Les orchidées sauvages, méconnues et menacées

Le 28 mars 2012 par Clémentine Desfemmes

Discrètes ou tape-à-l'oeil, les orchidées, en France, ne poussent pas qu'en pot : de nombreuses espèces d'orchidées sauvages se rencontrent ainsi dans nos campagnes, et parfois même, en ville. Ces belles sauvageonnes méritent d'être mieux connues... et protégées.

Orchidées campagnardes

Ophrys speculum

Ophrys speculum

S'il est bien une fleur fascinante, c'est l'orchidée. Somptueuses, sophistiquées et délicates, parfois capricieuses, les orchidées forment l'une des familles les plus vastes et les plus évoluées du règne végétal. Depuis une dizaine d'années, elles connaissent un succès fulgurant chez les fleuristes et les horticulteurs : l'orchidée est aujourd'hui la 4e plante la plus vendue en France, avec 5 millions de pots par an. On connaît surtout les espèces tropicales, cultivées sous nos climats comme plantes d'intérieur. Mais saviez-vous que la flore française compte environ 160 espèces d'orchidées locales, certaines très répandues, d'autres au contraire plus rares et menacées de disparition ?

.

Espèces facilement observables

Nul besoin d'être un botaniste chevronné ou un orchidophile averti pour savoir identifier, au détour d'un chemin, une orchidée sauvage. Au printemps, au moment de leur floraison, elles se remarquent généralement par leur couleur, la forme de leur fleur ou leur taille : difficile de les confondre avec d'autres plantes ! Certaines espèces sont suffisamment répandues pour que vous puissiez espérer les rencontrer au cours de vos balades.

  • Orchis purpureaOrchis purpurea est aisément reconnaissable, on la rencontre un peu partout en France (sauf en Bretagne et dans le Jura), dans les pelouses calcaires et les sous-bois ensoleillés.

 

 

 

 

 

 

 

  • Orchis masculaOrchis mascula est fréquente au bord des routes, dans les prés et les sous-bois clairs. Ses fleurs varient du rose fushia au violet.

 

 

 

 

 

 

 

  • Ophrys apiferaOphrys apifera est relativement répandue dans les zones sèches et les sols calcaires : friches, jardins, pelouses urbaines...

 

 

 

 

 

 

 

  • Himantoglossum hircinumHimantoglossum hircinum (orchis bouc) est facilement repérable en raison de sa grande taille (80 à 90cm de hauteur), et on l'identifie à coup sûr grâce au labelle démesuré des fleurs et leur "parfum" caractéristique et prononcé. Elle apprécie les talus ensoleillés, et d'une manière générale les sols secs et calcaires.

 

 

 

 

 

  • Anacamptis pyramidalisAnacamptis pyramidalis se remarque de loin avec ses fleurs rose soutenu (plus rarement rose pâle). On peut la croiser sur les sols calcaires, les friches, les talus et les prairies maigres.
.

Orchidées menacées : les causes d'une disparition

On estime que sur les 160 espèces d'orchidées présentes en France métropolitaine, 27 sont menacées de disparition et 36 sont proches de l'être si aucune mesure n'est prise pour les sauvegarder. Comme pour de nombreuses autres espèces vivantes, tant animales que végétales, les activités humaines sont en grande partie responsables du déclin des populations.

Assèchement des zones humides

Hammarbya paludosaLes milieux humides acides, et notamment les tourbières, sont l'habitat naturel de certaines orchidées telles que Hammarbya paludosa, aujourd'hui en danger. Ces biotopes très particuliers sont détruits, directement ou indirectement, par l'homme : assèchement de ces terres jugées improductives en vue d'une exploitation agricole, forestière ou pour en faire une zone constructible ; eutrophisation (asphyxie) des milieux due à la prolifération d'algues profitant de teneurs élevées en nitrates...

.

Disparition des milieux "ouverts" : prairies, landes, friches...

