Que penser des produits bio importés ?

Le 23 décembre 2010 par Clémentine Desfemmes

Thé chinois, poires d'Argentine, tomates espagnoles, fruits secs de Turquie : tous ces produits vendus comme bio peuvent contenir des pesticides, parfois même en quantités importantes. Les produits biologiques importés peuvent ainsi être de qualité bien inégale, en dépit de leur label.

Plus d'un tiers des produits bio viennent de l'étranger

Caddie familleEn France, en 2009, 38% des produits biologiques disponibles dans les rayons des magasins étaient importés, contre 30% en 2008. Le phénomène se confirme donc : de plus en plus de produits bio proviennent l'étranger, qu'il s'agisse d'un Etat membre de l'Union Européenne ou d'un pays plus lointain. Outre le problème environnemental posé par leur transport (ces produits importés, tout bio soient-ils, n'en présentent pas moins un mauvais bilan carbone), les denrées alimentaires certifiées biologiques ne seraient pas de la même qualité selon leur pays d'origine. Pire, certains produits bio importés seraient chargés de pesticides et ne mériteraient pas leur label, ni même, parfois, d'être consommés.

Du bio pas très bio

Gingembre bio ?Soja et thé vert de Chine, graines de lin de Roumanie, abricots séchés de Turquie, poires d'Argentine, oeufs d'Ukraine, lait du Danemark, huile d'olive et tomates d'Espagne, pommes de terre d'Egypte, fruits rouges de Serbie, baies roses de Madagascar : autant de produits importés et vendus comme étant issus de l'agriculture biologique, et épinglés par les organismes certificateurs français ou les autorités sanitaires en raison de leur teneur en pesticides (parfois même, du DDT, dans le cas des baies roses malgaches), en dioxine (oeufs ukrainiens) ou même de leur nature génétiquement modifiée (lin roumain).

Que les amateurs de produits bio se rassurent : ces fraudes demeurent heureusement exceptionnelles, et la plupart des produits biologiques importés que l'on trouve sur les étals sont de bonne qualité. Cependant, depuis 2005, les pays membres de l'UE ont retiré près de 200 autorisations d'importation, la plupart du temps pour non-respect de la réglementation bio. Et même au sein de l'UE, les échanges de denrées issues de l'agriculture biologique ne sont pas toujours au-dessus de tout soupçon : 38 cas d'infractions auraient été notifiés en 2009, et 51 pour les 3 premiers trimestres de 2010.

Réglementations bio différentes, contrôles plus ou moins stricts

Récolte du cacao en Amérique CentraleIl est légitime de se demander comment des produits qui n'ont rien de bio peuvent être vendus comme des produits bio, parfois même avec un label. La raison en est simple : les organismes certificateurs et les autorités sanitaires ne peuvent pas contrôler tous les produits mis sur le marché. Certes, les producteurs et les transformateurs de produits biologiques certifiés sont soumis à des contrôles réguliers, et des analyses sont réalisées sur leurs produits. De leur côté, les importateurs doivent fournir un certain nombre de garanties pour obtenir une autorisation d'importation (délivrée pour un an par le Ministère de l'Agriculture). Cependant, les contrôles ne sont pas systématiques et des lots non conformes arrivent à passer entre les mailles du filet : les produits peuvent avoir été contaminés de manière fortuite (contamination d'une parcelle bio par les pesticides répandus sur le champ voisin), ou, dans d'autres cas, la tromperie peut être volontaire (produits non bio vendus comme des produits bio, et donc à un tarif plus avantageux pour le fraudeur).

La plupart des fraudes concernent des produits provenant de pays extérieurs à l'Union Européenne, où les contrôles sont moins fréquents, les organismes certificateurs plus laxistes, la réglementation bio moins stricte, et les producteurs moins épaulés. Cependant, on note également des différences de qualité entre pays de l'UE : même si le cahier des charges est théoriquement uniformisé au sein de l'Europe, les interprétations sont variables selon les pays... ce qui aboutit à des contraintes souvent plus strictes pour les produits français, notamment en matière de produits animaux (viande, oeufs, produits laitiers). Les organismes certificateurs ne travaillent pas non plus de la même manière d'un pays à l'autre : ainsi, en France, un producteur bio est contrôlé en moyenne 1,6 fois par an, et les contrôles se font à l'improviste dans 33% des cas. En Espagne, on dépasse à peine un contrôle par an, avec seulement 17% de visites inopinées (en Roumanie, ce chiffre tombe à 3%).

