L'hydroponie, une forme de culture hors-sol

Le 13 janvier 2017 par Clémentine Desfemmes

Connaissez-vous l'hydroponie ? Non ? Si ! Les tomates et les fraises sans saveur et hors saison, c'est souvent à la culture hydroponique qu'on les doit. Ce mode de production a des inconvénients mais aussi quelques avantages... Faites-vous votre propre avis !

L'hydroponie, c'est quoi ?

L'hydroponie, c'est la culture de végétaux sans sol, et dans l'eau. Les racines des plantes plongent dans un substrat inerte irrigué par une solution nutritive, ou trempent simplement dans celle-ci. Le substrat sert, le cas échéant, uniquement de support, et peut être constitué de pouzzolane, perlite, vermiculite, billes d'argile, mousse synthétique, sphaigne, fibre de coco, laine de roche...

Stevia cultivée en hydroponie sur laine de roche
Stevia cultivée en hydroponie sur laine de rocheAgrandir l'image

La solution nutritive est composée d'eau additionnée d'un engrais liquide, précisément dosé pour obtenir la bonne concentration en azote, phosphore, potassium et autres sels minéraux et oligo-éléments nécessaires aux plantes.

En cas de culture à grande échelle, le système fonctionne en circuit fermé : la solution nutritive est pompée et recyclée, et renouvelée régulièrement. Elle doit circuler pour permettre son oxygénation. Son pH est surveillé, de même que son EC (électro-conductivité, ce qui correspond, grosso modo, à sa concentration en sels minéraux). Dans le cadre de culture hydroponique domestique, l'eau est stagnante et simplement changée dès que nécessaire ; il est également possible de bricoler un système "maison" en circuit fermé, avec des tuyaux (type gouttières) et une pompe à aquarium.

Plantes aromatiques cultivées en hydroponie
Plantes aromatiques cultivées en hydroponieAgrandir l'image

Pour simplifier, en cas de diminution de l'EC, on ajoute de l'engrais ; si l'EC augmente trop, c'est le signe que les plantes ont consommé plus d'eau que prévu ou bien qu'il y a eu évaporation, on ajoute donc de l'eau pour diluer les sels minéraux en solution. Le principe est donc simple en théorie, mais si l'on veut maximiser les rendements (objectif des cultures à échelle industrielle), la gestion du dispositif demande des équipements pointus et une parfaite maîtrise des différents paramètres (luminosité, température, hygrométrie, EC en fonction du stade de développement des plantes...).

Quelles plantes cultive-t-on en hydroponie ?

Bon nombre de cultures potagères sont réalisées en hydroponie : c'est notamment le cas des légumes fruits et des légumes feuilles : tomates (70% des tomates produites en France seraient "hydroponiques") et laitues essentiellement, mais aussi concombres, aubergines, poivrons, diverses salades et herbes aromatiques... Les fraises sont également de bonnes candidates à la culture hors-sol.

Culture de bettes et choux en hydroponie sous serre
Culture de bettes et choux en hydroponie sous serreAgrandir l'image

Les fleurs peuvent aussi être obtenues par culture hydroponique (notamment celles dont la culture est forcée de manière à permettre une commercialisation de fleurs coupées en toute saison) ; les orchidées se prêtent particulièrement bien à ce type de culture.

Enfin, l'hydroponie est utilisée sur certains murs végétalisés, et trouve des applications très tendance, par exemple dans le cadre du "kitchen gardening".

Avantages de l'hydroponie

L'hydroponie offre deux intérêts majeurs : pouvoir produire même sans sol (pays où les terres fertiles sont rares ou la sécheresse trop importante, nécessité d'être auto-suffisants sur certaines cultures nourricières, agriculture urbaine...)  et gagner en productivité (croissance rapide, rendements élevés, culture possible à la verticale, d'où un gain d'espace...).

En outre, avec la culture hydroponique, les plantes ne sont pas en concurrence avec les adventices (pas besoin de désherbage ni d'herbicide), et la pression parasitaire est faible (pas de germes ni d'insectes indésirables véhiculés par le sol), le recours aux insecticides et fongicides est donc théoriquement très réduit. Et comme les plantes ne poussent pas dans le sol, la terre et les nappes phréatiques ne sont en principe pas polluées par des engrais ou des pesticides.

Culture hydroponique de tomates dans un jardin
Culture hydroponique de tomates dans un jardinAgrandir l'image

Autre avantage : l'hydroponie permet de faire d'importantes économies d'eau (pas ou peu de pertes d'eau par évaporation, pas de pertes dans le sol lors des arrosages) tout en préservant les plantes de tout stress hydrique.

Enfin, l'hydroponie permet, comme les cultures sous serre, de produire en toute saison (un atout qui est néanmoins discutable !).

Des inconvénients à la culture hydroponique

La culture hydroponique a beau présenter des avantages pratiques et économiques, elle n'est pas écologique : c'est son principal défaut. Lorsqu'elle est mise en oeuvre sous serre, ce qui est souvent le cas, elle engendre d'importantes dépenses énergétiques : chauffage, éclairage artificiel.

Se pose aussi le problème des eaux polluées : étant donné que la solution nutritive doit être renouvelée régulièrement, l'hydroponie génère des rejets d'eau chargée en sels minéraux et oligo-éléments parfois néfastes aux écosystèmes.

Culture hydroponique sous serre
Culture hydroponique sous serreAgrandir l'image

En outre, le milieu étant chaud et humide, les champignons et les bactéries peuvent s'y multiplier très rapidement en cas de contamination accidentelle (le substrat et la solution sont en principe stériles), ce qui peut occasionner d'importantes pertes de récoltes ainsi que des utilisations massives de fongicides.

Enfin, les légumes et les fruits produits ainsi n'ont que peu de saveur : ils n'ont souvent pas vu le soleil, ont poussé très vite, et la solution nutritive, aussi bien dosée soit-elle, ne remplace pas un sol naturel... et vivant.

>> Lire aussi : Le goût des tomates

Et le bio dans tout ça ?

Les cultures hydroponiques ne peuvent pas être "bio" au sens réglementaire du terme. En effet, le règlement européen de l’agriculture biologique (RCE 889/08) précise que le lien au sol est obligatoire dans le cadre d'une production bio : les plantes doivent être essentiellement nourries par l’écosystème du sol. Même chose pour toutes les AOC, AOP et autres IGP : sans lien au sol, pas de notion de terroir. La lentille du Puy ou le piment d'Espelette version hydroponique, ce n'est pas au programme !

Des variantes pour l'avenir ?

L'hydroponie ouvre la voie à d'autres techniques de culture plus ou moins ingénieuses ou intéressantes pour l'environnement. Ainsi, l'aquaponie est une variante de l'hydroponie qui permet d'utiliser les déjections des poissons et crevettes d'élevage sous forme d'engrais azoté pour les plantes.

L'aéroponie, quant à elle, est la version "brumisation" de l'hydroponie : les racines des plantes sont placées dans une brume de solution nutritive. On n'arrête pas le progrès... et on aurait presque envie de dire : vive le retour aux tomates mûries au soleil du potager !

Ceci peut aussi vous intéresser

Commentez cet article 0

Vous aussi donnez votre avis au sujet de :
L'hydroponie, une forme de culture hors-sol

Questions / réponses

Les dernières questions posées par les jardiniers sur Gerbeaud.com :

Voir tout Poser une question