Les locavores : manger local et de saison

Le 11 juin 2010

Les locavores sont des consommateurs éco-responsables : ils n'achètent et ne mangent que des produits locaux et de saison. Fruits, légumes, céréales, viande, fromage : tous les aliments, ou presque, doivent avoir parcouru moins de 160km pour arriver dans les assiettes. En France, le mouvement s'amplifie.

Qui sont les locavores ?

Du lieu de culture au consommateurLoca- pour local, -vore pour manger : les locavores sont des consommateurs qui privilégient les produits alimentaires locaux et de saison. Par exemple, un locavore français renonce aux cerises importées du Chili, aux crevettes thaïlandaises, aux tomates espagnoles, aux haricots verts du Kenya et à l'agneau de Nouvelle-Zélande. La définition exacte du concept prévoit même une distance maximale de 160 km (100 miles) entre le lieu de production et le lieu de consommation.

Le locavore s'autorise cependant à consommer du sel, du poivre et des épices venues d'ailleurs : c'est l'exception dite Marco Polo. Il peut aussi se permettre le petit plaisir "exotique" de son choix : pour certains, ce sera l'huile d'olive, pour d'autres, le café, le thé ou le chocolat, le Parmesan, les fruits de mer ou l'ananas.

Un phénomène de société venu des Etats-Unis

Le mouvement locavore est né en 2005, à San Francisco, et s'est rapidement étendu à tout le continent nord-américain. Le terme "locavore" a même été ajouté à l'édition 2008 du New Oxford Dictionnary. Ces derniers temps, les locavores font parler d'eux dans les médias : on ne compte plus les articles de presse qui leurs sont consacrés, aux Etats-Unis, au Canada et en Europe. Le défi relevé par certains locavores fait également l'objet de romans, comme celui de Barbara Kingsolver ou encore celui de J.B. Mac Kinnon et Alisa Smith. On trouve même des restaurants "locaphiles" outre-Atlantique, comme Farmers Diner, Urban Rustic ou encore le restaurant du siège social de Google, baptisé Café 150 (tous les aliments servis sont produits à moins de 150 miles). Et chez le géant Wal-Mart, on trouve désormais des corners "local food" : si la grande distribution américaine s'y met aussi, c'est bien que les produits alimentaires locaux correspondent à une vraie demande des consommateurs !

Et en France ?

La France commence elle aussi à avoir ses locavores : sur Internet, on trouve une multitude de blogs, et même des groupes constitués sur des réseaux sociaux comme Facebook. Un vrai phénomène de société, donc, qui semble être beaucoup plus qu'une simple mode. D'ailleurs, la tendance locavore est à relier au succès des AMAP, dont elle partage les valeurs. Avec plus de 250.000 adhérents à ces Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne, la France compte de nombreux locavores qui s'ignorent... Les paniers de produits frais locaux, les marchés et, d'une façon générale, toutes les formes de vente directe sont également des modes d'approvisionnement en accord avec la philosophie du mouvement. Et, bien entendu, cultiver un potager (y compris en pleine ville) est la manière la plus efficace de consommer local et de saison !

Pourquoi manger local ?

Cueillette de fraise à la fermeLes motivations des locavores sont variées, ce qui traduit la diversité des avantages à manger local :

