Que penser des produits bio importés ?

Thé chinois, poires d'Argentine, tomates espagnoles, fruits secs de Turquie : tous ces produits vendus comme bio peuvent contenir des pesticides, parfois même en quantités importantes. Les produits biologiques importés peuvent ainsi être de qualité bien inégale, en dépit de leur label.

Plus d'un tiers des produits bio viennent de l'étranger

Caddie familleEn France, en 2009, 38% des produits biologiques disponibles dans les rayons des magasins étaient importés, contre 30% en 2008. Le phénomène se confirme donc : de plus en plus de produits bio proviennent l'étranger, qu'il s'agisse d'un Etat membre de l'Union Européenne ou d'un pays plus lointain. Outre le problème environnemental posé par leur transport (ces produits importés, tout bio soient-ils, n'en présentent pas moins un mauvais bilan carbone), les denrées alimentaires certifiées biologiques ne seraient pas de la même qualité selon leur pays d'origine. Pire, certains produits bio importés seraient chargés de pesticides et ne mériteraient pas leur label, ni même, parfois, d'être consommés.

Du bio pas très bio

Gingembre bio ?Soja et thé vert de Chine, graines de lin de Roumanie, abricots séchés de Turquie, poires d'Argentine, oeufs d'Ukraine, lait du Danemark, huile d'olive et tomates d'Espagne, pommes de terre d'Egypte, fruits rouges de Serbie, baies roses de Madagascar : autant de produits importés et vendus comme étant issus de l'agriculture biologique, et épinglés par les organismes certificateurs français ou les autorités sanitaires en raison de leur teneur en pesticides (parfois même, du DDT, dans le cas des baies roses malgaches), en dioxine (oeufs ukrainiens) ou même de leur nature génétiquement modifiée (lin roumain).

Que les amateurs de produits bio se rassurent : ces fraudes demeurent heureusement exceptionnelles, et la plupart des produits biologiques importés que l'on trouve sur les étals sont de bonne qualité. Cependant, depuis 2005, les pays membres de l'UE ont retiré près de 200 autorisations d'importation, la plupart du temps pour non-respect de la réglementation bio. Et même au sein de l'UE, les échanges de denrées issues de l'agriculture biologique ne sont pas toujours au-dessus de tout soupçon : 38 cas d'infractions auraient été notifiés en 2009, et 51 pour les 3 premiers trimestres de 2010.

Réglementations bio différentes, contrôles plus ou moins stricts

Récolte du cacao en Amérique CentraleIl est légitime de se demander comment des produits qui n'ont rien de bio peuvent être vendus comme des produits bio, parfois même avec un label. La raison en est simple : les organismes certificateurs et les autorités sanitaires ne peuvent pas contrôler tous les produits mis sur le marché. Certes, les producteurs et les transformateurs de produits biologiques certifiés sont soumis à des contrôles réguliers, et des analyses sont réalisées sur leurs produits. De leur côté, les importateurs doivent fournir un certain nombre de garanties pour obtenir une autorisation d'importation (délivrée pour un an par le Ministère de l'Agriculture). Cependant, les contrôles ne sont pas systématiques et des lots non conformes arrivent à passer entre les mailles du filet : les produits peuvent avoir été contaminés de manière fortuite (contamination d'une parcelle bio par les pesticides répandus sur le champ voisin), ou, dans d'autres cas, la tromperie peut être volontaire (produits non bio vendus comme des produits bio, et donc à un tarif plus avantageux pour le fraudeur).

La plupart des fraudes concernent des produits provenant de pays extérieurs à l'Union Européenne, où les contrôles sont moins fréquents, les organismes certificateurs plus laxistes, la réglementation bio moins stricte, et les producteurs moins épaulés. Cependant, on note également des différences de qualité entre pays de l'UE : même si le cahier des charges est théoriquement uniformisé au sein de l'Europe, les interprétations sont variables selon les pays... ce qui aboutit à des contraintes souvent plus strictes pour les produits français, notamment en matière de produits animaux (viande, oeufs, produits laitiers). Les organismes certificateurs ne travaillent pas non plus de la même manière d'un pays à l'autre : ainsi, en France, un producteur bio est contrôlé en moyenne 1,6 fois par an, et les contrôles se font à l'improviste dans 33% des cas. En Espagne, on dépasse à peine un contrôle par an, avec seulement 17% de visites inopinées (en Roumanie, ce chiffre tombe à 3%).

Achetons local !

Importé ou pas ?Distributeurs (Biocoop, Naturalia) et fabricants (Danival, Soy, Bjorg) sont bien conscients des problèmes de traçabilité et de qualité que peuvent poser certains produits importés. Ils sont de plus en plus nombreux à privilégier les filières de production françaises pour leurs achats de matières premières, afin d'assurer au consommateur un bon niveau qualitatif, mais aussi pour pouvoir utiliser l'argument de vente "origine France", qui fait généralement mouche. Ces approvisionnements locaux ne sont cependant pas toujours possibles, en raison du nombre encore insuffisant de producteurs bio en France, ou, tout simplement, de la nature même du produit (café, thé, fruits exotiques...).

Et au niveau du consommateur, il reste à garder deux choses en tête : un produit bio certifié est, dans la majorité des cas, parfaitement digne de confiance (la fraude demeurant l'exception), et, bio ou pas bio, il est toujours préférable de consommer local et de saison !

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