Où en est vraiment la bio en France ?

Le 18 novembre 2009 par Clémentine Desfemmes

Le secteur des produits bio est-il aussi dynamique que les médias nous le laissent penser? Les chiffres le confirment : l'agriculture et l'alimentation bio ont nettement progressé en France en 2008, et pas seulement dans les colonnes des journaux. C'est ce que révèlent les résultats publiés récemment par l'Agence Bio.

Agriculture bio française : encore marginale, mais 2008 a été une année de forte croissance

Les volailles bio, un secteur dynamiqueFin 2008, le nombre d'exploitations en agriculture biologique avait augmenté de 11% par rapport à 2007. Cette forte croissance correspond à un nouveau décollage de la bio française : en effet, après une forte phase de progression entre 1995 et 2000, les exploitants agricoles avaient été moins nombreux à se convertir au bio, avec, en moyenne, seulement +2,5% par an entre 2001 et 2007. Une forte progression, donc, mais qui reste à relativiser : fin 2008, seulement 2,6% des agriculteurs étaient en agriculture biologique en France. Il reste encore une bonne marge de manœuvre !

Au niveau des superficies agricoles consacrées au bio, elles ont connu une augmentation de 4,8% durant l'année 2008, pour atteindre 2,12% de la SAU (Surface Agricole Utile, c'est-à-dire l'ensemble des surfaces cultivées). La croissance devrait logiquement être encore forte l'année prochaine, puisque les surfaces en cours de conversion ont encore augmenté de 36% en 2008. La période de conversion, obligatoire pour tout agriculteur souhaitant être certifié bio, correspond au délai nécessaire entre le moment où il commence à appliquer le cahier des charges bio, et celui où il peut obtenir sa certification (3 ans pour les cultures pérennes, 2 ans pour les cultures annuelles). À noter que le premier département français pour l'agriculture biologique est actuellement la Drôme, dont plus de 10% de la SAU est bio.

Vin bio et plantes aromatiques et médicinales ont le vent en poupe

C'est d'abord la vigne qui a bénéficié de la plus forte augmentation des surfaces (+25,2%, le vin bio est en effet un marché porteur), suivie de près par les plantes aromatiques et médicinales (+24,8%, ce qui s'explique par le succès des produits cosmétiques bio et de la phytothérapie), puis les légumes frais (+14,2%) et les fruits (+13,5%). Les céréales ainsi que l'élevage de bovins et de volaille ont crû dans des proportions plus modestes, et l'élevage de porc bio, lui, a diminué (après une croissance exceptionnelle en 2007).

Les cultures fourragères bio (destinées à nourrir les animaux d'élevage bio) occupent la majeure partie des surfaces (61% tout de même), les céréales, les protéagineux (soja notamment) et les oléagineux (colza, lin...), destinés à la consommation humaine ou animale, arrivant en deuxième position (21%). Plantes aromatiques et médicinales, légumes, vigne et fruits se partagent les reste des surfaces bio (soit 18%).

Alimentation bio : un marché qui bondit de +25% en 2008

Aucun doute, le marché des produits alimentaires bio est dynamique, avec une croissance de +25% en 2008. A titre de comparaison, entre 1999 et 2005, la progression moyenne était de +10% par an. Un marché qui pèse aujourd'hui 2,6 milliards d'euros, contre 1,6 en 2005. Des chiffres à faire pâlir d'envie d'autres secteurs beaucoup moins bien lotis, surtout en ces temps de vaches maigres. On comprend donc que les fabricants soient nombreux à s'engouffrer dans ce marché autrefois qualifié "de niche", et qui, aujourd'hui, se démocratise. La multiplication des produits bio en supermarchés et hypermarchés en est un signe tangible.

Les Français achètent bio d'abord en grandes surfaces

Pain bio ou baguette ?Les grandes surfaces, c'est à dire les supermarchés et les hypermarchés, réalisent 42% des ventes de produits alimentaires bio, surtout des produits laitiers. Les magasins spécialisés les talonnent des près, avec  40% du marché. Ce sont les produits d'épicerie que les consommateurs bio viennent acheter dans ce type de points de vente : céréales, huile, produits pour le petit-déjeuner... La vente directe (très à la mode en ce moment, notamment avec les AMAP, les cueillettes à la ferme et les paniers bio) représente quant à elle 13% du marché, essentiellement en fruits et légumes.

Près d'un Français sur 10 consomme des aliments bio tous les jours

44% des Français disent consommer des produits bio au moins une fois par mois, 23% au minimum une fois par semaine, et 8% tous les jours. En bio, ils préfèrent les fruits et légumes en bio (77% des consommateurs bio déclarent en acheter) et les produits laitiers (70%). Les produits d'épicerie arrivent en 3ème position (56%), suivis par la viande (49%), le pain et la farine (42%), et les boissons (40%). Il est plutôt étonnant de constater que la viande bio se vend mieux que le pain bio, car elle est pourtant nettement plus chère que la viande conventionnelle. Sans doute une question d'attachement des Français à la baguette, et l'habitude, bien ancrée, de se rendre chez son boulanger de quartier.

