Avril au rucher

Passé le temps de l’observation, avec avril vient le temps de l’action. Ce début de printemps est en effet un moment charnière dans l’année. Tout le reste de la saison en dépendra.

D.R. Christion Pourre

Abeille chargée de pollen - D.R. Ch. Pourre

Les abeilles d’hiver auront été progressivement remplacées par celles qui assureront le formidable développement de la colonie puis la récolte et le stock d’hivernage. La visite de printemps vous aura permis de repérer vos colonies les plus fortes. Si les beaux jours persistent, n’hésitez pas à agrandir le nid à couvain avec un ou deux cadres de cire gaufrée. Les jeunes abeilles dont les glandes cirières ne demandent qu’à fonctionner construiront ce cadre en peu de temps. Cette cire fraîche, donc exempte de germes pathologiques, constituera un support idéal pour les jeunes larves. De plus, les abeilles cirières étant occupées, la fièvre d’essaimage en sera réduite.

Lorsque les abeilles occupent toutes les ruelles du corps de ruche, il est temps de poser une hausse. Si vous le faites trop tard, le manque de place déclenchera lui aussi la fièvre d’essaimage. Mais attention de ne pas le faire trop tôt : pour peu que le froid revienne, ce brusque agrandissement du volume à chauffer stoppera la colonie dans son développement. Le moment idéal pour la pose de la hausse s’acquiert avec l’expérience. En attendant, vous pouvez éviter tout souci en intercalant une feuille de journal entre le corps de ruche et la hausse. Lorsque les abeilles voudront monter dans les rayons supérieurs, elles élimineront sans peine le papier.

Avril est aussi le début de l’essaimage. Chaque jour de chaleur, entre midi et 14 h, surveillez l’animation devant vos ruches. Les essaims sortent toujours en milieu de journée. S’il y a plusieurs jours de pluie et de froid, il est fréquent de voir les essaims sortir le premier jour ensoleillé qui suit. Au cas où vos activités professionnelles ne vous permettent pas de jeter un coup d’œil quotidien, ou si votre rucher est loin de chez vous, placez dans votre rucher une ruche piège. Pour cela, choisissez dans votre réserve une vieille ruche. Pour qu’elle sente bon, passez la préalablement à la flamme afin qu’elle dégage une bonne odeur de cire et de propolis. Vous pouvez aussi frotter les parois de la ruche avec un poignée de feuilles de mélisse et y ajouter un peu de produit attire-essaim que l’on trouve dans les magasins apicoles. Mettez dans la ruche quelques vieux cadres de cire noire sur les côtés et quelques cadres neufs au milieu. Orientez la ruche vers l’est. Attiré par ce logement disponible et accueillant, un essaim viendra peut-être de lui-même y élire domicile.

A l’automne dernier, vous avez réduit l’entrée de vos ruches. Il est temps maintenant de les élargir de nouveau. Les butineuses doivent pouvoir entrer et sortir sans peine.

Tenez l’herbe fauchée devant les ruches et dessous. Le fond de la ruche ne doit pas être dans l’humidité. N’oubliez jamais que l’humidité est incompatible avec le bon fonctionnement d’une colonie d’abeilles.

En avril, les pissenlits, les arbres fruitiers et les merisiers sont de gros pourvoyeurs de pollen et de nectar. S’il y a dans votre secteur des champs de colza, n’oubliez pas d’en récolter le miel dès la fin de la floraison. A défaut, ce miel se cristallisera dans les rayons et vous ne pourrez plus l’extraire. Si le miel de colza est de qualité très moyenne pour l’homme, il est en revanche excellent pour les abeilles. Les butineuses trouvent aussi des ressources sur les nombreuses plantes d’ornement qui embellissent les abords des maisons et jardins publics des villes. Cette diversification dans l’approvisionnement en pollen est bonne pour les abeilles. A l’inverse, une colonie qui ne disposerait que d’un pollen unique souffrirait de carences.

Comme souvent en apiculture, la météo joue un grand rôle dans le développement printanier. Si elle est favorable, visitez vos colonies chaque semaine pour déterminer le moment favorable à la pose de la hausse. Le cas échéant, agissez sans tarder, car en avril « Qui beau jour voit, œuvrer le doit ».

Jean-Paul CHARPIN

Jean-Paul CHARPIN est apiculteur-conférencier. Si vous êtes intéressé(e) par une animation apicole dans votre établissement, contactez-nous !

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