Le secteur des produits bio est-il aussi dynamique que les médias nous le laissent penser? Les chiffres le confirment : l'agriculture et l'alimentation bio ont nettement progressé en France en 2008, et pas seulement dans les colonnes des journaux. C'est ce que révèlent les résultats publiés récemment par l'Agence Bio.
Fin 2008, le nombre d'exploitations en agriculture biologique avait augmenté de 11% par rapport à 2007. Cette forte croissance correspond à un nouveau décollage de la bio française : en effet, après une forte phase de progression entre 1995 et 2000, les exploitants agricoles avaient été moins nombreux à se convertir au bio, avec, en moyenne, seulement +2,5% par an entre 2001 et 2007. Une forte progression, donc, mais qui reste à relativiser : fin 2008, seulement 2,6% des agriculteurs étaient en agriculture biologique en France. Il reste encore une bonne marge de manœuvre !
Au niveau des superficies agricoles consacrées au bio, elles ont connu une augmentation de 4,8% durant l'année 2008, pour atteindre 2,12% de la SAU (Surface Agricole Utile, c'est-à-dire l'ensemble des surfaces cultivées). La croissance devrait logiquement être encore forte l'année prochaine, puisque les surfaces en cours de conversion ont encore augmenté de 36% en 2008. La période de conversion, obligatoire pour tout agriculteur souhaitant être certifié bio, correspond au délai nécessaire entre le moment où il commence à appliquer le cahier des charges bio, et celui où il peut obtenir sa certification (3 ans pour les cultures pérennes, 2 ans pour les cultures annuelles). À noter que le premier département français pour l'agriculture biologique est actuellement la Drôme, dont plus de 10% de la SAU est bio.
C'est d'abord la vigne qui a bénéficié de la plus forte augmentation des surfaces (+25,2%, le vin bio est en effet un marché porteur), suivie de près par les plantes aromatiques et médicinales (+24,8%, ce qui s'explique par le succès des produits cosmétiques bio et de la phytothérapie), puis les légumes frais (+14,2%) et les fruits (+13,5%). Les céréales ainsi que l'élevage de bovins et de volaille ont crû dans des proportions plus modestes, et l'élevage de porc bio, lui, a diminué (après une croissance exceptionnelle en 2007).
Les cultures fourragères bio (destinées à nourrir les animaux d'élevage bio) occupent la majeure partie des surfaces (61% tout de même), les céréales, les protéagineux (soja notamment) et les oléagineux (colza, lin...), destinés à la consommation humaine ou animale, arrivant en deuxième position (21%). Plantes aromatiques et médicinales, légumes, vigne et fruits se partagent les reste des surfaces bio (soit 18%).
Aucun doute, le marché des produits alimentaires bio est dynamique, avec une croissance de +25% en 2008. A titre de comparaison, entre 1999 et 2005, la progression moyenne était de +10% par an. Un marché qui pèse aujourd'hui 2,6 milliards d'euros, contre 1,6 en 2005. Des chiffres à faire pâlir d'envie d'autres secteurs beaucoup moins bien lotis, surtout en ces temps de vaches maigres. On comprend donc que les fabricants soient nombreux à s'engouffrer dans ce marché autrefois qualifié "de niche", et qui, aujourd'hui, se démocratise. La multiplication des produits bio en supermarchés et hypermarchés en est un signe tangible.
Les grandes surfaces, c'est à dire les supermarchés et les hypermarchés, réalisent 42% des ventes de produits alimentaires bio, surtout des produits laitiers. Les magasins spécialisés les talonnent des près, avec 40% du marché. Ce sont les produits d'épicerie que les consommateurs bio viennent acheter dans ce type de points de vente : céréales, huile, produits pour le petit-déjeuner... La vente directe (très à la mode en ce moment, notamment avec les AMAP, les cueillettes à la ferme et les paniers bio) représente quant à elle 13% du marché, essentiellement en fruits et légumes.
44% des Français disent consommer des produits bio au moins une fois par mois, 23% au minimum une fois par semaine, et 8% tous les jours. En bio, ils préfèrent les fruits et légumes en bio (77% des consommateurs bio déclarent en acheter) et les produits laitiers (70%). Les produits d'épicerie arrivent en 3ème position (56%), suivis par la viande (49%), le pain et la farine (42%), et les boissons (40%). Il est plutôt étonnant de constater que la viande bio se vend mieux que le pain bio, car elle est pourtant nettement plus chère que la viande conventionnelle. Sans doute une question d'attachement des Français à la baguette, et l'habitude, bien ancrée, de se rendre chez son boulanger de quartier.
Les produits bio se voient souvent reprocher leur prix trop élevé. En temps de crise, il pourrait sembler logique que les consommateurs se détournent du bio pour lui préférer les aliments conventionnels, moins chers. Ce n'est pourtant pas le cas : 82% des consommateurs bio déclarent avoir maintenu, ou même augmenté, leurs dépenses en produits bio. Le bio semble donc moins souffrir de la crise que d'autres secteurs, comme le tourisme, l'équipement ou les loisirs.
On a vu que les cultures fourragères et les céréales et oléo-protéagineux (utilisés comme aliments pour les animaux d'élevage) représentaient à eux seuls 82% des surfaces bio en France. C'est dire la place de l'élevage bio en France. Résultat : la France est auto-suffisante pour la viande et la volaille bio, et les oeufs bio. Elle l'est aussi pour le vin, ce qui n'est guère étonnant vue la culture française. En revanche, les résultats sont moins bons sur d'autres produits.
Il est bien évident que les importations sur certains produits sont inévitables : tout ne pousse pas en France. Mais, pour une consommation responsable et cohérente (des pommes bio provenant d'Argentine, est-ce bien cohérent ?), c'est aussi à nous de préférer les produits locaux, et de saison… bio ou non !
Tous les chiffres de la bio en France, en Europe et dans le monde sont disponibles sur le site de l'Agence Bio.
Gerbeaud
La passion du jardinage
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17/06/2026 - 11:14:28