Planter un arbre au potager

Le 10 février 2017 par Isabelle C.

Jardin-forêt, agroforesterie, voilà des concepts qui semblent vouloir balayer nos vieilles habitudes de tout compartimenter : les arbres dans les haies ou au verger, et les légumes au potager ! Alors, l'arbre peut-il vraiment avoir sa place au milieu des légumes ?

Expérience : des haricots sous un noyer

L'arbre a rarement sa place dans le potager : encombrant en surface par son houppier et l'ombre qu'il projette, et sous terre par le système racinaire, on le repousse instinctivement aux limites du terrain, au mieux associé à d'autres de ses congénères pour établir une haie protectrice de nos chers légumes.

Pourtant, cette année, une expérience personnelle m'a amenée à m'interroger sur la possibilité d'introduire des arbres dans le potager.

Un arbre au potager
Un arbre au potagerAgrandir l'image

En limite de mon terrain, tout près du potager, prospère un vieux noyer. D'office, la présence du vénérable arbre a déterminé la limite du potager, pensant que rien ne pousserait sous son feuillage. Cette année, le potager étant bien rempli, j'ai installé un des deux tipis de haricots sous ses branches. Bien m'en a pris ! Cet été, le sol a été gorgé d'eau à cause des nombreuses et fortes pluies. Et les seuls haricots qui se sont sortis de cette situation avec honneur, ce sont les grimpants, poussant sous le noyer. Un hasard ? Peut-être...

Pourtant, depuis plusieurs années, de nombreuses expériences, associants arbres et cultures potagères ou maraîchères, sont menées par des jardiniers et des agriculteurs. Les résultats sont plutôt prometteurs !

Que peux apporter un arbre dans un potager ?

Les bienfaits de l'arbre au jardin sont nombreux :

  • Il joue un rôle essentiel dans le maintien de la fertilité du sol (créateur d'humus, aspirateur à nutriments lessivés ou situés en profondeur, fournisseur de BRF...) ;
  • Il est un bon gestionnaire de l'eau (les racines améliorent l'infiltration des eaux dans le sol vers les nappes phréatiques) ;
  • Il protège les sols de l'érosion ;
  • Il peut protéger les cultures du soleil et du vent ;
  • Il offre un habitat aux auxiliaires du jardinier ;
  • Il attire les pollinisateurs ;
  • Certains produisent des fruits ;
  • D'un point de vue environnemental, il permet de lutter contre l'effet de serre et le changement climatique.
Pommiers taillés en haie au potager
Pommiers taillés en haie au potagerAgrandir l'image

L’agroforesterie : comment introduire des arbres dans les cultures ?

Avec la conscience des bienfaits de l'arbre et de la tendance naturelle de nos paysages à évoluer, si on les laisse faire, en forêt (milieu fertile et sain), des pratiques agricoles associant arbres et cultures (ou élevage) se sont développées. Elles se regroupent sous le terme d'agroforesterie.

Les formes d'intégration de l'arbre dans les cultures peuvent être diverses : haies, arbres isolés, pré-verger, ou encore rangées d’arbres au sein des parcelles agricoles. À une échelle moindre, certains de ces schémas peuvent être mis en place dans votre jardin potager.

Pour gérer la compétition entre les arbres et les cultures (développement des racines, ressources en eau et nutriments, lumière) plusieurs pratiques sont mises en place. On peut, par exemple :

  • Utiliser des espèces variées et adaptées : feuillages peu denses et caducs, ports plus ou moins hauts et plus ou moins étalés, porte-greffes semis vigoureux ;
  • Tailler les arbres (taille de formation, recépage, élagage) : les différentes tailles permettent de contrôler le développement aérien (branches) de l'arbre, mais également souterrain (racines). Ceci permet, en outre, de diversifier l'utilisation des arbres* : en agroforesterie, l'arbre est non seulement cultivé pour lui-même (bois d'oeuvre, bois de chauffage... destiné à être « récolté ») et, ce qui est nouveau, pour ses nombreux atouts cités dans le paragraphe précédent ;
  • Mettre à profit le décalage des cycles végétatifs des arbres et des cultures : les cultures d’hiver puisent les ressources disponibles en surface avant le réveil des arbres, au printemps, ce qui oblige ces derniers à développer leurs racines plus en profondeur pour s'alimenter ;
  • Envisager la production du potager agroforestier dans sa globalité et sur plusieurs échelles de temps, la production potagère évoluant avec le développement des arbres.
Agroforesterie (peupliers et orge)
Agroforesterie (peupliers et orge)Agrandir l'image

Le Jardin-forêt : un verger-potager sur trois étages

Le concept de jardin-forêt s’appuie sur la même constatation faite en agroforesterie : là où l'homme n'intervient pas, la forêt (ou plutôt les bois) s'installe, l'exemple type d'un milieu fertile, productif et équilibré. Un jardin potager dont la végétation serait organisée comme celle d'un bois, avec un minimum d'intervention humaine, doit donc pouvoir reproduire cet équilibre.