  • Moins de transport, c'est moins de pollution, tant en termes de production de CO2 que d'émission de polluants divers. On estime entre 2400 et 4800 km la distance moyenne parcourue par un produit alimentaire entre son lieu de production et l'assiette du consommateur, soit 25% de plus qu'en 1980, et cette distance ne cesse de s'allonger... Le locavore applique ainsi une stratégie d'adaptation simple mais efficace face au dérèglement climatique et à la crise énergétique (d'ailleurs, avant l'avènement du pétrole, nos ancêtres étaient tous des locavores).
  • Consommer local, c'est aussi un moyen de relancer les productions autour des bassins de consommation et de renforcer -ou créer- un maillage agricole à proximité des villes, avec des créations d'emploi et une stimulation de l'économie locale.
  • Qui dit aliment produit localement, dit généralement aliment de saison (sauf en cas de culture sous serre), ce qui permet de retrouver le rythme des saisons et de renouer avec une tradition gastronomique séculaire (le pot au feu, le chou braisé, le gratin dauphinois et les pommes se savourent en hiver, quant à la ratatouille, la salade de concombre, les côtes de veau et les pêches, elles se dégustent plutôt en été).
  • Enfin, un produit local est plus frais, n'ayant pas eu à parcourir des milliers de kilomètres pour arriver sur nos étals. Il a été récolté à maturité et a souvent plus de goût.

Limites du "locavoring"

Les locavores ont évidemment leurs opposants, qui mettent en avant les limites et les inconvénients du principe. Premier argument de ces "distavores" : entre consommer un légume produit localement à grand renfort d'engrais et de pesticides, et acheter un légume bio d'origine plus lointaine, mais dont la culture a respecté l'environnement, mieux vaut le bio, selon certains. Autre problème : comment alimenter les millions d'habitants des grandes villes, uniquement avec des produits locaux ? Impossible, d'après les détracteurs. Par ailleurs, cesser d'importer des produits exotiques (bananes de Côte d'Ivoire, haricots verts du Kenya, café de Colombie...) représenterait une perte de revenus et d'emplois dans les pays en développement ou les pays émergents.

Enfin, consommer strictement local engendre tout simplement de nombreuses contraintes qui ne facilitent pas la vie au quotidien, et qui réduisent considérablement le choix des menus, surtout en hiver : passer plusieurs mois par an à ne consommer que des choux, des poireaux et des pommes de terre, sous prétexte que ce sont là les seuls légumes disponibles près de chez soi, risque fort d'en décourager plus d'un. Ainsi, l'engagement serait difficilement viable à moyen terme, ce qui fait dire à ses opposants que le mouvement locavore n'est guère plus qu'une mode éphémère.

Un peu de mesure...

Alors, locavore ou distavore ? Une chose est sûre : le concept mérite qu'on s'y intéresse, et qu'on l'applique, chacun à son niveau, selon ses possibilités d'approvisionnement, ses moyens (paradoxalement, manger local coûte souvent plus cher que consommer les produits d'entrée de gamme du supermarché, bien que les niveaux de qualité ne soient pas comparables !), et surtout, sans succomber à l'extrémisme ! Pour que le mouvement locavore soit durable, il ne faut pas que ses adeptes vivent leur engagement comme une contrainte intolérable : manger doit rester un plaisir.

Crédit photo : flickr.com / greenkozi ; Timothy Gerdes

Clémentine Desfemmes

 

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Réactions

Libertv
17/03/2014, à Erezee

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C'est difficile en ville d'être locavore. Quand on le peut 'c'est vraiment l'idéale d'être locavore. c'est frais , pas de pollution de transport et je fais vivre mon voisin. Je n'ai plus de choux et je vais bientôt manger de la soupe aux orties aux plantains et à l'oseil en attendant les légumes du printemps. véronique

Marigui
11/02/2013, à

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A ajouter dans "pourquoi manger local" : les produits exportés en europe deviennent hors de prix pour les habitants du pays producteur. exemple la quinoa, aliment de base de nombreux sud américains. chez le cours de la quinoa a triplé en 6 ans. n'affamons les autres avec nos fantaisies culinaires d'occidentaux.

Regineb
29/03/2012, à Sierre, en suisse

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Bonjour, Je fais un exposé sur les locavores et je m\'intéresse à ce mode de consommation. Je dois remplir un questionnaire d\'une page A4, pourriez-vous m\'y aider? Vous pouvez prendre contact avec moi: regine.brasey@students.hevs.ch J\'attends de vos nouvelles. Avec mes meilleures salutations, Régine Braey