Ces plantes qui soignent

Le 4 janvier 2015 par Clémentine Desfemmes

Certaines plantes sont utilisées depuis bien longtemps pour soigner : ce sont les plantes médicinales. Mais la phytothérapie ne se limite pas aux tisanes et aux gélules d'extraits de plantes : de nombreux médicaments, y compris ceux qui visent à traiter des pathologies lourdes telles que les cancers, proviennent des végétaux.

Les plantes médicinales, un savoir ancestral

Depuis plus de 2000 ans, l'usage des plantes médicinales a concerné toutes les civilisations, aux quatre coins du monde. Médecines savantes chinoise, grecque, arabo-persane, indienne, sans compter les connaissances qui continuent à se transmettre au sein des peuples de tradition orale comme ceux d'Amérique du Sud ou d'Afrique : au fil des siècles et des millénaires, les hommes ont bâti un savoir empirique, quasiment intuitif, et ont appris à utiliser les vertus des plantes pour se soigner.

Au terme de "vertus", si souvent utilisé lorsque l'on parle de plantes médicinales, ou peut préférer celui de "propriétés" : l'un évoque les "remèdes de bonne femme", quand l'autre, scientifique et rationnel, a une connotation thérapeutique plus moderne. Car l'usage de ces plantes médicinales, quoique traditionnel, n'est pas pour autant à reléguer au rang des pratiques moyenâgeuses : à l'heure de la médecine moderne, on se soigne encore avec les plantes (phytothérapie, aromathérapie), et pas seulement pour guérir des petits bobos sans gravité. Les plantes, ça soigne aussi les cancers et bien d'autres pathologies lourdes.

Préparation thérapeutique à base de plantes amazoniennes
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La phytothérapie pour soigner les petits maux du quotidien

La phytothérapie, c'est une médecine qui utilise les plantes et les extraits naturels pour traiter et prévenir les maladies et les dysfonctionnements de l'organisme. Elle utilise des extraits de plantes sous forme de comprimés, de gélules, de teintures, de macérâts huileux, ou encore de tisanes (l'aromathérapie utilise quant à elle les principes aromatiques des plantes sous forme d'essence ou d'huile essentielle).

Tisane - Plantes médicinales
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Pour bon nombre d'entre nous, la phytothérapie permet de soigner un rhume (thym, eucalyptus, mauve pour assainir et dégager), des problèmes circulatoires (fragon, vigne rouge, marronnier d'Inde pour les problèmes veineux), des troubles digestifs (radis noir, artichaut pour drainer le foie et la vésicule biliaire), d'apaiser l'anxiété (aubépine, angélique) ou d'améliorer le sommeil (valériane, passiflore), ou encore de réduire l'inflammation suite à un traumatisme (arnica), de traiter une verrue (chélidoine), de favoriser la lactation chez les jeunes mamans (graines de fenouil, anis vert)... La phytothérapie, ce serait donc la spécialiste des petits bobos, en un mot, le produit "aux plantes" que l'on demande à son pharmacien à défaut d'avoir pu ou voulu consulter son médecin traitant (bien souvent très prompt à établir des ordonnances).

Herboristerie - Plantes médicinales (Maroc)
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>> Lire aussi : Huiles de calendula, de millepertuis, d'arnica : faites-les vous-même !

Végétaux et recherche médicale : les plantes à l'origine de médicaments

Mais cantonner la phytothérapie à la simple amélioration du bien-être serait une erreur ; et, pour tordre le cou à une autre idée reçue, l'opposition "produit naturel à base de plante / médicament chimique issu de l'industrie pharmaceutique" n'a pas lieu d'être, ou en tout cas, elle se doit d'être nuancée. En effet, naturel ne signifie pas inoffensif, et ce qui fait la propriété de telle ou telle plante, ce sont bel et bien une ou plusieurs substances chimiques, certes d'origine naturelle, mais susceptibles d'être extraites, concentrées, voire reproduites par synthèse, et utilisées pour la production de médicaments (les "vrais", ceux vendus en pharmacie, sur ordonnance).

Extraits végétaux analysés en laboratoire
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Ainsi, les plantes, et pas seulement les plantes réputées médicinales utilisées depuis des millénaires, permettent de fabriquer des médicaments tout ce qu'il y a de plus "sérieux", ayant fait l'objet de recherches, d'essais, d'études, et bénéficiant du précieux sésame qui leur ouvrira les portes des officines : l'AMM, ou autorisation de mise en marché (d'ailleurs, plutôt que "plantes", disons plutôt : les substances d'origine naturelle, car les champignons, les micro-organismes ou même les sécrétions de certains animaux sont également dotés de propriétés thérapeutiques).

Un chiffre : en 2006, un quart des 508 milliards d'euros que représentait le marché pharmaceutique mondial provenait, au moins en partie, de ces substances naturelles. Et les médicaments dont les principes actifs sont d'origine végétale sont effectivement très nombreux. En voici quelques-uns parmi les plus connus :

  • l'aspirine : l'acide acétylsalicylique est extrait, à l'origine du moins, du saule blanc et de la reine des prés ; aujourd'hui, il est produit par synthèse, moins onéreuse ;
  • différents traitements anticancéreux : le docétaxel (Taxotere) est extrait de l'if, la vinblastine provient de la pervenche de Madagascar...
  • la morphine (antalgique) est extraite du pavot somnifère ;
  • la quinine (antipyrétique et antipaludique) est extraite du quinquina ;
  • la vincamine (traitement des troubles cognitifs et sensoriels) est issu de la petite pervenche ;
  • la digitaline (traitement de l'insuffisance cardiaque) est extraite de la digitale pourpre (et de la digitale laineuse)...
Taxus baccata - If européen
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Comment découvre-t-on de nouvelles molécules pour créer des médicaments ?

Une technique apparue dans les années 90 a permis d'accélérer les progrès de la recherche pharmaceutique et de mettre au point de nouveaux médicaments, à partir de nouvelles molécules : le criblage haut débit. Grosso modo, un robot passe au crible des milliers de molécules par jour (soit isolées à partir de matériel végétal, soit obtenues par synthèse chimique), et repère celles qui pourraient être dotées de propriétés thérapeutiques. Ensuite, il ne reste "plus" (même si la route est encore très, très longue jusqu'à la mise sur le marché !) qu'à tester les molécules sélectionnées et mettre au point le médicament.

Cette technique requière un nombre colossal de molécules à analyser, d'où un développement de la bioprospection -il faut trouver coûte que coûte de nouvelles plantes à étudier, on va donc les chercher là où la biodiversité végétale est foisonnante et encore mal connue. Corollaire de cette course à la nouvelle molécule : le risque de pillage des ressources naturelles de certains pays et le dépôt de brevets sur des actifs végétaux relevant de connaissances ancestrales (biopiraterie), dérives contre lesquelles le protocole de Nagoya, adopté en 2010 (ratifié par 51 pays) et entré en vigueur le 12 octobre 2014, tente de lutter.

Forêt amazonienne : une flore encore mal connue
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