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Abris pour insectes : vraiment utiles ?

Il est possible d'installer au jardin des nichoirs pour abeilles, petites guêpes solitaires et divers insectes. Mais ces abris sont-ils vraiment utiles et sont-ils bien adaptés à nos petits jardins ? Lecteurs et journalistes des 4 Saisons partagent leur expérience...

Enquête auprès des lecteurs du magazine Les 4 Saisons du jardin bio

Nichoir à insectesDepuis quelques années, les oiseaux ne sont plus les seuls à bénéficier de nichoirs artificiels. Dans la plupart des jardineries et sur Internet, il est possible d’acheter des nichoirs pour abeilles et petites guêpes solitaires ainsi que pour divers insectes.

Mais ces abris sont-ils vraiment utiles et sont-ils bien adaptés à nos petits jardins de ville (80 % des jardins aujourd’hui).

Des lecteurs des 4 Saisons ont répondu à l’appel du magazine. S’y ajoutent mon expérience personnelle, déjà ancienne, et celle de Vincent Albouy, pionnier dans ce domaine.

Nichoirs à tiges creuses bien remplis

OsmiePremier constat, c’est presque l’unanimité pour les nichoirs de tiges creuses à destination des abeilles solitaires.

Ceux d’Isabelle et Sylvain R. (Hautes-Pyrénées) sont formés de tiges de bambou de 10 cm de long, protégées dans une sorte de “maison” en bois. Posés dès mars, ils sont colonisés dès la mi-avril par des osmies et une autre abeille plus petite. L’occupation varie selon l’exposition du nichoir. Dans celui qui est exposé au soleil du matin, 45 % des cavités sont occupées contre seulement 8 % dans le nichoir exposé au sud mais sous ombrage permanent.

Le refuge pédagogique pour abeilles et guêpes solitaires en béton de bois et tubes de verre (Schwegler) de Marc F. (Var) fonctionne à merveille. Le nichoir à abeilles solitaires de René G., qui habite le Tarn, vendu par Vivara est lui aussi bien occupé dès le mois de mars.

Mon nichoir du commerce (Jardins animés), constitué d’une bûche de bouleau évidée et remplie de tiges de bambous, a été posé fin mars sur la façade sud de la maison. Presque toutes les tiges sont occupées par des osmies rousses et une autre petite abeille. L’autre, plus “déco”, composé de quelques trop courtes tiges de bambous et d’un bloc de bois percé a été posé début mai. Il n’a pas été occupé.

Bûches percées et fagots : succès mitigé

Buche percée et fagot de boisLes avis sont mitigés quant aux bûches percées de trous de 4 à 10 mm.

Alors que Vincent Albouy (Charente) et plusieurs jardiniers observent une bonne fréquentation des trous (2 à 8 mm) percés dans des bûches et des blocs de bois avec une grande diversité d’espèces selon le diamètre des trous, Jeanne P. (Isère) et Jean-Paul D. dans le Nord ainsi qu’Eliane M., ne constatent aucune occupation.

Pour les fagots de tiges à moelle, là aussi, les succès sont mitigés. Chez Brigitte J. et Jean-Paul D., les tiges de sureau et de buddleia ainsi que les ronces restent désertes bien qu’à proximité de massifs de fleurs, cultivées ou sauvages.
Dans mon jardin, comme dans celui de Vincent Albouy, seules trois ou quatre tiges à moelle (rubus, rosier) de chacun des nombreux fagots que je disperse un peu partout sont creusées chaque année par des petites guêpes solitaires (pemphredons) qui nourrissent leurs larves avec des pucerons endormis. Même peu nombreuses, elles font un très bon travail de prédation.

Coccinelles et chrysopes font la fine bouche !

Tronc - bûche percéeL’abri hivernal construit par Jean Paul D., constitué de planchettes de bois espacées de 4 mm, n’a pas trouvé preneur. Les bêtes à bon Dieu préfèrent les interstices des dormants de ses fenêtres. Même constat chez Vincent Albouy avec un abri du même type. Les miens n’ont pas plus de succès. “Mes” coccinelles préfèrent le lierre qui grimpe aux arbres et l’envers des écorces qui se détachent du cognassier.

Mon abri à chrysope (distribué par If Tech) est resté vide. Mais tout autour, les abris naturels ne manquent pas : lierre sur les arbres et sur le sol, mousse sur les troncs, abri de jardin ouvert, arbustes persistants denses. Il n’est en fait guère utile dans un jardin aussi riche en habitats potentiels, ce que constate aussi Vincent Albouy.

Quel bilan ?

Dans les grands jardins pourvus d’une belle diversité de plantes et d’endroits sauvages, il n’est pas nécessaire d’installer des abris et autres hôtels à insectes. Pourquoi iraient-ils s’enfermer dans des ‘HLM’ alors qu’ils disposent d’abris naturels partout dans le jardin ?
Mais ils sont utiles pour attirer les auxiliaires dans les petits jardins urbains pour combler le déficit d’abris naturels.

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