Achetons local !

Importé ou pas ?Distributeurs (Biocoop, Naturalia) et fabricants (Danival, Soy, Bjorg) sont bien conscients des problèmes de traçabilité et de qualité que peuvent poser certains produits importés. Ils sont de plus en plus nombreux à privilégier les filières de production françaises pour leurs achats de matières premières, afin d'assurer au consommateur un bon niveau qualitatif, mais aussi pour pouvoir utiliser l'argument de vente "origine France", qui fait généralement mouche. Ces approvisionnements locaux ne sont cependant pas toujours possibles, en raison du nombre encore insuffisant de producteurs bio en France, ou, tout simplement, de la nature même du produit (café, thé, fruits exotiques...).

Et au niveau du consommateur, il reste à garder deux choses en tête : un produit bio certifié est, dans la majorité des cas, parfaitement digne de confiance (la fraude demeurant l'exception), et, bio ou pas bio, il est toujours préférable de consommer local et de saison !

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Réactions

Paul lesty
07/12/2016, à

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Bonjour Clémentine, Merci pour cet article. Je trouve qu'il manque un peu de sources et je me pose du coup plein de questions sur celles-ci. Pouvez-vous faire référence aux organismes et sources officielles en question pour ce qui est des contrôle par pays? Idem pour le bilan carbone : comment raisonnez-vous et pouvez-vous clarifier? Je pourrai tout aussi bien insinuer que la logistique des derniers kilomètres ainsi que le mode et l'origine de production (selon qu'elle est plus adaptée et moins énergivore dans un pays par rapport à l'autre) jouent plus que le coût carbone des transports maritimes, que je ne serai peut-être pas moins loin de la vérité. Ces questions méritent d'être étudiées, et je serai ravi si vous aviez plus d'information à ces sujets. Au plaisir de lire la suite de vos investigations, Paul

Arthurbg
03/08/2014, à Lobbes

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La PREUVE : Des produits bio épinglés par la Répression des fraudes a Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a contrôlé la filière de l'agriculture biologique. Sur près de 230 prélèvements effectués, 26 ont été déclarés non conformes. Après analyse, les enquêteurs ont détecté la présence de plusieurs substances interdites dans l'agriculture biologique telles que des résidus de pesticides ou des OGM (Organismes génétiquement modifiés) à une teneur supérieure à 0,9%, précise la Direction. Des manquements aux règles d'hygiène (non-conservation des étiquetages des produits déconditionnés), en matière d'étiquetage (absence de certaines mentions obligatoires, dénominations incorrectes, prix) ont également été constatés (voir : Les plats industriels au poisson ne contiennent que très peu de poisson !). Parmi les mentions de nature à induire en erreur le consommateur, on peut citer le cas du lait biologique mentionnant dans son étiquetage qu'il provenait de fermes environnantes alors que certaines sont situées à 100 km de la laiterie. Au total, sur 1 070 établissements contrôlés, 269 avertissements et 31 procès-verbaux ont été dressés par la DGCCRF. http://www.leparticulier.fr/jcms/p1_1563529/des-produits-bio-epingles-par-la-repression-des-fraudes

Bourgogne jacquelinepseudo toutou
09/04/2014, à Périgueux

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Pilule - en ce qui me concerne, chaque fois que cela est possible, je préfère acheter les produits français.

Gilou24
02/01/2011, à Bergerac

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Les Biocoop privilégient le local !!! Oui, à condition que le producteur local s\'aligne sur ses concurrents étrangers (souvent l\'Espagne) moins chers et dont la qualité des produits laisse à désirer. Alors, gérants de Biocoop, si vous voulez des produits de proximité, faites l\'effort de les payer au prix permettant à l\'agriculteur de vivre décemment de son travail. En fait, les Biocoop fonctionnent aujourdh\'hui comme n\'importe quel super-marché : il presse le producteur pour obtenir le meilleur produit au coût le plus bas. Parole de producteur.

Cassiopée
31/12/2010, à Angers

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J'essaie de faire confiance aux produits bio importés mais je fais surtout l'effort de n'acheter que des légumes de saisons et produits à proximité. Pour les fruits, la tentation de clémentines, bananes et autres oblige à accepter le transport par camion et c'est une vraie réflexion à mener sur nos choix par rapport au Co2 , ainsi que sur le retard français dans le soutien à la culture Bio. Si chacun fait un petit effort, il y a de l'espoir !!!

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