Vigne OGM : quelle utilité ?

Avec l'arrachage d'une parcelle expérimentale de l'INRA à Colmar, le 15 août 2010, par des militants anti-OGM, la polémique autour de l'utilité de la culture de plants de vigne génétiquement modifiés a été relancée. Pourquoi aurait-on besoin d'une vigne OGM ? Est-il possible de s'en passer ?

Une vigne transgénique pour résister à la maladie du court-noué

Vigne en automneLe plant de vigne qui sème la discorde a été modifié génétiquement pour résister à la maladie du court-noué, due à un virus. Cette maladie est transmise par un ver microscopique (un nématode), qui, en piquant les racines des plants de vigne, leur inocule un virus responsable de la maladie du court-noué. Les vignobles atteints voient leur production diminuer au fil des années (jaunissement du feuillage, atrophie des grappes...).

La contamination se fait d'une parcelle de vigne à une autre par déplacement du nématode, ou par ravinement, ou encore par l'intermédiaire de porte-greffes ou de greffons infectés par le virus. Cette maladie, décrite depuis 160 ans, concerne environ 60% du vignoble français selon l'INRA. Toujours selon l'INRA, elle serait responsable d'un important manque à gagner pour les viticulteurs, et poserait un réel problème dans les vignobles les plus touchés, comme en Champagne.

Arrachage et jachère pour les parcelles infectées

Il n'existe actuellement aucun traitement phytosanitaire efficace contre la maladie du court-noué. Les nématicides, responsables d'une importante pollution du sol, sont progressivement interdits. Ainsi, lorsqu'une parcelle est contaminée, il est impossible de se débarrasser du virus, ni du nématode vecteur de la maladie. La seule solution (prônée en culture biologique) consiste à arracher la vigne, en extirpant soigneusement les racines, qui sont le garde-manger du nématode, et laisser le sol se reposer durant au moins 5 ans (en semant de l'avoine, ou une autre culture céréalière, durant cette période assimilée à une jachère). Passé ce délai, le petit ver a disparu du sol, et on peut à nouveau planter de la vigne. Problème : cette solution est difficilement supportable d'un point de vue économique.

Les OGM ont-ils ici un intérêt ?

Cependant, la nécessité de réaliser des recherches sur ces plants transgéniques est contestable (et contestée), puisque l'intérêt de cultiver cette vigne GM est discutable. Outre les dangers que présentent les expérimentations en plein champ et la question de la légitimité des OGM, le débat porte aussi sur l'utilité de la vigne transgénique.

Coût des recherches publiques

D'abord, les recherches menées par l'INRA autour de la vigne génétiquement modifiée coûtent cher au contribuable : à l'heure actuelle, plus d'un million d'euros ont été investis dans les recherches menées sur un porte-greffe transgénique de vigne.

OGM et vin ne font pas bon ménage

Ensuite, il n'est pas certain que les viticulteurs veuillent de ces plants génétiquement modifiés, l'image des OGM et des nouvelles biotechnologies en général n'étant guère conciliable avec celle du vin, considéré comme un produit naturel, qualitatif, fruit d'un terroir et d'un savoir-faire, et ancré dans une tradition millénaire. Les vignerons sont-ils prêts à prendre le risque de détruire une image patiemment construite et d'être boudés par les consommateurs, en ouvrant leurs parcelles aux OGM? Rien n'est moins sûr.

Autre remarque : alors que le viticulture européenne souffre d'une surproduction chronique et que les primes à l'arrachage pleuvent dans certains vignobles, a-t-on vraiment besoin d'améliorer les rendements, qui plus est avec des techniques potentiellement dangereuses pour l'homme et l'environnement ?

Solutions plus durables

Enfin, ne vaudrait-il pas mieux développer des modes d'exploitation durables, en orientant la recherche agronomique vers des méthodes de culture visant à préserver la physiologie des sols et l'équilibre des écosystèmes, plutôt que de brandir la solution OGM comme réponse à tous les problèmes ? En matière d'alternatives à la vigne GM, citons la sélection de porte-greffes hybrides résistants au nématode, ou encore la plantation, durant la période de jachère, d'espèces végétales nématicides, ou du moins, nématifuges, permettant de réduire le délai de repos.

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Gerbeaud
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https://www.gerbeaud.com/nature-environnement/vigne-ogm-utilite.php

12/06/2026 - 10:26:33