Banane : où va-t-on ?

16/01/2009
La bataille commerciale fait rage entre les Etats-Unis, leurs multinationales, et l'Union Européenne qui souhaite préserver ses filières "historiques". Sur fond de paysans surexploités et de pesticides généreusement répandus...
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régime de bananes sur un bananierUn reportage édifiant

Les informations relatées ci-dessous font suite à la diffusion de l'excellent documentaire "Bananes à régime forcé", de Didier Fassion, sur la chaîne France Ô le 15 janvier 2009 (programme déjà diffusé à l'automne sur France5).

Guerre commerciale

Fruit le plus consommé et le plus exporté au monde, la banane fait l'objet d'une terrible guerre commerciale entre les Etats-Unis et l'Europe. Les premiers contrôlent 85% du marché, aux travers de puissantes multinationales (Chiquita, Dole...) maîtrisant (et de quelle manière...) l'ensemble de la filière, de la production en Amérique Latine jusqu'à la distribution. L'Europe privilégie historiquement la banane européenne et ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique), qui trouve ses origines dans le passé colonial de plusieurs de ses pays. Protectionnisme d'un côté, plaintes à l'OMC de l'autre... Quoiqu'il en soit, le prix moyen de ce fruit sur les étals est de 1€60 (contre 2€40 pour la pomme de nos vergers), et ce malgré les milliers de kilomètres parcourus, les "traitements" fort coûteux... Cherchez l'erreur !

Vous avez dit monoculture ?

UNE variété. Je n'y avais jamais prêté attention mais c'est ainsi, le marché mondial de la banane s'est organisé autour d'une seule variété, la 'Cavendish'. Il existe plus d'un millier de types de bananes, mais on n'en produit qu'un seul de façon importante, et tout a été calibré pour elle : équipements de conditionnement, taille des cartons, des containers de bateau... On nous explique doctement qu'il serait "très compliqué" d'ouvrir le marché à d'autres variétés. Voilà pour la biodiversité.

De la répartition du prix de vente

Pour des bananes payées 1€ chez nous, 43cts vont à la distribution, 43cts à l'importateur, 10cts au producteur et... 2cts au récoltant. On se prend à rêver : et s'il suffisait d'augmenter de 2cts le prix de la banane pour doubler le salaire de ces pauvres gens ? Hélas, lorsque le prix de la banane fluctue, mettons de 10cts, il y a fort à parier que le salaire du pauvre bougre dans la plantation, qui travaille 10 heures par jour, ruine sa santé et risque sa vie s'il se syndique restera désespéremment collé au SMIC à la Martinique, et à 400$ au Costa-Rica.

Pesticides

Autre donnée : en Martinique, on déverse à la semaine sur les plantations entre 5 et 7kg de pesticides par ha et par an ! Une paille... Mais apparemment, ce n'est rien comparé aux immenses plantations de bananes "dollar", exploitées par quelques multinationales américaines, dont les centaines d'hectares recoivent 10 fois cette dose. On vous laisse à penser l'état des ruisseaux et cours d'eau, l'impact de ce scandale sur faune, la biodiversité (dans des pays sanctuaires comme le Costa Rica) et, on l'imagine sans peine, en bout de chaîne sur la santé humaine.

Que faire ?

Bien sûr (c'est un documentaire français, il ne faut pas l'oublier), on serait en bon petit français tenté de prendre immédiatemment la défense de la banane de Martinique... Mais est-ce si simple ? Comme ailleurs, cette culture pollue. Comme ailleurs, on a cédé à la monoculture. Comme ailleurs, si le marché s'enrhume (par exemple, si l'Europe est finalement obligée de baisser ses barrières douanières) la population sombrera dans la misère...

Ne plus en consommer n'est pas une solution. Que deviendraient ces pays, dont l'économie toute entière repose sur la culture de ce fruit ?

Tout cela incite surtout à cultiver son jardin, à acheter local, pour se rassurer sur la limitation des traitements chimiques et une répartition plus juste des richesses. Et si de temps à autres l'envie d'une banane vous prend, achetez-là (cher...) en commerce équitable. Vous n'aurez pas de garantie sur sa qualité, mais vous saurez au moins que pour un carton acheté, 1$ (...) est reversé sous forme d'aide au développement aux populations locales.

Pour en savoir plus : http://www.csn.qc.ca/Campagnes/fenetre-bulle21.html

Rediffusions : France Ô, le 16/01/2009 à 16h45 ; le 17/01/2009 à 15h00.

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