Le bio ne connaît pas la crise

Les produits bio se voient souvent reprocher leur prix trop élevé. En temps de crise, il pourrait sembler logique que les consommateurs se détournent du bio pour lui préférer les aliments conventionnels, moins chers. Ce n'est pourtant pas le cas : 82% des consommateurs bio déclarent avoir maintenu, ou même augmenté, leurs dépenses en produits bio. Le bio semble donc moins souffrir de la crise que d'autres secteurs, comme le tourisme, l'équipement ou les loisirs.

Trop de fruits et légumes bio viennent de l'étranger

On a vu que les cultures fourragères et les céréales et oléo-protéagineux (utilisés comme aliments pour les animaux d'élevage) représentaient à eux seuls 82% des surfaces bio en France. C'est dire la place de l'élevage bio en France. Résultat : la France est auto-suffisante pour la viande et la volaille bio, et les oeufs bio. Elle l'est aussi pour le vin, ce qui n'est guère étonnant vue la culture française. En revanche, les résultats sont moins bons sur d'autres produits.

  • 20 à 35% du lait, des produits laitiers, de la charcuterie, des produits traiteur, du pain et de la farine sont importés ;
  • 50 à 60% des produits d'épicerie sucrée (le cacao, le thé et le café pèsent lourd dans la balance) et salée, des surgelés et des fruits et légumes (poids des fruits exotiques ou consommés hors-saison, et des légumes méditerranéens) ne sont pas produits en France ;
  • Pire, 75% des boissons végétales (en France, on n'est pas très compétitifs sur la production de soja) et des jus de fruits viennent de l'étranger, et ce chiffre atteint 90% pour les produits de la mer frais, salés ou fumés.

Il est bien évident que les importations sur certains produits sont inévitables : tout ne pousse pas en France. Mais, pour une consommation responsable et cohérente (des pommes bio provenant d'Argentine, est-ce bien cohérent ?), c'est aussi à nous de préférer les produits locaux, et de saison… bio ou non !

Tous les chiffres de la bio en France, en Europe et dans le monde sont disponibles sur le site de l'Agence Bio.

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Jack35
01/01/2011, à Montauban

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A monalisa agen. vous avez raison, les jeunes agriculteurs actuels, en ont une grande conscience et agissent pour, je leur fait confiance. oui, mais et oui il y a un mmais, les terres qu'ils viennnent d'accquérir sont ells neutre de chimie. on peu faire confiance au vendeurs pour leur donner cette information. ils ont aussi l'analyse des sols. pour les jeunes agriculteurs, j'ai confiance surtout que l'état leur vient en aide et ceci pour le bonheur de tous. pour notre santé encore plus. quand je vois qu'ils se mettent en gaec, vendent de trés bonne marchandise, font des chambres d'hotes, qui par conséquent font connaitre la culture biologique. je vous dis vraiment que je puis sur le moment présent ouvrir mon frigo et y trouver de leur produits, y compris chatcuteries, quel délisse. ci dessus, je parle prix, mais pour mon cas, je suis content de me servir aux piboults. il y a d'autre producteurs dans d'autres spécialités. a ces jeune je leur dis, continuez, ayez du courage, car vous etes de dignes succésseurs d'henri iv, et de son ministre. merci a vous, et que vous propériez immmanquablement.

Jacdk35
01/01/2011, à Montauban

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Je connais l' Agriculture biologique depuis 1967. Déjas il y avait quelque producteurs biologique. J'en fus surpris. La réponse me fut donnnée " parce que il faut 15 ans de purification, des terres qui furent productrice, mais a base d' engrais chimiques! Je suis susrpris de trouver partout des produits, que je dirais sois disant "Bio" ? ceci dans deux a trois, voire 5 ans! Avec un rapport de 5 ans a 15 ans, mon doute s'emplifit! Pour les produits qui viennent de l'extèrieur, alors là, je suis totalement certain que c'est du baratin. Il y a un autre mot, qui dit ma vérité de six lettres. Par politesse je suis poli. Il y a les cultures que l'on dit bio, cultivées sous serre. La vrai culture est en pleine terre. Et pour avoir des légumes ou fruits aussi parfait c'est impossible sans engrais et traitements. Le prix aussi, a coté des cultures chimiques, ils sont quatre fois plus cher, alors qu'il est dit, meilleur cout, vu les engrais et traitements, prohibés. J'ai aussi fait la culture biologique, en jardinage jusqu'a 2008.Et je suis loin d'avoir eu des légumes et des fruits aussi parfait ??? que ceux que je trouverai demain a Leclerc. Si l'on faisait analyser des produits, il y aurait des problèmes...non ? qu'n dites vous ? vrai !!!! Comme engrais j'emplyais du sang séché, de la corne torrifièé, et un autre produit le Calmagol. J'éspère et souhaite dans le doute, vous connaissez le pendule demandez lui..a lui! Merci de m'expliquer ce boum, y compris ceux de lointains espaces, dont on a vu des reportages a la tv, comme vous d'ailleurs, puisque vous etes du métier, notre lecture est attirée....(concernant l'extérieur français, je précise bien!

Monalisa
18/11/2009, à Agen

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Pour que la production de fruits et légumes bio progresse en France, il faudrait que les consommateurs fassent comprendre aux politiques l'importance de l'installation de jeunes agriculteurs et celle de leur faciliter l'accès à la terre. Tout comme pour les logements, les terres inexploitées pour raison "patrimoniales" sont également trop nombreuses !!