Le jardin-forêt met donc en place un système étagé de végétation, composé d’essences locales adaptées aux conditions climatiques et pédologiques de la région, comme cela se fait naturellement dans un bois, mais dont l'objet est ici de nourrir. La mise en place d'un jardin centré sur des espèces pérennes permet d'intervenir le moins possible sur le sol, d'où une économie de temps et d'énergie.

Sont représentés l'étage des arbres (pommiers, poiriers, pruniers...), celui des arbustes (petits fruits, noisetiers...), et enfin celui des plantes herbacées (légumes vivaces, aromatiques)

Jardin de Gilbert et Josine Cardon à Mouscron
Jardin de Gilbert et Josine Cardon à MouscronAgrandir l'image

Tout l'art du jardin-forêt consiste à jouer :

  • Avec les particularités qui caractérisent chaque espèce et chaque étage : diversité des formes et vigueur des plantes, capacité à être taillé, adéquation des besoins en lumière des étages inférieurs et feuillaison de l'étage supérieur, décalage des cycles végétatifs (besoins en eau, en nutriments, en soleil, échelonnés dans le temps)...
  • Avec des espaces ouverts : une organisation pensée autour de lisières et de clairières, permet au jardin-forêt la culture de nombreux fruits et légumes vivaces ou pérennes de type épinard, arroche, poirée (pérenne par ses semis spontanés), le chou perpétuel, le chou marin, la livèche et autres feuilles qui se rapprochent des plantes sauvages (consoude, plantain, l'alliaire, l'ail des ours...) ;
  • Avec l'espace disponible. Un jardin-forêt n'est pas forcément immense.

Pour obtenir des légumes annuels, nécessitant beaucoup de soleil, il semble cependant nécessaire d'associer le jardin-forêt à un « vrai » jardin potager. Bien que l'expérience menée en Belgique (à Mouscron) par Gilbert et Josine Cardon au jardin des Fraternités Ouvrières semble nous prouver le contraire... À voir impérativement !

>> Lire : Un potager à l'ombre

Pour aller plus loin

Pour approfondir les problématiques de l'agroforesterie, rendez-vous sur le site internet de l'Association Française d'agroforesterie : http://www.agroforesterie.fr/

Pour tout savoir sur le jardin-forêt, de la conception au choix des essences : « Créer un jardin-Forêt » de Patrick Whitefield, Éditions Imagine Un Colibri.

Pour découvrir des exemples de jardins-forêts :  « Le guide de la permaculture au jardin », de Carine Mayo, Éditions Terre Vivante.

* Les arbres conduits en taillis ou en têtard produisent du bois de chauffage ou de BRF, les arbres en futaie produisent du bois d'oeuvre, les fruitiers produisent des fruits.

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Questions / réponses

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Réactions

Les poiriers agathois
21/03/2017, à Agde

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Bonjour;agriculteur bio cest tout a fait le projet que jai entreprie en refaisant mon verger ravage par la grele en une foret de fruitier bio. Je participe a un concour par vote pour elire le meilleur projet. Lien du vote il faut sinscrire et voter si sa vous plait. https://lafabrique-france.aviva.com/voting/projet/vue/17-448 Cest LE mode d'agriculture quil faut adopter comme nos anciens vergers de lepoque.

Balou
16/10/2015, à Champagnac de belair

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Mon potager a été implanté il y a une dizaine d'année en lisière de la foret, et ceci sans réel problème sauf que maintenant la foret s'est développée et le potager en bordure ne produit plus si bien que j'envisage à contre coeur d'implanter mon potager dans un endroit plus aéré.Il faut préciser que les arbres sont essentiellement des chênes magnifiques qui grignotent mon potager.. je constate avec plaisir la proximité de nombreux oiseaux qui n'hésitent pas à picorer mes tomates et mes salades.

Isabelle c
16/10/2015, à

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Bonjour Merica, il est fort probable que voter chêne commence à être trop grand pour faire des cultures dans son voisinage. Patrick Whitefield (« Créer un jardin-Forêt ») identifie trois essences d'arbre, trop grande pour intégrer le jardin-forêt : le hêtre, le tilleul et le chêne !

Merica
15/10/2015, à Pietracorbara

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A propos de "planter un arbre au potager". dans notre jardin il y a un chêne-liège qui s'y trouvait déjà lors de la construction du lotissement il y a 5 ans. son tronc avait env. 25 cm de diamètre. aujourd'hui, le tronc a quasiment doublé. on m'avait dit ": surtout ne fais pas ton potager près du chêne car il empêchera les légumes de pousser. n'ayant pas de place abritée du fort vent d'ouest qui arrive souvent ici (haute-corse), je commence quand-même mon potager à l'est, à quelques mètres du chêne. et...mes légumes poussent. mais - cette année, peu de légumes ont poussé, certains pas du tout, malgré le composte et/ou terreau que j'ai ajouté! où est le problème? les racines du chêne-liège?

Adonis30@live.fr
01/11/2014, à

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Je suis dans le sud .très chaud l'été .j'ai planté des framboisiers sous un noyer ils poussent bien .avant j'arrivais pas a avoir des framboisiers ,ils étaient brûlés par le soleil. amitié