Anacamptis laxiflora

Anacamptis laxiflora

De nombreuses orchidées ont besoin d'un milieu "ouvert", c'est-à-dire non boisé, où la végétation, basse et peu dense, leur permet de se développer sans être gênées par d'autres espèces. C'est notamment le cas de Anacamptis laxiflora et de Ophrys aymoninii, deux espèces considérées comme vulnérables. Or, ce type d'habitat tend à se raréfier avec la disparition du pastoralisme : lorsque moutons et chèvres ne sont plus là pour "tondre" la végétation, ces espaces de pâturage extensif sont peu à peu envahis par les broussailles puis la forêt, et les orchidées n'ont alors plus aucune chance d'y trouver leur place.

Fauchage systématique et précoce des bords de routes

Chassées de leur habitat naturel, nombre d'orchidées trouvent refuge au bord des routes, où elles bénéficient de conditions favorables à leur développement. Cependant, le fauchage précoce des bas-côtés empêche, au printemps, la floraison de certaines espèces (retarder le fauchage de quelques semaines suffit parfois pour permettre à ces plantes d'achever leur cycle végétatif : voilà un message à diffuser auprès des autorités locales !).

Raréfaction des insectes pollinisateurs

Ophrys aymoninii

Ophrys aymoninii

Les insectes pollinisateurs, on le sait, sont indispensables au maintien de la biodiversité végétale, puisqu'ils interviennent dans la reproduction de bon nombre de plantes à fleurs. Sans eux, pas de pollinisation pour les plantes entomophiles... aux rangs desquelles les orchidées figurent en bonne place. Et, plus encore que d'autres espèces, les orchidées sont, de ce point de vue, particulièrement vulnérables, car elles sont souvent pollinisées par des insectes très spécifiques et peu abondants. Si l'insecte disparaît, l'orchidée ne se reproduit plus, et l'espèce s'éteint.

.

Des orchidées victimes de leur succès

Cypripedium calceolus

Cypripedium calceolus

Enfin, certaines orchidées sont tout simplement victimes de l'intérêt que le public leur témoigne. Cueillette de fleurs spectaculaires qui faneront tristement dans des vases, prélèvements de plantes dans la nature dans l'espoir de les réimplanter au jardin (l'opération est vouée à l'échec !), autant de comportements inconscients ou irresponsables qui, en plus d'être illégaux (certaines espèces d'orchidées sont protégées et leur cueillette est donc interdite), sont responsables de la raréfaction de Ophrys speculum ou Cypripedium calceolus, pour ne citer qu'elles.

 

Ceci peut aussi vous intéresser

Commentez cet article 12

Vous aussi donnez votre avis au sujet de :
Les orchidées sauvages, méconnues et menacées

Questions / réponses

Les dernières questions posées par les jardiniers sur Gerbeaud.com :

Voir tout Poser une question

Réactions

Gete
25/05/2016, à Saintes

Répondre

Bonjour j'habite également SAINTES et de nombreuses orchidées sauvages poussent dans ma pelouse et il est difficile de passer la tondeuse. Aviez-vous eu une réponse à votre question ? Peut-on les déplacer et les regrouper dans un autre coin du jardin ou les mettre en pot ? Merci pour votre réponse. Cdt

Masskin
16/04/2015, à Nanterre 92000

Répondre

Bibiche avec une photo ce serait sans doute aucun plus facile de l'identifier salut t' as de la chance d'avoir un jardin avec des orchidées .

Mdo
01/04/2015, à

Répondre

Qui? A une réponse ? Puis-je deplacer mes orchis bouc afin de les regrouper...car ce printemps,j'en vois pousser 3ou4 au beau milieu de la pelouse . Sont elles en danger de disparition ? Merci de votre conseil.

Mdo
13/03/2015, à La chapelle st mesmin

Répondre

Depuis 2/3ans j'observe la pousse complètement naturelle et sauvage de grandes plantes tres originales que je pense etre l'orchidée "bouc"...d'après votre article!!! J'y veille,mais peut on les déplacer-et-comment? Car elles se sont installées au beau milieu de la pelouse(tendance argilo-calcaire)d'un jardin un peu cool!!!! Et OU les installer?. Sont-elles des plantes en danger ou non?, Merci de vos conseils .

Hollyholly
27/02/2015, à Saintes

Répondre

Bonjour, je voudrais savoir si on peut mettre en pot ces orchidées sauvages? elles poussent ça et là sur ma pelouse et me gêne un peu pour tondre. Merci pour votre réponse.

Voir tous les commentaires (12)