Comment se reproduisent les plantes qui n'ont pas de fleurs ?

Le 28 février 2016 par Clémentine Desfemmes

La reproduction des plantes à fleurs est plutôt familière aux jardiniers, habitués que nous sommes aux notions de pollinisation, de graines... En revanche, la reproduction des plantes sans fleurs, et a fortiori dépourvues de fleurs ET de graines, est moins connue. Comment se multiplier lorsque l'on ne produit pas de graines ?

Avec fleurs, sans fleurs, sans graines...

La manière dont les êtres vivants se reproduisent est l'un des critères à la base de la classification systématique. Ainsi :

  • Les plantes à fleurs (et à graines) sont les angiospermes (cas de la grande majorité des végétaux qui poussent dans nos jardins),
  • Celles sans fleurs mais avec graines sont les gymnopermes (essentiellement les conifères). Chez ces plantes, les fleurs ne comportent ni pétales ni sépales, et les graines obtenues après fécondation des ovules (placés sous une simple écaille du cône femelle) par le pollen (issu des cônes mâles), souvent par pollinisation par le vent, sont nues, et non à l'intérieur d'un fruit.
  • Celles sans fleurs ni graines sont les végétaux dits inférieurs : fougères et prêles (plantes avec vaisseaux), mousses et hépatiques (plantes sans vaisseaux), lichens et algues, ainsi que les champignons (qui d'un point de vue évolutif ne sont, rappelons-le, plus vraiment des végétaux, et pas encore des animaux).
Cônes femelles de pin et graines (nues sous une écaille)
Cônes femelles de pin et graines (nues sous une écaille)Agrandir l'image

Exemple de reproduction chez les fougères

Chez les fougères, la face inférieure des feuilles présente des petits sacs, appelés sporanges, qui renferment des spores (chez les mousses, les sporanges se trouvent à l'extrémité d'un "poil", appelé sporogone). Les spores, qui mesurent quelques millièmes de millimètre et sont donc très légères, sont libérées et entraînées -parfois très loin- par le vent, l'eau ou les animaux. Ces spores germent lorsque les conditions climatiques sont favorables : chaleur et surtout, humidité. Elles donnent un gamétophyte (appelé prothalle), organisme minuscule en forme de coeur, porteur de deux types d'organes reproducteurs :

Fougère - Sporanges
Fougère - SporangesAgrandir l'image

  • Les anthéridies, qui contiennent les anthérozoïdes (gamètes mâles), munis d'un flagelle leur permettant de se déplacer dans un milieu aquatique (un peu l'équivalent des spermatozoïdes chez les mammifères)
  • Les archégones, qui contiennent les oosphères (gamètes femelles), immobiles (un peu l'équivalent des ovocytes des mammifères).

Les anthérozoïdes fécondent les oosphères : de cette union naît une nouvelle fougère (organisme végétatif ou sporophyte).

Le cycle de vie des fougères (et des mousses) fait donc intervenir deux types d'organismes : l'un qui produit les spores (le sporophyte : c'est la forme que nous voyons au jardin), l'autre qui produit les gamètes (le gamétophyte : beaucoup plus discret).

Chez les champignons, la reproduction se déroule de manière assez comparable.

Prothalle de fougère (Dicksonia antarctica)
Prothalle de fougère (Dicksonia antarctica)Agrandir l'image

Pourquoi l'évolution naturelle a-t-elle favorisé les plantes à fleurs ?

Sans eau, pas de reproduction pour les fougères !

Première difficulté pour les mousses et les fougères : pour se reproduire, elles ont besoin d'eau. Sans humidité importante, pas de germination de la spore, et pas de déplacement possible des anthérozoïdes jusqu'aux oosphères. Ces plantes ne sont donc pas armées pour coloniser les milieux secs, ce qui limite leur habitat.

Fougère - Osmunda regalis
Fougère - Osmunda regalisAgrandir l'image

L'absence de brassage génétique, un sacré handicap

En outre, la reproduction des plantes sans fleurs ni graines a un gros inconvénient : il n'y a pas de brassage génétique. En effet, même s'il s'agit d'une reproduction sexuée (au sens qu'elle met en oeuvre des gamètes mâles et des gamètes femelles), ce mode de reproduction fait intervenir un seul parent.

Or, le brassage génétique permet :

  • De corriger les mutations délétères. Pour simplifier, lorsqu'il y a deux parents, l'association de 2 allèles (un allèle est une "version" d'un gène ; il y en a un issu de chaque parent) permet de compenser les éventuelles défaillances de l'un des deux, défaillances apparues suite à des mutations. S'il n'y a qu'un seul parent, cette "auto-correction" du génome n'est pas possible, et on aboutit plus facilement à une régression (un peu comme c'est le cas dans le cadre de la consanguinité).
  • De faire apparaître de nouveaux caractères favorables pour la descendance. Avec ce mode de reproduction "à un seul parent", il n'y a pas de variabilité ni d'adaptabilité à l'environnement : les plantes évoluent peu, contrairement aux plantes à fleurs qui, grâce à la possibilité que leur donne leur mode de reproduction "à 2 parents", ont pu tester de nouvelles combinaisons d'allèles, certaines donnant un avantage adaptatif à l'individu.

>> Lire aussi : Plantes fossiles vivants, végétaux préhistoriques

Ceci peut aussi vous intéresser

Commentez cet article 0

Vous aussi donnez votre avis au sujet de :
Comment se reproduisent les plantes qui n'ont pas de fleurs ?

Questions / réponses

Les dernières questions posées par les jardiniers sur Gerbeaud.com :

Voir tout Poser une question