

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Réactions

Laurent46
11/02/2011, à Cahors

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Bonjour A quoi ça sert de proposer aux internautes de faire des commentaires si c'est pour les cacher ? Et, pire, à quoi ça sert de proposer aux internautes de faire des commentaires si c'est pour ne pas en tenir compte? A rien, visiblement... Alors la prochaine fois je ne perdrai plus mon temps à vouloir bien faire. Bon week-end quand même ! Laurent

Laurent46
10/02/2011, à Cahors

Répondre

Faut arrêter avec ça!!! Albert Einstein n\'a jamais prononcé cette phrase. Il ne s\'est même jamais franchement intéressé aux abeilles. Des chercheurs très sérieux ont remonté aux origines de cette phrase et trouvent une action de lobbying faite par l\'Union Nationale de l\'Apiculture Française au début des années 90. En gros, quelqu\'un a sorti cette phrase comme une boutade et tous les journalistes-moutonniers l\'ont reprise sans la vérifier. Résultat : aujourd\'hui on la retrouve partout plus ou moins bien retranscrite. Je ne dis pas que le principe est faux... je dis juste que ce grand physicien n\'a jamais parlé des abeilles... Je suis moi-même apiculteur \"du dimanche\" (j\'ai 2 ruches). Après m\'être énormément documenté, avoir lu des études très sérieuses et respectables faites par les anti-produits toxiques (pour résumer) et les pro-produits toxiques (pour résumer de manière égalitaire), je peux vous affirmer que la vérité est loin d\'être tranchée, que les causes se comptent par dizaines et interagissent les unes avec les autres. Bref, c\'est beaucoup plus compliqué que ça. Quant aux soit-disant 4 années d\'espérance de vie pour l\'humanité si les abeilles disparaissaient... c\'est un raccourci qui est tout sauf fondé.

Cielnature
03/02/2011, à Savoie

Répondre

Attention les plantes souffrent en meme temps que les insectes dont la disparation provient d'une altération de la lumière, laquelle gêne toute ce qui dépend du soleil pour vivre. http://www.eauseccours.com/article-pliage-de-l-abeille-se-plier-en-quatre-pour-aider-les-abeilles-60644339.html