L'agriculture biologique, une solution à la pollution de l'eau

Le 4 mars 2012 par Clémentine Desfemmes

Entre les nitrates, les pesticides ou encore les résidus d'antibiotiques, l'agriculture et l'élevage sont des causes majeures de pollution des eaux. Une bonne partie de ces polluants pourraient être évités, notamment grâce à l'agriculture biologique.

L'agriculture, principale responsable de la pollution chimique des eaux

Eutrophisation - Prolifération d'algues vertes

Eutrophisation - Prolifération d'algues vertes

Avec l'industrialisation de l'agriculture, la pollution des eaux atteint des niveaux préoccupants, notamment dans certaines régions françaises (Bretagne, Champagne-Ardenne, Centre, Poitou-Charentes, Ile de France). Nitrates, résidus de produits phytosanitaires ou d'antibiotiques, métaux lourds : autant de polluants chimiques d'origine agricole qui se retrouvent dans le sol et qui, entraînés par les eaux de pluie, atteignent les cours d'eau, les plans d'eau, les nappes phréatiques, les eaux littorales... Les dommages sont bien sûr environnementaux, mais la pollution des eaux touche aussi la santé humaine, puisque cette eau, on la boit !
Alors, bien sûr, l'eau qui coule du robinet a été traitée pour la débarrasser de ses polluants, ou du moins, pour abaisser leur concentration à des niveaux considérés comme acceptables. Mais cela représente un coût pour le contribuable : la pollution de l'eau liée aux activités agricoles (ou plus précisément sa "dépollution") coûte aux Français plus d'un milliard d'euros par an. La prévention des pollutions coûterait bien moins cher : 2,5 fois moins par mètre cube d'eau traitée...

Les différents polluants agricoles et leurs conséquences

Les nitrates

Fumier

Fumier

Selon le CNRS, les nitrates retrouvés dans les eaux continentales françaises proviennent à 66% de l'agriculture, à 22% des rejets des collectivités locales, et à 12% de l'industrie : en matière de pollution azotée, l'activité agricole pèse donc très lourdement sur l'environnement. Ces nitrates (mais aussi les phosphates) proviennent des engrais minéraux utilisés massivement en agriculture intensive. Lorsque ceux-ci sont utilisés en trop grandes quantités, la capacité de stockage de l'azote et du phosphore par les plantes et par le sol est dépassée : ces substances sont lessivées par les eaux de pluie ou d'irrigation, et elles rejoignent les milieux aquatiques ainsi que les nappes phréatiques. Les effluents d'élevage sont une autre source importante de nitrates, avec l'épandage de fumier et de lisier dans les champs (il faut bien se "débarrasser" de ces déjections animales, et comme elles sont riches en azote, on les utilise comme engrais). Ce n'est pas un hasard si dans les régions où l'élevage intensif est très développé, comme en Bretagne, l'eau "potable" affiche des teneurs en nitrates intolérables. Dans les cas extrêmes, l'eau du robinet ne peut même plus être bue. Certes, les nitrates ne sont pas nocifs en soi pour la santé ; mais dans l'organisme, ils sont transformés en nitrites, qui perturbent l'oxygénation des cellules, et sont cancérigènes, surtout s'ils sont associés à certains pesticides. Les enfants et surtout les nourrissons sont particulièrement sensibles à l'intoxication aux nitrates ("maladie bleue").

La santé humaine n'est pas la seule source d'inquiétude : l'environnement, lui aussi, subit les conséquences de cette pollution. En effet, une eau chargée en azote et en phosphore offre un milieu favorable à certaines algues et bactéries, qui prolifèrent et asphyxient les milieux aquatiques, en consommant tout l'oxygène disponible et en gênant la pénétration de la lumière dans l'eau. Les autres plantes aquatiques, ainsi que la faune, ne peuvent plus survivre dans de telles conditions : on parle d'eutrophisation du milieu. Cette eutrophisation s'observe fréquemment (lacs, mares, petits cours d'eau, littoraux...) : la présence d'algues vertes en est le symptôme le plus évident.

Les pesticides

Chargement de pesticides avant épandage

Chargement de pesticides avant épandage

L'agriculture conventionnelle est, on le sait, très gourmande en produits phytosanitaires (herbicides, insecticides, fongicides). Ces pesticides chimiques contaminent l'environnement, et notamment les eaux. Ils sont toxiques pour les organismes aquatiques et peuvent se retrouver, sous forme de traces, dans l'eau que nous consommons, mais aussi sur les aliments, par contamination directe (pulvérisations sur les cultures) ou indirecte (irrigation par des eaux polluées). On connaît mal les effets de la pollution par les pesticides sur la santé humaine, principalement parce que les innombrables molécules chimiques utilisées peuvent se combiner entre elles ou interagir : ces "effets cocktails" sont encore trop peu étudiés mais n'en sont pas moins jugés très inquiétants. Parmi les effets possibles, voire probables, des pesticides, citons : cancers, maladies neurologiques, malformations chez les foetus exposés in utero, stérilité masculine...

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Les métaux lourds et les médicaments

Moins médiatisée mais tout aussi sournoise, la pollution de l'eau par les métaux lourds et les résidus de médicaments est également liée, au moins pour partie, à l'activité agricole. Les déjections des animaux d'élevage intensif contiennent en effet des polluants issus de leur alimentation (fourrages, aliments concentrés) et des traitements antibiotiques appliqués (curatifs et préventifs). L'épandage de fumier ou de lisier sur les parcelles cultivées entraîne la libération de ces substances dans l'environnement (sol, eau).

L'agriculture biologique, une solution ?

Eau du robinetFace à ces constats, l'agriculture biologique apparaît comme l'une des solutions à la prévention de la pollution de l'eau. Elle permet en effet de supprimer bon nombre de polluants à leur source :

  • Pas d'utilisation d'engrais chimiques ni de pesticides de synthèse ;
  • Fertilisation azotée modérée ;
  • Rotations longues et diversifiées, où les cultures qui "piègent" l'azote du sol ont toute leur place ;
  • Développement des surfaces enherbée (l'azote y est moins lessivé que sur un sol laissé nu en hiver) ;
  • Elevage extensif...

Plusieurs études ont été réalisées pour comparer l'impact de différents modèles de culture en matière de qualité des eaux (INRA ; CNRS / Université Pierre et Marie Curie). Elles ont montré que l'agriculture biologique est plus performante dans ce domaine que l'agriculture raisonnée ou de simples mesures agro-environnementales.
L'installation d'exploitations "bio", uniquement sur les aires d'alimentation des captages en eau potable, permettrait déjà d'obtenir des résultats encourageants. Et, sans aller jusqu'à la généralisation de l'agriculture biologique, la mise en place de mesures de sensibilisation auprès des agriculteurs conventionnels serait déjà un bon début : le Danemark et la Bavière (Allemagne) ont ainsi pu réduire de 30% leur consommation de nitrates et de pesticides.

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