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Phénologie : quand les végétaux nous servent de repères

Qui n'a jamais été confronté à la difficulté de savoir quand traiter ses arbres, quand commencer les semis printaniers en fonction de son climat, ou quand tailler en vert ses fruitiers ? Les réponses sont à chercher du côté de la phénologie : en observant le stade de développement de vos végétaux, vous pouvez savoir quand intervenir, de manière très précise...

La phénologie, vous connaissez ?

Si si, la phénologie, vous connaissez, même si le terme en lui-même ne vous est peut-être pas très familier. Ce mot "phénologie" vient du grec, on peut le traduire littéralement par "étude de ce qui est apparent". La phénologie consiste en effet à observer l'apparition de phénomènes qui reviennent de manière cyclique -souvent annuelle- dans le monde vivant, toujours vers la même date, cette apparition étant déterminée par des variations saisonnières du climat (longueur du jour, température, humidité) : départ en migration des oiseaux, ponte des amphibiens, débourrement du pommier, floraison du cerisier, chute des feuilles du bouleau...

Bourgeon de figuier
Bourgeon de figuierAgrandir l'image

Cette connaissance n'a rien d'approximatif : elle est au contraire extrêmement précise. En ce qui concerne les plantes, à chaque stade de développement d'un végétal donné correspond un code : une lettre ou un chiffre. Il existe en effet deux systèmes de codification: celui de Baggiolini (lettres), et celui du BBCH (chiffres). Par exemple, pour la vigne, un cycle annuel s'étend du stade "bourgeon d'hiver" (stade A ou 00 à 03) au stade "début de la chute des feuilles" (stade O ou 91), chaque stade repère étant décrit de manière suffisamment détaillée pour lever toute ambiguité.

En observant les bourgeons (ou les feuilles, les jeunes fruits...) et en s'appuyant sur les stades phénologiques repères de l'espèce concernée (présentés sous forme de planches illustrées par des photos ou des croquis), on peut donc déterminer exactement son stade de développement.

Noisetier : premiers stades phénologiques repères
Noisetier : premiers stades phénologiques repèresAgrandir l'image

Un savoir très ancien

La phénologie est une science récente, au sens où ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que l'on a commencé à étudier et enregistrer ces phénomènes de manière scientifique, et à analyser le lien entre le climat et leurs variations géographiques ou annuelles.

Cependant, elle correspond à un savoir très ancien : dans toutes les civilisations, depuis des millénaires, les hommes ont appris à observer la nature et à en tirer des connaissances, souvent empiriques, transmises de génération en génération sous la forme de dictons et proverbes. A l'origine, la phénologie était donc un savoir populaire, profondément ancré dans la vie quotidienne des chasseurs, des pêcheurs, des cueilleurs, des cultivateurs, et, plus tard, des jardiniers.

La phénologie, une science bien utile pour le jardinier

Si vous vous demandez à quoi cette fameuse phénologie peut bien servir, voici un exemple d'utilisation pratique au jardin : ne vous êtes-vous jamais dit, en voyant certains bourgeons commencer à se réveiller au jardin à la fin de l'hiver, qu'il serait temps de finir de tailler vos arbustes à fleurs d'été, ou de traiter vos fruitiers ? La phénologie, cela sert donc à ça : on observe le stade de développement des végétaux, et on en tire des conclusions sur les travaux à mener au jardin.

Un certain nombre de savoir-faire s'appuient ainsi sur la phénologie, qui permet de déterminer les périodes propices pour la réalisation de traitements, les opérations de taille (notamment celle des fruitiers), le démarrage des semis et certaines plantations, l'apport d'engrais... Ne dit-on pas que la floraison du lilas indique au jardinier qu'il peut commencer à planter les pommes de terre et mettre en place les dahlias, et semer en pleine terre épinards, fèves et pois ?

Lilas en fleur (Syringa vulgaris)
Lilas en fleur (Syringa vulgaris)Agrandir l'image

Froid annoncé : où en sont vos bourgeons de fruitiers ?

On sait aussi qu'en fonction du stade phénologique, les végétaux sont plus ou moins sensibles au manque d'eau au gel (mais aussi au manque d'eau). Par exemple, chez l'abricotier, c'est à partir du stade repère C (bourgeons floraux prêts à s'ouvrir) que la résistance au froid décroît : à -6°C, on a déjà 10% de dégâts. A partir du stade F (ouverture des fleurs, étamines apparentes), -6°C suffisent à détruire 90% de la récolte. Ceci peut vous être utile si vous avez un petit abricotier au jardin ou sur le balcon : à partir du moment où les boutons floraux sont prêts à s'entrouvrir, en cas de gelée nocturne annoncée, installez vite un voile d'hivernage pour gagner quelques degrés !

Les stades repères phénologiques, un outil de précision

La phénologie se révèle particulièrement utile pour les viticulteurs, les arboriculteurs et les agriculteurs qui, en fonction du stade de développement de leurs cultures, peuvent savoir quelle intervention est à réaliser.

Traiter aux bonnes périodes

Prenons l'exemple des cerisiers : à certains stades phénologiques, ceux-ci sont sensibles (comme tous les arbres fruitiers) à divers maladies et parasites, aussi faut-il traiter à ces moments-là. Donner une date approximative pour les traitements (par exemple : fin mars ou début avril) ne suffit pas, car en fonction de la météo de l'année, du climat, de la zone géographique, le stade de développement des arbres peut varier de plusieurs jours, voire plusieurs semaines, et on a vite fait de laisser passer le stade critique, ou de traiter trop tôt ! En revanche, le conseil "traiter les cerisiers aux stades E à E2 contre les chenilles", voilà qui est précis : il suffit de surveiller l'éclosion des boutons floraux, et traiter juste à ce moment-là.

Pulvérisation de bouillie bordelaise
Pulvérisation de bouillie bordelaiseAgrandir l'image

Poser les pièges au bon moment

Autre exemple : à défaut de repérer les périodes de vol des adultes d'insectes parasites, l'exploitant ou le jardinier peut s'appuyer sur la phénologie pour savoir quand installer des pièges à phéromones. Ainsi, les pièges contre la tordeuse orientale (qui touche notamment les pommiers) doivent être en place aux stades E2 à G (juste avant l'éclosion des boutons floraux et jusqu'à la fin de la floraison). Avant, c'est inutile, après, aussi !

Il existe ainsi des canevas de traitements pour chaque espèce : grâce à ces informations, on est sûr d'intervenir au bon moment, simplement en observant ses végétaux. Ces outils sont très utilisés par les professionnels... les jardiniers amateurs peuvent aussi s'en inspirer !

Bourgeons floraux d'abricotier (stade C à D)
Bourgeons floraux d'abricotier (stade C à D)Agrandir l'image

Phénologie et pollinisation croisée

La phénologie intervient aussi dans le choix des variétés de fruitiers non autofertiles (pommiers, poiriers, cerisiers...) : lorsqu'il faut planter au moins deux sujets pour permettre une pollinisation croisée, il faut impérativement choisir des variétés dont les dates de floraison concordent, c'est-à-dire qui se trouvent à la même époque à des stades phénologiques identiques.

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