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A-t-on vraiment besoin des OGM pour nourrir l'humanité ?

Lorsque l'on parle de sécurité alimentaire et de faim dans le monde, on pense aux OGM. Sont-ils vraiment nécessaires pour nourrir la planète ? N'existe-t-il pas des solutions alternatives, ne franchissant pas la barrière des espèces, mais tout aussi efficaces ?

Les OGM, solution miracle à la faim dans le monde ?

Champ de maïsLes OGM sont censés avoir toutes les vertus, si l'on en croit leurs fabricants. Moins de pesticides répandus sur les cultures, meilleurs rendements, adaptation à des conditions climatiques et pédologiques extrêmes (sécheresse, terre gorgée d'eau, salinité), meilleure qualité nutritive des végétaux (on parle de biofortification : certains OGM seraient "enrichis" en vitamine A ou E, en fer ou en zinc) : les OGM seraient-ils donc une solution magique pour lutter contre la faim dans le monde et nourrir les 9 milliards d'êtres humains qui peupleront la planète en 2050 ?

Peut-être faut-il cependant se méfier de la communication de quelques grands groupes bâtis autour de l’industrie des pesticides (Monsanto, Dupont-Pioneer, Dow, Syngenta, Bayer, BASF) qui sont parvenus, grâce à des moyens financiers importants et un lobbying efficace, à placer les OGM au cœur de la problématique de la sécurité alimentaire de la planète.

Les OGM ne sont pas cultivés aujourd’hui dans un objectif de sécurité alimentaire

Si l’on creuse un peu, on se rend compte que pour le moment, la culture des OGM n’est nullement menée dans un but de sécurité alimentaire.

D’ailleurs, la plupart des études qui ont été réalisées ces dernières années indiquent clairement que les OGM (notamment maïs, coton et soja) ne produisent pas plus que les cultures conventionnelles. Parfois même, les rendements sont plus faibles en OGM… L’argument productiviste souvent avancé par les pro-OGM ne semble donc pas tenir.

Sélection végétale et hybridation non OGM : moins connues, mais déjà opérationnelles

SécheresseD’autres techniques, non OGM, peuvent permettre de relever les défis de l’agriculture moderne : dans les pays en développement, les solutions alternatives se multiplient. Des techniques « naturelles » de sélection végétale et d’hybridation permettent déjà d’obtenir des variétés adaptées à des conditions de culture défavorables. Loin d’être archaïques, certaines font appel à des méthodes de biologie moléculaire, qui permettent d’isoler un gène précis et de le transférer dans une plante parente, sans franchir la barrière des espèces. Ces variétés, cultivées selon des systèmes culturaux traditionnels, donnent généralement des résultats très satisfaisants.

Les exemples sont légion :

Autant de variétés non OGM et de techniques alternatives qui font déjà leurs preuves, tandis que les OGM présentés comme solution miraculeuse pour répondre aux besoins des pays en développement (résistance à la sécheresse, à la salinité, biofortification...) ne sont pas encore opérationnels, et ne le seront pas avant de longues années... Et, même s’ils le sont un jour, les petits producteurs pourront-ils acheter, chaque année, ces semences coûteuses ? Les fabricants d’OGM vont-ils vraiment investir des sommes colossales pour un marché majoritairement composé de petits exploitants peu ou pas solvables ?

Le point de vue des experts internationaux

Culture du riz en GuinéeLes experts internationaux s’accordent sur un point : les OGM ne sont pas la meilleure solution pour nourrir la planète. Un rapport de l’IAASTD a été publié à ce sujet, en 2009 : initié par la Banque mondiale et la FAO, et ayant fait intervenir 400 experts issus de 110 pays, il correspond à une évaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement.

Selon ce rapport, il faudrait plutôt privilégier les solutions adaptées aux systèmes agricoles locaux, basées sur la polyculture et l'élevage sur une même exploitation, valorisant le savoir-faire des paysans, respectant les écosystèmes, n'appauvrissant pas les sols (rotation des cultures, amélioration de la matière organique) et reconnaissant les agriculteurs comme étant responsables des ressources qu’ils gèrent (eau, sols, diversité génétique…). Car en matière de rendements, la nature des semences utilisées intervient moins que d’autres facteurs, comme l’irrigation, la qualité des sols et le savoir-faire des exploitants.

En outre, toujours selon ces experts, pour lutter contre les carences alimentaires, mieux vaudrait miser sur la diversité alimentaire plutôt que sur un unique aliment enrichi en vitamines ou en minéraux : des cultures vivrières diversifiées seraient donc préférables à une monoculture OGM.

Ce rapport plaide donc en faveur d’une agriculture tournée vers le développement durable, plutôt qu’en faveur des OGM, qui impliquent une privatisation du vivant et un appauvrissement de la diversité génétique, associés à une dépendance et un endettement des petits producteurs.

Nécessité d’une instance internationale, indépendante et impartiale

Bon nombre d'experts tiennent aussi le discours suivant : laisser des acteurs privés, intéressés par les énormes gains financiers que représentent les OGM, piloter le développement d'un outil aussi potentiellement dangereux et innovant, constitue un double risque : celui d’une catastrophe sanitaire et environnementale, et aussi celui d’une utilisation inappropriée des OGM, c’est-à-dire détournée du bien commun.

Les recherches et le développement en matière d’OGM devraient plutôt être confiés à une instance internationale indépendante, prenant en compte le bien de tous, en particulier les besoins des populations des pays de l’hémisphère Sud, et non subordonnée aux intérêts de quelques grands groupes. C’est également cette instance planétaire qui devrait être seule habilitée à vérifier l’absence d’effets secondaires (à la culture mais aussi à la consommation des OGM), en toute impartialité.

Production de médicaments et de vaccins grâce aux OGM

Les OGM sont souvent réduits aux plantes : c’est oublier que d’autres organismes génétiquement modifiés sont utilisés en laboratoires pour des applications médicales. Ainsi, des virus recombinants permettent de produire des vaccins, et des bactéries OGM synthétisent de l’insuline (précieuse pour les diabétiques), de l’hormone de croissance (utile aux enfants qui n’en produisent pas) ou encore des facteurs de la coagulation (destinés aux hémophiles).

Ces substances totalement pures (dont on est certain qu’elles ne contiennent aucune protéine inconnue) sont une grande avancée dans le domaine médical : les OGM ont permis de mettre fin aux risques de maladies transmises par des substances provenant autrefois des animaux ou des êtres humains (sida, maladie de Kreutzfeld-Jacob…). En outre, ces OGM utilisés en milieu confiné, sous contrôle, ne présentent quasiment aucun risque (le risque zéro n’existe pas…) de dissémination dans l’environnement. Les OGM sont donc, dans certains cas, une innovation technologique dont l’humanité ne doit pas se priver, mais qu'elle doit utiliser à bon escient.

Clémentine Desfemmes

Crédits photos : flickr.com / S.K. Photography ; martapiqs ; MyNameHere

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